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Congrès de la FNPL Bruno Le Maire promet un plan de développement pour la filière laitière

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Après une « terrible année 2009 », pour les exploitations laitières et pour les « responsables syndicaux de la FNPL » selon les mots de son président Henri Brichart, le congrès du syndicat qui s’est déroulé à Lille, les 14 et 15 avril, s’est voulu prospectif. Sur le sujet de l’après-quota, la FNPL a mis en débat une proposition de prix différenciés selon des volumes distincts. En lançant un appel à l’unité des producteurs sur ces sujets qui ont diviser la filière, Henri Brichart propose aux autres syndicats représentatifs d’avoir « un échange autour de ces questions ». Il s’est par contre livré à une charge contre les entreprises « dont le seul objectif est d’appuyer sur la tête des producteurs pour les maintenir au bord de la noyade ». Bruno Le Maire a mis tout le monde d’accord en promettant que la filière laitière bénéficiera d’un plan de développement opérationnel à la rentrée.

Dans un contexte où Nicolas Sarkozy a réaffirmé sa volonté de reconquérir la capacité industrielle de la France alors qu’elle se trouve en mauvaise posture dans certains secteurs, la filière laitière ne veut pas être laissée de côté. Le président de la FNPL, Henri Brichart, l’a exprimé lors de la 66e assemblée générale de la FNPL qui s’est tenue à Lille, les 14 et 15 avril. « Nous avons besoin d’un plan d’adaptation de la filière, tout comme nos voisins allemands en ont mis un en place », a-t-il souligné. « Le secteur laitier est primordial d’un point de vue économique, et, d’un point de vue de l’aménagement des territoires (…), il mérite largement ce soutien », a-t-il ajouté. Le ministre Bruno Le Maire, invité à clore ce congrès, a répondu positivement. Ce qu’il qualifie de « plan de développement de la filière » devrait être opérationnel à la rentrée. Ce plan devra notamment « favoriser les synergies entre les opérateurs de la filière à l’amont et à l’aval » et « permettre d’adapter la gestion des quotas à des stratégies définies par bassin laitier ». En homme pressé et d’« action » comme il se qualifie lui-même, le ministre se dit prêt à discuter avec l’interprofession laitière et demande que ces trois familles (FNPL, industriels privés et coopératifs) lui remettent des propositions d’ici un mois. Un délai « syndicalement » court qui a fait réagir les quelque 500 congressistes présents. « N’attendez pas le prochain ministre de l’Agriculture, cela risque d’être long », a-t-il lancé, demandant aux syndicalistes d’être cohérents avec eux-mêmes. « Vous ne pouvez pas me dire qu’il y a urgence à agir et trouver mon calendrier trop court ».

Prix différencié
D’ores et déjà, la FNPL a fait une proposition pour l’après-quota, dont la date fatidique est mars 2015. Elle défend dans un contexte de contractualisation, un prix du lait différencié selon des volumes distincts. Il s’agit de construire un prix du lait « sécurisé » sur la base des modalités de l’accord du 3 juin 2009. Ce prix serait corrélé à un volume produit correspondant à la collecte « historique » de la ferme France depuis quelques années (environ 22 milliards de litres soit un peu moins que le quota). A ce volume pourrait s’en ajouter un autre positionné sur les marchés des produits industriels moins valorisés comme le beurre et la poudre ou de nouveaux marchés. Ce volume serait plafonné grâce au régime des allocations provisoires. Ce serait donc aux laiteries de proposer ou non d’actionner ce dispositif de volume supplémentaire. « Il ne faut pas donner les manettes aux entreprises », prévient Pascal Nizan, président de l’association des livreurs d’Entremont.
Cette proposition mise en débat le 14 avril a donc déjà suscité beaucoup de réactions des congressistes. Pour certains, la base de l’accord du 3 juin ne peut être considérée comme « acceptable ». « Il faut être plus offensif », a osé Michel Lacoste, du Cantal, en insistant sur la nécessité « d’imposer un système territorialisé par bassin de production ». En clair, ne pas définir des volumes identiques quel que soit le territoire. Autre question récurrente : pourquoi aller vers plus de volume produit comme le sous-entend la proposition de la FNPL ?

Des choix difficiles
Au sujet des quotas, le ministre a indiqué qu’il fallait redistribuer « les 2 % de hausse de quotas dont nous disposons ». Il s’agit en fait du « dégel » de 2 % de quotas supplémentaire décidé par Bruxelles que la France avait décidé de « geler » du temps de l’ancien ministre Michel Barnier. L’avis du conseil lait de FranceAgriMer s’est montré favorable à ce dégel qui représente 500 000 litres de quotas. Restait au ministre à le valider. C’est donc chose faite. Il appelle d’ailleurs la filière à faire « un choix responsable » même s’il est « difficile ». Ces 2 % de hausses de quotas, il propose d’en faire bénéficier en priorité les jeunes agriculteurs et les récents investisseurs. « Nous ne pouvons pas priver ces exploitations de ces quotas, alors que cela nous ferait encore perdre des parts de marché par rapport à l’Allemagne », souligne Bruno Le Maire.

L’Allemagne : un voisin performant
Moins performante que l’Allemagne, la filière laitière française doit gagner en compétitivité. Tout le monde s’accorde sur le constat mais le ministre Bruno Le Maire a décidé d’aller plus loin. « Nous réaliserons une étude comparative détaillée sur la filière lait en France et en Allemagne. Nous regarderons point par point et nous en tirerons les conséquences », a-t-il ajouté. Il a cité le chiffre des importations de lait liquide en provenance d’Allemagne qui ont augmenté de plus de 70 % en un an.
Henri Brichart a lancé une charge contre les entreprises laitières « dont le seul objectif est d’appuyer sur la tête des producteurs pour les maintenir au bord de la noyade ». Il a même menacé ces entreprises et la distribution : « Le prix du lait payé aux producteurs en 2010 doit sensiblement augmenter : il en va de notre survie mais il y va également de votre avenir. Tenez-le vous pour dit ». Dans son intervention ayant clos le congrès, il a appelé à l’unité les producteurs. Il compte proposer aux autres syndicats représentatifs, comme la Confédération paysanne et la Coordination rurale, un « échange autour de ces questions de prix, de volume et de contrat ». Une première réunion de ce genre a déjà eu lieu en décembre dernier. Ne dit-on pas que l’union fait la force…

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