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Brexit : l’agroalimentaire irlandais s’inquiète pour ses exportations

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La perspective du Brexit inquiète l’agroalimentaire irlandais, dont une grande partie des exportations sont dirigées vers le Royaume-Uni. Déjà touchées par la dévaluation de la livre, les entreprises irlandaises craignent principalement que le Royaume-Uni ne signe des accords de libre-échange avec des concurrents internationaux.

Lors d’une conférence de presse à Dublin le 17 février, le ministre de l’agriculture irlandais Michael Creed s’est fait l’écho des craintes des agriculteurs irlandais en vue des négociations des conditions de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Celles-ci pourraient commencer dans quelques semaines. L’enjeu est colossal pour la filière agricole et agroalimentaire irlandaise dont 43 % des exportations partent vers le Royaume-Uni.
Le ministre de l’Agriculture a d’abord rappelé la position de la République d’Irlande vis-à-vis du Brexit : son pays plaidera pour le maintien de « relations commerciales étroites » avec le Royaume-uni. Dans l’idéal, l’Irlande, dont le président a regretté publiquement le Brexit, voudrait maintenir une zone de libre-échange entre le Royaume-Uni et l’Europe. Michael Creed a d’ailleurs rappelé que son secteur subissait déjà les conséquences du Brexit, par la dévaluation de la Livre. « Le Brexit est déjà une réalité pour l’agroalimentaire », a rappelé Michael Creed.

Barrières tarifaires, nouveaux concurrents

Qu’est-ce qui inquiète précisément les éleveurs irlandais ? D’abord, le retour d’éventuelles barrières tarifaires entre les deux pays. Le pire scénario envisagé par Dublin, mais jugé peu probable, est que les deux parties ne parviennent à aucun accord commercial à l’issue du Brexit, et qu’ils deviennent deux simples pays tiers au regard de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) dont ils sont membres. Alors, l’UE à 27 et le Royaume-Uni s’accorderaient de facto le statut OMC de la « nation la plus favorisée » (NPF). Autrement dit, ils s’imposeraient chacun des niveaux de droits de douane équivalant aux droits de douane les plus favorables que l’UE à 28 accorde actuellement à un pays tiers : environ 60 % sur le bœuf par exemple en fonction des produits, selon le ministère des affaires étrangères irlandais.

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Mais la principale crainte des agriculteurs irlandais est qu’à l’issue du Brexit, le Royaume-Uni n’aille négocier des accords de libre-échange avec des pays concurrents. En particulier des pays « ne respectant pas les standards de production européens », a expliqué Michael Creed. En effet, si le Royaume-Uni quittait l’union douanière, elle aurait la possibilité de nouer elle-même des accords de libre-échange avec des pays tiers, ce qui est aujourd’hui une prérogative européenne. Le p.-d.g. de la laiterie irlandaise LacPatrick, Gabriel Darcy, craint par exemple la signature d’accords de libre-échange avec les États-Unis et la Nouvelle-Zélande.

Pour se prémunir de tels soubresauts, Michael Creed a annoncé que la filière agroalimentaire irlandaise travaillait à la diversification de ses débouchés. Il cite, dans le cas de la production laitière, la prospection des marchés d’Asie, d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et les États-Unis ; lui-même multiplie les déplacements dans ces pays depuis l’annonce du Brexit. Mais remplacer des pertes sur un marché mitoyen et à forte valeur ajoutée comme le Royaume-Uni ne sera pas chose aisée.
Difficile d’imaginer que le Brexit se fera sans effet sur l’agriculture irlandaise et par effet domino, sur les marchés agricoles européens, notamment laitier et bovin viande.