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EMBARGO RUSSE/MARCHÉS DE SUBSTITUTION Bruxelles conseille aux opérateurs européens de s'orienter vers les pays tiers

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Suite à la dernière décision de Moscou de limiter les importations de graisses et de sous-produits animaux européens, la Commission européenne renforce ses conseils aux entreprises européennes. Selon une évaluation des experts de la Commission, ce sont les exportations irlandaises qui auront le plus à souffrir de cette nouvelle restriction imposée par Moscou

« L'EMBARGO russe touche un marché commercial essentiel pour l'UE. Les produits interdits sur le marché russe représentent 4,2 % de l'ensemble des exportations agroalimentaires de l'Union », a indiqué Dacian Ciolos, le prochain ex-commissaire européen à l'agriculture, dans sa réponse au PPE français, Jérôme Lavrilleux, membre de la commission de l'emploi et des affaires sociales du Parlement européen. Compte tenu des derniers événements survenus en Ukraine, ce dernier avait demandé au commissaire roumain qu'il était du devoir de l'UE d'anticiper une possible extension des champs d'application de l'embargo russe et de prévoir des dispositifs visant à trouver très rapidement de nouveaux débouchés pour les produits agroalimentaires européens. Autrement, avait-il averti, « les opérateurs européens n'auraient d'autres solutions que de reporter leurs ventes sur le marché intra-européen, ce qui provoquerait de forte tensions commerciales au sein de l'Union européenne, dans un contexte économique déjà très délicat ». Celui qui est encore commissaire à l'agriculture a reconnu que « bien que certains secteurs et certains États membres soient plus sévèrement touchés que d'autres, cette crise revêt une dimension européenne et nécessite dès lors une réponse européenne ». Mais, selon lui, la réorientation des produits concernés vers d'autres marchés d'exportation « demandera du temps et des efforts ». Toutefois, a-t-il assuré, la Commission européenne reste persuadée « que les exportateurs du secteur agroalimentaire trouveront d'autres débouchés pour les produits interdits ». Et d'ailleurs, la Commission est prête à épauler le secteur privé dans cette entreprise, en consacrant les 30 millions d'euros supplémentaires (déjà annoncés) au cofinancement de programmes de promotion. Elle encourage par ailleurs vivement les États membres à diversifier leurs efforts de promotion pour toucher des pays et des régions qui ne sont normalement pas visés par ce type d'activités. À cette fin, a précisé Dacian Ciolos, des experts en matière de promotion issus des États membres ont passé en revue une liste de 18 marchés tiers présentant d'importantes perspectives de croissance et une consultation est en cours afin de définir la manière dont la Commission pourrait continuer de soutenir au mieux les efforts entrepris par les États membres dans ce sens. En outre, a annoncé le commissaire roumain, la Commission et les États membres explorent également des pistes en vue d'accroître les exportations de l'UE en dehors des capitales et des grandes villes des pays tiers. Ceci étant dit, il a toutefois indiqué, qu'à ce stade, la Commission européenne ne peut que conseiller aux entreprises « d'évaluer avec soin leurs prochains échanges commerciaux avec la Russie afin de minimiser les risques auxquels elles s'exposent ». La Commission en ce qui la concerne, souligne-t-il encore, « poursuit ses efforts en vue d'ouvrir de nouvelles perspectives d'échanges commerciaux aux exportateurs européens à travers le monde ».

EVALUATION DES « RESTRICTIONS TEMPORAIRES » RUSSES

Comme on le sait, la Russie a décidé d'étendre, à partir du 21 octobre 2014, les restrictions à l'importation existantes pour couvrir certains sous-produits animaux européens et graisses pour des raisons sanitaires. C'est en tout cas ce qu'a annoncé le Service fédéral russe de contrôle vétérinaire et phytosanitaire (Rosselkhoznadzor) : « Nous adoptons des restrictions temporaires sur les importations de certains produits alimentaires en provenance de l'Union européennes, à savoir de sous-produits de bovin et de porc, de farine animale, de graisse de bovin, de porc et de volaille ».

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Ces deux derniers mois, Rosselkhoznadzor aurait découvert « 17 lots de sous-produits animaux en provenance d'Autriche, d'Allemagne, du Danemark, d'Italie et de Pologne qui n'étaient pas conformes aux normes sanitaires russes et à celles de l'Union douanière » (Russie-Biélorussie-Kazakhstan, ndlr). Ces produits auraient contenu, selon Moscou, « notamment des micro-organismes pathogènes, des métaux lourds et du chloramphénicol, un antibiotique interdit à l'utilisation pour les animaux destinés à la consommation en Europe ». Suite à ces nouvelles restrictions de la part de Moscou, les experts de la Commission européenne se sont livrés à une évaluation rapide de l'impact de ce nouvel embargo sur chacun des États membres de l'UE qui exporte ce type de produits sur le marché russe. Cet examen révèle, entre autres, que le total des exportations européennes d'abats de bœuf à la Russie se monte à quelque 31 029 tonnes pour une valeur de 47 millions d'euros et cela sur la période janvier-août 2014. La note des experts observe également que ce sont les exportations irlandaises qui seraient les plus pénalisées par le récent embargo russe sur les graisses et sous-produits animaux. En effet avec 26,66 % du total des exportations de graisses de bœuf et 16,25 % des exportations d'abats de bœuf, l'Irlande est la plus exposée aux représailles russes. Et, dans le cas où cet embargo perdurerait courant de 2015, ce serait quelque 7,6 millions d'euros de ventes d'abats de bœuf et environ 2,6 millions d'euros de ventes de graisses de bœuf qui manqueraient dans les caisse des opérateurs irlandais. Après l'Irlande, viennent l'Autriche, la Lituanie, l'Allemagne et la France. Cette dernière n'exporte « que » 1,89 % des exportations UE de graisses de bœuf et 10,66 % des exportations UE d'abats de bœuf.

MOSCOU SOUFFLE LE CHAUD ET LE FROID

« La Russie n'a pas l'intention d'accroître ses exportations vers la région Asie-Pacifique tout en diminuant son commerce avec les pays européens », a annoncé, le 14 octobre, le ministre russe de l'Économie, Alexeï Oulioukaïev. Bien que la Russie considère la Chine, le Japon, la Corée du Sud et d'autres pays de la région Asie-Pacifique comme des marchés potentiels, elle ne va pas réduire le commerce avec ses partenaires commerciaux traditionnels comme les Pays-Bas, l'Allemagne ou l'Italie, a déclaré le ministre à Moscou lors d'une conférence d'hommes d'affaires. Pour sa part, le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a déclaré que la Russie « ne voyait aucune alternative aux relations avec l'Union européenne et était prête à discuter de la création d'une zone de libre-échange avec Bruxelles ».