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Brexit : des conséquences importantes sur le secteur agricole

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La sortie du Royaume-Uni de l'UE en 2019 aura des conséquences sur le budget de la Pac encore incertaines, mais surtout sur les échanges agroalimentaires. Des études commandées par le Parlement européen montrent que l'Irlande et les Pays-Bas seront les deux États membres les plus touchés avec une chute de leurs exportations à destination du Royaume-Uni pouvant atteindre plus de 70%. Des outils spécifiques pour aider les agriculteurs à faire face devront être mis en place, prévient l'un des rapports.

La commission de l’agriculture du Parlement européen s’est penchée le 9 novembre sur trois études qu’elle a commandées portant sur les aspects budgétaires, commerciaux et institutionnels des « conséquences du Brexit pour le secteur agroalimentaire de l’UE et la Pac ». Et leur conclusion est claire : la sortie du Royaume-Uni ne sera pas anodine pour le secteur.

Sur le volet budgétaire, l’étude réalisée par l’Institut Jacques Delors suggère de reporter les négociations sur une réforme de la Pac à 2022 ou même 2023 (1).

L’eurodéputé socialiste Éric Andrieu (France) a estimé que cette situation devrait permettre « de discuter des questions de fond et de travailler sur le projet politique de la Pac » pour en défendre l’utilité. Son homologue Albert Dess (PPE, Allemagne) a, lui, prévenu qu’il faudrait éviter que les coupes budgétaires « se fassent au détriment des agriculteurs qui ne devront pas payer pour les autres ».

Chute de 62 % des échanges

Si les conséquences budgétaires du Brexit sur la Pac sont encore incertaines compte tenu des nombreux scénarios envisageables, pour les échanges commerciaux, il est certain que l’Irlande et les Pays-Bas vont souffrir. L’étude menée par le Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII), basé à Paris, estime que les 47 milliards € d’exportations agroalimentaires des Vingt-sept vers le Royaume-Uni seront sévèrement affectés par la sortie du Royaume-Uni de l’UE. Les barrières non tarifaires (étiquetage…) sont déjà aujourd’hui estimées à 18 % du prix des produits échangés. Elles pourraient bondir à 45 % en 2030. Et à cela s’ajouteraient environ 18 % de droits de douane si aucun accord de libre-échange n’est trouvé. Une situation qui pourrait conduire à une chute de 62 % des échanges agroalimentaires entre les deux partenaires.

Les Pays-Bas et surtout l’Irlande, grands perdants

Mais cette baisse serait différente selon les produits. Certains, notamment la viande rouge, le sucre et les produits laitiers, devraient reculer de 90 %, estime le CEPII. Et selon les États membres aussi les conséquences seront variables. Les principaux exportateurs de produits agricoles et agroalimentaires vers le Royaume-Uni sont l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, l’Irlande, l’Espagne et l’Italie. Mais deux pays risquent de subir les impacts les plus négatifs : l’Irlande avec une chute de 71 % de ses exportations et les Pays-Bas (-66 %). Pour la France (-51 %) ou l’Espagne (-51 %), les conséquences semblent moins importantes. En termes de valeur ajoutée c’est l’Irlande loin devant qui va connaître l’impact le plus négatif (-16,3 %) devant le Benelux (environ -2 %).

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Mais le Brexit implique aussi une plus grande marge de manœuvre pour les produits de l’UE-27 sur leur marché intérieur et vers les pays tiers du fait d’un gain de compétitivité. Insuffisant néanmoins pour compenser les pertes de valeur ajoutées, à l’exception de quelques secteurs, qui pourraient y gagner : la viande bovine française et le blé espagnol.

Enfin, l’étude estime qu’aucune augmentation des prix à la consommation n’est à prévoir dans l’UE sauf, une fois encore, en Irlande où ils pourraient augmenter de 5,4 %.

Prévoir des outils pour faire face au Brexit

Enfin, un dernier travail, mené par Alan Matthews du Trinity College de Dublin et portant sur les relations inter-institutionnelles, souligne que même si le Royaume-Uni et l’UE27 devaient conclure un accord sur les conditions de retrait et sur la nature de leurs relations futures d’ici le 29 mars 2019, les opérateurs économiques se trouveront face à un manque de préparation des administrations douanières et des autres autorités compétentes des deux côtés pour gérer les contrôles aux frontières. Il faudra donc prévoir, surtout dans le scénario d’un « hard Brexit », des outils spécifiques pour les agriculteurs afin de les aider à faire face au choc : aide à l’ajustement, recours accru aux instruments financiers, politique de promotion renforcée et meilleur accès aux marchés des pays tiers.

(1) Voir n° 3617 du 06/11/2017

Bruxelles met la pression sur Londres

Bruxelles met la pression sur le Royaume-Uni pour qu’il clarifie rapidement sa position sur les questions les plus sensibles soulevées par son retrait de l’UE, notamment la facture de sortie. Lors de la 6e session de pourparlers sur le Brexit, les 9 et 10 novembre, le négociateur en chef de l’Union, Michel Barnier, a clairement indiqué que, sauf si Londres soumet de nouvelles propositions sur ces sujets clefs d’ici le début du mois prochain, les chefs d’État et de gouvernement des Vingt-sept, qui débattront du dossier lors du sommet européen des 15 et 15 décembre, ne seront pas en mesure de décider avant mars 2018 de passer à la seconde phase des discussions, celle sur les futures relations entre les deux parties.