Une sortie brutale du Royaume-Uni de l’UE sans accord est « improbable », selon le premier ministre irlandais. Ce qui n’empêche pas l’industrie agroalimentaire de l’UE de rappeler qu’elle aurait des « conséquences dramatiques » avec l’instauration aux frontières britanniques de droits de douane élevés sur les produits des Vingt-sept.
La première ministre Theresa May a cherché jusqu’au dernier moment à obtenir de Bruxelles de nouvelles garanties sur l’accord de retrait de l’UE – surtout sur le filet de sécurité imaginé pour éviter le retour d’une frontière entre les deux Irlande – dans l’espoir qu’il soit adopté le 12 mars par le parlement britannique, qui l’avait massivement rejeté en janvier. Si les députés le recalent de nouveau, elle leur demandera le 13 mars s’ils veulent sortir de l’UE sans accord. S’ils refusent, elle leur soumettra le 14 mars une proposition de report « limité » du Brexit.
« Je ne veux pas en dire trop à ce stade, mais je pense qu’il est improbable que le Royaume-Uni se sépare de l’Union européenne sans un accord le 29 mars », a cru pouvoir pronostiquer le 1er mars le premier ministre irlandais, Leo Varadkar. « Je pense que nous aurons soit un accord, soit une prolongation (des négociations) », a-t-il dit.
Des droits de douane « notoirement élevés »
L’association de l’industrie agroalimentaire de l’UE, FoodDrinkEurope, a néanmoins mis en garde de nouveau le 28 février contre les « conséquences dramatiques » d’un Brexit sans accord qui signifierait l’application aux frontières britanniques des droits de douane OMC aux produits des Vingt-sept – des droits « notoirement élevés » (1). Selon une étude interne, une telle « rupture de la chaîne d’approvisionnement alimentaire » pourrait se traduire par « une forte baisse des volumes d’exportation de l’UE-27 au Royaume-Uni » (-31 % pour le chocolat belge, -34 % pour le pain allemand, -59 % pour les pâtes italiennes, -89 % pour le pour le fromage et le bœuf irlandais ainsi que les fromages français…). Autre conséquence : « une chute significative du revenu », de 732 millions € dans le secteur irlandais du bœuf, de 178 Mio € pour celui des légumes aux Pays-Bas, de 181 Mio € pour celui du vin en France.
Ce déclin des exportations et du revenu provoquerait des pertes d’emplois qui, estime FoodDrinkEurope, pourraient se chiffrer « dans le pire des cas » à 3 200 dans le secteur allemand de la confiserie, 3 600 dans ceux du fromage et de la viande en Irlande, 400 dans celui du fromage en France. Des chiffres qui concernent les pertes d’emplois directs et auxquels s’ajouterait la disparition d’emplois indirects.
… mais Londres aurait un plan
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Le ministre britannique du commerce international, Liam Fox, a toutefois assuré le 6 mars que le gouvernement annoncera « ce qu’il estime être les tarifs douaniers pertinents » sur l’ensemble des importations du pays en cas de Brexit sans accord.
Selon Sky News, le projet serait, au moins à titre expérimental pendant un an, de ne conserver des droits que sur les produits les plus sensibles (10 à 20 % du total), dont les viandes bovine et ovine et les produits laitiers.
(1) Voir n° 3679 du 11/02/19
Robert Goodwill nouveau secrétaire d’État britannique à l’agriculture
Agriculteur, élu conservateur en 2005, ancien secrétaire d’État à l’éducation de juillet, Robert Goodwill a été nommé le 5 mars secrétaire d’État britannique à l’agriculture après la démission le 28 février de son prédécesseur à ce poste, George Eustice, qui faisait suite à la décision de la première ministre Theresa May de donner aux députés la possibilité de reporter la date du Brexit. Dans sa lettre de démission, George Eustice a indiqué qu’il redoutait que cette perspective ne « conduise à une série d’évènements avec pour point culminant que l’UE dicte les termes de toute prolongation qui serait demandée, et l’humiliation finale de notre pays ».