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Peste porcine Bruxelles et Moscou butent sur la régionalisation de l'embargo

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Moscou demande une levée de l'embargo sur les viandes porcines européennes pour les pays « qui n'ont pas de frontière avec les pays contaminés», a expliqué un responsable des services vétérinaires russe, lors de l'assemblée générale de l'Inaporc, le 1er juillet. Bruxelles souhaite que seuls les pays contaminés restent sous embargo. La Commission européenne a annoncé, le 30 juin, qu'elle portera officiellement plainte contre la Russie devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

QU'ILS trouvent une solution, et rapidement. C'est ce que souhaitent les professionnels de l'interprofession porcine, Inaporc, qui avaient réuni, à l'occasion de leur assemblée générale le 1er juillet à Paris, des représentants des services vétérinaires russes (Rosselkhoznadzor) et de la Commission européenne qui négocient depuis février le renouvellement du certificat d'exportation européen de viande de porc vers la Russie. Les incidences de cet embargo sont lourdes pour les éleveurs. Depuis que les exportations ont été stoppées suite à la découverte, fin janvier, de cas de PPA en Pologne et en Lituanie, les éleveurs et les abatteurs européens ont respectivement subi un manque à gagner de 580 et 250 millions d'euros en exportations, estime la Commission européenne.

Les Français veulent une solution bilatérale

En France, les professionnels s'impatientent. Ils sont notamment furieux que la Commission européenne ait annoncé en avril qu'elle souhaitait ouvrir une procédure de règlement des différends à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). L'interprofession craint de voir les négociations s'enliser et souhaite idéalement qu'une solution bilatérale soit trouvée entre la Russie et la France, sans en passer par un nouveau certificat européen. Mais Bruxelles et Moscou continuent de négocier et semblent d'accord pour élaborer un nouveau certificat européen, régionalisé cette fois, a expliqué la direction générale de l'alimentation (DGAL) française. Autrement dit un certificat qui permette de réduire la portée de l'embargo à quelques pays de l'UE. Le différend entre les deux partis porte sur la liste de ces pays. Le responsable adjoint du Rosselkhoznadzor, les services vétérinaires russes, Evgeny Nepoklonov assure que les Russes sont « prêts à ouvrir les frontières avec les pays qui n'ont pas de frontière avec les pays contaminés ». Et de citer comme exemples la France, l'Italie, les Pays-Bas ou le Danemark. Mais, regrette-t-il, « la Commission européenne a refusé notre proposition ».

Deux foyers de peste porcine africaine (PPA) en Lettonie

L'ORGANISATION internationale de la santé animale (OIE) annonce, le 26 juin, la recension de deux foyers de peste porcine africaine (PPA) en Lettonie. Le 25 juin, trois sangliers ont été trouvés morts « près de la frontière avec le Bélarus » et déclarés, le lendemain, positifs pour le virus de la peste porcine africaine (PPA). Le même jour, dans la même zone, trois porcs domestiques ont été examinés « suite à une suspicion de peste porcine africaine/peste porcine classique », et également déclarés positifs. Il s'agit de la première recension de la maladie dans le pays. Après la Lituanie et la Pologne, la Lettonie est le troisième pays de l'Union européenne touché par la PPA, maladie à l'origine de l'embargo russe sur la viande porcine européenne, décrété le 31 janvier. « Cela confirme que ce n'est pas seulement la faune sauvage qui est touchée », a réagi le responsable adjoint du Rosselkhoznadzor, les services vétérinaires russes, Evgeny Nepoklonov, lors de l'assemblée générale de l'interprofession du porc, l'Inaporc, à Paris le 1er juillet.

Bruxelles défend les règles de l'OMC

De son côté, la Commission demande que seuls les pays contaminés pâtissent de l'embargo, a expliqué Jean-Luc Angot, directeur adjoint de la DGAL. L'argument de Bruxelles ? La proposition de la Russie serait contraire aux règles de l'OMC. « Le marché unique et les règles du commerce mondial sont plus importants que le marché russe, s'est expliqué Wolf-Martin Maier, représentant de la direction générale du commerce à la Commission européenne. Si la Russie accède à notre demande, nous y gagnons tous. Si nous sapons cette négociation, nous y perdrons tous ». L'argumentaire d'Evgeny Nepoklonov a plutôt porté sur l'épidémiologie de maladie qui, arrivée en Russie en 2007 depuis la Géorgie, se serait propagée rapidement sur le territoire russe par l'intermédiaire de la faune sauvage : « Le sanglier n'a pas de GPS, il ne s'arrête pas aux frontières », argue-t-il. Pour faire avancer les négociations, la France a proposé un compromis, « une feuille de route », entre les deux propositions, a expliqué Jean-Luc Angot, directeur adjoint de la DGAL. Elle a proposé à la Commission européenne d'accepter la proposition russe avec l'objectif d'atteindre ensuite la demande européenne. Sans parvenir à convaincre Bruxelles et Moscou.

