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Brexit : Londres instaure finalement des contrôles douaniers pour l’UE

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Comme prévu, le Royaume-Uni impose depuis le 1er janvier 2022 des déclarations douanières complètes sur les importations en provenance de l’UE. Des changements face auxquels les PME européennes et britanniques sont mal préparées. Les denrées alimentaires périssables sont une source d’inquiétude en raison du risque de blocage des marchandises aux frontières.

Après les avoir reportés en septembre 2021 en raison de la pandémie de Covid-19, le Royaume-Uni a cette fois tenu son délai en introduisant à partir du 1er janvier 2022 des contrôles douaniers complets sur les importations de biens en provenance de l’UE, ainsi que l’exigence d’une notification préalable à l’importation de produits sanitaires et phytosanitaires, qui s’inscrivent dans le cadre de l’accord commercial post-Brexit conclu le 24 décembre 2020.

Lire aussi : « Brexit : Londres reporte l’instauration des contrôles douaniers pour l’UE »

Les entreprises de l’UE exportant des biens ou denrées alimentaires en Grande-Bretagne sont désormais tenues de fournir des certificats complets en douane. Quant aux entreprises britanniques, elles doivent obtenir des déclarations de règles d’origine indiquant si les marchandises qu’elles importent ont été fabriquées dans l’UE. D’autre part, toute entreprise de l’UE qui expédie des produits alimentaires ou d’origine animale en Grande-Bretagne doit dorénavant en informer les autorités britanniques 24 heures à l’avance.

Londres toujours pas prête

Alors que l’UE a dès la conclusion de l’accord mis en œuvre l’intégralité des contrôles douaniers, Londres, à l’inverse, peine toujours à s’organiser. Interrogé par la rédaction d’Agra Europe, Neil McMillan, conseiller principal, Affaires politiques et stratégie chez EuroCommerce explique que « les autorités britanniques ne sont toujours pas correctement préparées ou dotées des ressources nécessaires pour effectuer l’ensemble des contrôles qui viennent d’entrer en vigueur, et d’autres qui interviendront plus tard dans l’année (en juillet 2022 concernant les aspects sanitaires et phytosanitaires) ». Selon lui, « il y aura beaucoup plus de paperasse à remplir, ce qui risque de provoquer des retards dans les ports britanniques. Cela dit, la presse britannique a spéculé sur le fait que le gouvernement pourrait essayer de minimiser les contrôles pendant un certain temps en raison du manque de personnel douanier, et précisément parce qu’il craint qu’avec les pénuries de chauffeurs routiers liées au Brexit et au Covid, les longs retards dans les importations créent de nouvelles perturbations et pénuries dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire, dont il souhaite éviter les retombées politiques ».

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Impact sur les PME

L’inquiétude se concentre aussi sur le manque de préparation des PME européennes. Selon Neil McMillan, « elles seront particulièrement touchées, comme on l’a déjà constaté chez les fournisseurs britanniques de clients européens. Nombre d’entre eux ont tout simplement abandonné, ou ont vu leurs clients de l’UE faire de même parce que les divers certificats et contrôles nécessaires, ainsi que les retards qui en découlent, rendent la poursuite des activités trop coûteuse ».  « Nous pouvons nous attendre à des problèmes similaires pour les exportations de l’UE vers le Royaume-Uni », prévient-il. Un point de vue partagé par Shane Brennan, directeur de la Fédération de la chaîne du froid qui a indiqué à la presse britannique « que les petites entreprises européennes pourraient finalement cesser d’expédier des produits vers la Grande-Bretagne, car les exportations de denrées alimentaires nécessitent désormais une déclaration de sécurité, une déclaration en douane et une notification par le biais d’un système informatique portuaire ». Du côté britannique, Martin McTague, vice-président de la fédération des petites entreprises (FSB), a indiqué qu’ « un tiers des importateurs de petites entreprises n’étaient pas au courant des changements, tandis que parmi ceux qui savaient que cela allait arriver, seul un sur quatre était préparé ».

En outre, selon la Confédération de l’industrie britannique, « les denrées alimentaires constituent la principale source d’inquiétude car elles risquent d’être affectées par une multitude de problèmes, à savoir paperasse, coûts élevés, perte de nourriture périssable et disponibilité des services vétérinaires pour établir les certificats exigés en douane ». Sur ce point, William Bain, responsable de la politique commerciale au sein des Chambres de commerce britanniques, a déclaré dans un quotidien britannique que « si les entreprises omettent de pré-notifier les exportations de produits alimentaires vers la Grande-Bretagne, il se peut que certains envois restent bloqués dans les ports de l’UE et ne parviennent pas aux magasins et aux centres de distribution en Grande-Bretagne ». « Cela pourrait inclure des aliments périssables tels que le poisson ou encore le lait », prévient-il.