Plus de 100 millions de tonnes de nourriture sont gaspillées aujourd'hui dans l'UE et si rien n'est fait, ce chiffre pourrait atteindre 126 millions de tonnes d'ici à 2020. La Commission européenne travaille en étroite collaboration avec les différentes parties prenantes afin de soutenir le développement de stratégies efficaces de prévention des déchets alimentaires, avec pour objectif de réduire le gaspillage alimentaire d'au moins 30 % d'ici 2025.
En réponse à la question de l'eurodéputée Roberta Metsola (PPE) qui s'informait sur le volume considérable du gaspillage alimentaire dans les différents Etats membres de l'UE et sur les mesures possibles pour y mettre fin, l'ex-commissaire européen à la santé et à la sécurité alimentaire, Tonio Borg, a souligné que la Commission européenne travaille étroitement avec les parties prenantes, dont l'industrie alimentaire (1), avec les Etats membres et avec le Parlement européen, afin de soutenir « le développement de stratégies efficaces de prévention des déchets ali-mentaires, stratégies qui accroissent l'efficacité des ressources sans toutefois mettre en péril la santé humaine ou animale ». En plus d'un document sur les déchets alimentaires sur lequel travaillent ses services de la Commission, Tonio Borg a par ailleurs rappelé la récente communication de la Commission sur « L'économie circulaire » (2) et la proposition de directive sur les objectifs de l'UE en matière de déchets (3), lesquels textes invitent les États membres à améliorer leurs méthodes d'évaluation des niveaux de déchets alimentaires, à élaborer des stratégies nationales de prévention du gaspillage alimentaire et à faire de véritables efforts pour réduire le gaspillage alimentaire d'au moins 30 % d'ici 2025 (à partir du 1er janvier 2017). Concernant les données disponibles sur l'importance des déchets alimentaires dans les différents Etats membres, Tonio Borg a rappelé les résultats d'une étude d'impact de 2010 sur les déchets alimentaires (financée par la Commission européenne) qui détaille les façons d'aborder cette question. Selon cette étude, la quantité totale des déchets alimentaires en Europe représenterait environ 100 millions de tonnes, soit 180 kg/hab/an. La part du gaspillage alimentaire des ménages est estimée entre 40 et 70 % de la chaîne d'approvisionnement alimentaire. En France, chaque consommateur mettrait à la poubelle quelque 20 kilogrammes d'aliments non consommés (restes de repas, fruits et légumes abîmés, pain …) par an, dont 7 kilogrammes encore emballés. Ce comportement des ménages contribue au gaspillage des autres acteurs de la chaîne (restauration hors domicile, distribution). Ce gâchis intervient donc aussi bien lors des étapes de production, de transformation des aliments que lors de la distribution de la nourriture puis de sa consommation. Plus important encore : le gaspillage alimentaire induit des consommations de matières premières et d'énergie évitables ainsi que des dépenses alimentaires qui pourraient être réduites. La réduction du gaspillage alimentaire constitue donc un enjeu environnemental, économique et social.
AMÉLIORER LA COLLECTE DES DONNÉES SUR LE GASPILLAGE ALIMENTAIRE
L'étude d'impact sur les déchets alimentaires estime que si rien n'est fait, le poids de nourriture gaspillées dans l'Union pourrait grimper à 126 millions de tonnes d'ici à 2020. Parmi les différentes options identifiées par les auteurs de cette étude pour éviter ce gaspillage, celle suggérant d'établir des exigences de déclarations de données spécifiques sur les déchets alimentaires par tous les Etats membres de l'UE semble être privilégiée. Cette option préconise aussi de mettre en place une méthodologie normalisée de calcul des quantités de déchets alimentaires au niveau des États membres afin d'assurer la comparabilité, pour à la fois faciliter l'élaboration des politiques de l'UE et stimuler l'action sur la prévention des déchets alimentaires. L'élément clé de cette option, privilégiée par les auteurs de l'étude, est que la collecte systématique d'informations pertinentes et de données statistiquement valables sur les déchets alimentaires au fil du temps, dans tous les États membres, serait garantie. Cela pourrait être mis en place grâce à un nouvel acte juridique, par l'intermédiaire de la révision de la directive-cadre communautaire sur les déchets par exemple ou par une réorganisation du système existant des rapports de Eurostat (l'office statistique de l'UE) où les données sur les déchets font déjà l'objet de collectes. Cette option basée sur une amélioration de la collecte des données est supposée donner une image plus claire des quantités de déchets alimentaires, de leurs sources et de leur traitement, augmentant ainsi la sensibilisation aux questions de déchets alimentaires et permettant une analyse ciblée pour identifier et traiter les problèmes générés par la production des déchets alimentaires. Mais de l'avis des auteurs de l'étude, il semble peu probable que l'impact de cette option puisse être significatif avant 2020 ou 2025, étant donné que les premières données valables sur les déchets alimentaires ne seraient disponibles qu'aux alentours de l'année 2016.
(1) Dans le cadre notamment du Groupe de travail sur les pertes et les déchets alimentaires (du Groupe consultatif sur la chaîne d'approvisionnement alimentaire de l'UE).
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(2) Communication sur « l'économie circulaire » du 2 juillet 2014.
(3) Proposition de directive modifiant (notamment) la directive 2008/98 relative aux déchets, la directive 94/62 relative aux emballages et aux déchets d'emballages et la directive 1999/31 concernant la mise en décharge des déchets.
En ce qui la concerne, l'industrie alimentaire de l'UE, par l'intermédiaire de son porte-voix à Bruxelles, «FoodDrinkEurope », a déjà développé une « boîte à outils » grâce à laquelle elle s'engage à travailler avec les acteurs de la chaîne d'approvisionnement alimentaire et d'autres parties prenantes, les décideurs politiques, les détaillants et les organisations de consommateurs, en vue de réduire et, si possible, éviter le gaspillage alimentaire tout au long de la chaîne. Cette boîte à outils vise à aider les fabricants de produits alimentaires et de boissons à éviter le gaspillage alimentaire au sein de leurs propres activités et de montrer comment les fabricants d'aliments peuvent aussi aider d'autres partenaires de la chaîne d'approvisionnement à en faire de même. Avec cette boîte à outils, l'industrie alimentaire affirme souhaiter « contribuer à l'objectif de parvenir à une économie efficace des ressources et à une chaîne alimentaire durable ». Elle estime également que la recherche de nouveaux marchés et une meilleure récupération alimentaire peuvent aussi contribuer à la croissance économique.