Abonné

Produits laitiers Bruxelles anticipe le paiement des aides directes

- - 6 min

Face à la pression des producteurs de lait, la Commission européenne a décidé d’anticiper le versement des aides directes aux agriculteurs. Cette mesure a été annoncée par Mariann Fischer Boel, la commissaire européenne à l’agriculture, le 25 mai à Bruxelles, où étaient réunis les ministres de l’agriculture de l’UE. Mais ce geste est loin de suffire à la France et l’Allemagne qui ne se satisfont pas de la nouvelle politique laitière européenne résultant du bilan de santé de la Pac.

Plusieurs centaines de manifestants avaient fait le déplacement dans la capitale belge pour exprimer leur colère face à la baisse des prix du lait. Réunis à l’initiative de l’European Milk Board (EMB), ces producteurs ont pu dialoguer quelques minutes avec la commissaire à l’agriculture, Mariann Fischer Boel, devant les grilles du Conseil des ministres de l’UE. « Les consommateurs achètent moins de produits laitiers en raison de la crise économique », a-t-elle affirmé. Selon elle, il faut « analyser l’ensemble de la chaîne alimentaire pour voir où disparaît la valeur ajoutée », mais pas question d’accepter la baisse de 5 % des quotas demandée par les producteurs. Si Bruxelles ne propose pas de mesures structurelles d’ici le 30 juin, l’EMB entend engager début juillet « le processus d’une grève européenne du lait ».

La France et l’Allemagne en première ligne

C’est à la demande de la France, de l’Allemagne et de l’Autriche que le Conseil agricole a procédé à un débat sur la situation dans le secteur laitier. Cette initiative a reçu le soutien de la Lituanie, de la Slovaquie, de Chypre, du Luxembourg, de la Pologne, de la Hongrie, de la Belgique, de la Grèce, de l’Italie, du Portugal, de l’Irlande, de l’Espagne, de la Lettonie et de la Roumanie. Après avoir souligné l’importance des mesures prises depuis plusieurs mois pour soutenir les cours, Mme Fischer Boel a accepté de répondre favorablement à certaines revendications de Paris et de Berlin. Elle a ainsi indiqué aux ministres que le paiement des aides directes pourra être avancé à concurrence de 70% au 16 octobre au lieu de début décembre. Cette disposition ne s’appliquera pas aux seuls producteurs de lait mais à l’ensemble des agriculteurs. A ce petit coup de pouce à la trésorerie des exploitations s’ajouteront diverses mesures spécifiques au secteur laitier. Ainsi, le régime d’aides au stockage privé du beurre sera prolongé au-delà de la mi- août. La Commission envisage également de laisser ouverte l’intervention publique sur le beurre et la poudre de lait écrémé au-delà du 30 août. Cette dernière mesure nécessitera cependant l’aval du Conseil des ministres de l’UE et du Parlemente européen, ce qui ne va sans poser certains problèmes en raison de la tenue des élections européennes.

Le lait dans les écoles

Ces deux mesures combinées ont permis le retrait du marché depuis le début de l’année de 160 000 tonnes de beurre et de 161 000 tonnes de lait écrémé en poudre. La commissaire a également fait part de son intention de rendre plus attractif le régime d’aide à la consommation de lait dans les écoles. Cette question, a-t-elle souligné, fait déjà l’objet de discussions au sein du comité de gestion lait. La Commission examine la possibilité de prévoir une plus grande flexibilité dans la composition des produits laitiers, mais en excluant les produits contenant trop de sucre ajouté.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Commission européenne
Suivi
Suivre

Par ailleurs, à la demande de l’Irlande, la commissaire n’a pas exclu possibilité d’introduire des restitutions à l’exportation sur les fromages, sans cependant faire de promesses formelles à ce stade. Il convient, selon elle, de veiller à éviter tout risque de dumping et de distorsion sur le marché mondial. Une amélioration des prix sur le marché mondial est perceptible depuis que la Commission a réintroduit les restitutions et la marge de manœuvre pour une augmentation est très limitée, a ajouté en substance la commissaire. Mme Fischer Boel, en revanche, ne s’est pas montrée prête à réactiver le régime de ventes à bas prix de lait écrémé en poudre destiné à l’alimentation des animaux, comme l’avaient demandé la France et l’Allemagne. Une mesure qu’elle juge « trop coûteuse ».

Mme Fischer Boel n’entend pas revenir sur le bilan de santé

Ces dispositions annoncées par Bruxelles ont été qualifiées par Michel Barnier de « premières réponses » à la crise actuelle. Mais, selon le ministre français, « ces premiers pas ne sont pas à la hauteur des défis ». Une déception d’autant plus compréhensible que la commissaire à l’agriculture ne s’est nullement montrée prête à accéder à la demande de la France, de l’Allemagne et de l’Autriche d’avancer la date du rapport sur l’évolution de la situation du marché laitier prévu avant le 31 décembre 2010. Selon ces trois pays, ce rapport doit comporter « les propositions appropriées pour permettre, le cas échéant, la mise en place d’une nouvelle gouvernance du secteur laitier ». « Nous voulons, avant qu’une nouvelle hausse de quota puisse intervenir, examiner si le marché peut ou non l’absorber », a dit la ministre allemande de l’Agriculture Ilse Aigner, « ce qui n’est à l’heure actuelle clairement pas le cas ». « Je ne me résous pas à voir disparaître les quotas laitiers, sans qu’on ait trouvé un autre système de maîtrise de la production », a indiqué pour sa part M. Barnier, en jugeant que la hausse des quotas depuis deux ans jouait un rôle dans la chute actuelle des prix. Mme Fischer Boel a précisé qu’elle ferait le point sur la situation du marché lors du prochain Conseil agricole en juin à Luxembourg. « Avec le soutien de plusieurs délégations, elle (Mme Fischer Boel) déclare avec fermeté qu’elle n’est pas prête de rouvrir des discussions sur le bilan de santé de la Pac », est-il indiqué dans le communiqué final du Conseil agricole.