Guillaume Roué : « Nous ne voulons pas être comparés à la filière avicole »

ÀL'OCCASION de l'assemblée générale de l'interprofession du porc Inaporc le 1er juillet, son président Guillaume Roué a rappelé que les professionnels de la filière ne voulaient pas se résoudre à voir diminuer les volumes de porcs produits en France : « La production de masse est importante, la viande doit rester populaire », lance-t-il. « Nous ne voulons pas être comparés à la filière avicole. Aujourd'hui les consommateurs français qui n'ont pas les moyens de manger du poulet fermier mangent du poulet brésilien. Les volumes garantissent l'emploi sur les territoires et le dynamisme de la filière ». En mai, les abattages de porcins se replient de 8% en têtes, et de 7% en tec par rapport à l'année dernière, note le service de statistiques du ministère de l'Agriculture (Agreste) dans son document de conjoncture pour juin, publié le 26 juin. Sur les cinq premiers mois de l'année, les abattages diminuent de 1,2% en têtes et de 0,5% en tec. La production française est presque stable sur la même période, mais reste inférieure de 3,6% par rapport à la moyenne 2009-2013. Depuis le début de l'année, la consommation de viande de porc augmente de 2,3% par rapport à l'année dernière.

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Stéphane Le Foll donne rendez-vous à la filière en octobre

LORS de l'assemblée générale de l'Interprofession porcine Inaporc le 1er juillet, le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, a donné rendez-vous à la profession porcine en octobre. À cette occasion, il fera une proposition de soutien à l'aval de la filière que son ministère doit élaborer, cet été, sur la base du rapport délivré par Alain Berger, à l'époque délégué interministériel aux industries agroalimentaires et à l'agro-industrie. « Il faut structurer et améliorer la compétitivité de la filière, souhaite Stéphane Le Foll. Il s'agit de venir en appui, de faire des propositions avec pour objectif de structurer, d'améliorer la compétitivité, de prendre en compte les enjeux de l'environnement, travailler sur les marchés extérieurs, européens et intérieur. »

Avec la mise en place du régime d'enregistrement et du Plan de modernisation et de compétitivité, le ministère a déjà mis en place plusieurs propositions du rapport dit Berger pour l'amont. Pour l'aval, le rapport préconise de « moderniser les outils », « financer les investissements », lancer un « plan d'action à l'exportation et création de valeur » et le « développement de la contractualisation avec l'amont et l'aval ».

La Commission porte officiellement plainte

Le 30 juin, la Commission européenne a annoncé qu'elle allait demander l'ouverture d'une procédure officielle devant l'OMC. La politique de Moscou est doublement discriminatoire, dénonce Bruxelles. D'une part, la Russie ne traite pas de la même façon certains autres partenaires commerciaux alors qu'ils sont aussi confrontés au virus de la peste porcine et, d'autre part, elle n'a pas mis en place de mesure sur son marché intérieur malgré les nombreux foyers découverts sur son territoire. L'ouverture de consultations, première étape de la procédure de règlement des différends dans le cadre de l'OMC, avait été demandée au mois d'avril par l'UE mais celles-ci n'avaient pas abouti. Bruxelles va donc désormais exiger la mise en place d'un groupe spécial chargé de trancher. La Russie pourra refuser cette procédure lors de la réunion du 10 juillet de l'Organe de règlement des différends. Mais Moscou n'aura pas la possibilité de s'y opposer une seconde fois lorsque la question sera de nouveau abordée le 22 juillet. Depuis 5 mois que l'interdiction a été mise en place, les producteurs de viande de l'UE ont perdu plus de 580 millions € en exportations, estime Bruxelles.

Les Canadiens circonscrivent la diarrhée épidémique porcine (DEP)

AU Canada, les producteurs de porcs n'ont jamais connu de prix aussi élevés que depuis le déclenchement de la crise de diarrhée épidémique porcine (DEP) aux Etats-Unis, en avril 2013. C'est le témoignage livré par Jurgen Preugschas, président du Canadian Pork Council, lors de l'assemblée générale de l'interprofession porcine Inaporc le 1er juillet. Son pays a réussi à circonscrire l'épidémie depuis son apparition en janvier par la voie de l'alimentation. Les producteurs peuvent ainsi profiter de la hausse des cours dans la région. « Pour moi, c'est fantastique », témoigne le Canadien. En juin, seulement quatre Etats canadiens sont contaminés et 62 cas recensés depuis le début de l'année (7111 cas et 30 Etats concernés aux Etats-Unis). Leur recette : « biosécurité, biosécurité, biosécurité », martèle Preugschas. Observant inquiet le développement de l'épidémie aux Etats-Unis, le Canada a mis en place une « communication importante vers les professionnels de la filière porcine destinée à renforcer de manière drastique les mesures de biosécurité » dans les élevages, explique-t-il. Aux Français, il conseille notamment de veiller à mettre en place « des canaux de communication entre les différentes parties prenantes de la filière afin de prendre les décisions rapidement en cas d'urgences ».