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FAST FOOD/FISCALITÉ Bruxelles incitée à enquêter sur les présumées évasions fiscales de McDonald's

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Le géant américain de la restauration rapide McDonald's est accusé d'avoir mis en œuvre un système qui aurait fait perdre plus d'un milliard d'euros de recettes fiscales aux États européens entre 2009 et 2013, au premier rang desquels la France. McDonald's affirme de son côté avoir payé plus d'un milliard d'euros d'impôt sur les sociétés rien qu'en France (1). Les Verts européens réclament une enquête et de la Commission européenne et du Parlement européen.

Dans un rapport publié le 25 février, une coalition de syndicats européens et américains (EPSU, EFFAT et SEIU) (2), rejoints par l'ONG britannique luttant contre la pauvreté, « War on Want », a accusé la multinationale McDonald's d'avoir organisé une évasion fiscale à hauteur d'un milliard d'euros en 4 ans pour l'ensemble des Etats membres de l'UE et à leur tête la France. Le rapport décrit en détail la stratégie d'évitement fiscal qui aurait été adoptée par McDonald's, son impact en Europe et dans ses principaux marchés que sont la France, l'Italie, l'Espagne et le Royaume-Uni. Les trois fédérations syndicales internationales ont calculé que McDonald's aurait fait remonter plus de 3,7 milliards d'euros de ses restaurants européens vers sa holding luxembourgeoise McD Europe Franchising. Cette dernière se serait acquittée de seulement 16 millions d'euros d'impôts dans le Grand duché entre 2009 et 2013. « Il est honteux de voir qu'une entreprise pesant plusieurs milliards d'euros, qui paie des bas salaires à ses employés, cherche encore à fuir sa responsabilité de payer sa juste part d'impôts, nécessaires pour financer les services publics dont nous dépendons tous. Plutôt que de maximiser ses bénéfices et minimiser ses impôts, McDonald's devrait changer sa recette afin de s'assurer que la responsabilité sociale des entreprises soit au cœur de son menu », a déclaré Jan Willem Goudriaan, secrétaire général de la Fédération syndicale européenne des services publics (EPSU en anglais). « Nous demandons à la Commission européenne et aux administrations fiscales nationales, ainsi qu'à la commission spéciale récemment créée au Parlement européen, d'examiner de près les pratiques fiscales de McDonald's et prendre les mesures appropriées », a-t-il indiqué.

RELAIS POLITIQUE DES VERTS EUROPÉENS

Parmi les rares réactions politiques au rapport accablant des syndicats européens, les Verts européens ont été les premiers à dégainer. « Encore une fois, c'est notamment via une structure basée au Luxembourg et une filiale en Suisse que le montage aurait été organisé. Cette structure, qui compte 13 salariés, a réalisé selon ce rapport un chiffre d'affaires cumulé de 3,7 milliards d'euros pour seulement 16 millions d'euros d'impôts payés », a notamment déploré Philippe Lamberts, le président belge du groupe des Verts au Parlement européen. Celui-ci estime que la Commission européenne « se doit dès à présent d'ouvrir une enquête sur ces pratiques, comme elle l'a déjà fait pour Starbucks, Amazon ou encore Fiat ». Sa collègue française, Eva Joly, membre Verte de la nouvelle commission parlementaire spéciale « Taxe » (sur les rescrits fiscaux et autres mesures similaires par leur nature ou par leur effet) (3), s'est également insurgée : « L'injustice fiscale n'est plus tolérable alors qu'au même moment, ce sont les épaules des ménages et des PME, de France jusqu'en Grèce, qui doivent supporter la pression exercée sur les budgets nationaux ». Elle a indiqué que ce sera à la commission spéciale « Taxe » de mettre la question « McDo » à l'ordre du jour en auditionnant les rédacteurs du rapport, les autorités fiscales luxembourgeoises et suisses, ainsi que les représentants de la firme. Plus généralement, Eva Joly a estimé « urgent de modifier la loi en Europe », pour, entre autres, « instaurer la transparence sur les activités financières des multinationales pays par pays, pour instaurer un échange automatique des informations sur les rescrits fiscaux (tax ruling), et pour aller vers une comptabilité commune pour les multinationales exerçant leurs activités en Europe ». C'est, a-telle souligné, « à ces conditions seulement que les exécutifs européens et nationaux pourront vraiment se targuer d'avoir vraiment agi. Toutes ces formes de dumping ou d'évasion fiscale menacent nos démocraties. La demi-mesure n'est pas recevable ». Les Verts européens estiment nécessaire d'imposer aux États membres de mettre fin à leurs guerres fiscales et d'évoluer progressivement vers la coopération plutôt que la concurrence en matière fiscale, en commençant par la fiscalité des entreprises. Mais ils restent conscients que toute décision sur la politique fiscale au niveau de l'UE reste de la responsabilité exclusive des gouvernements de l'UE et requiert l'unanimité au Conseil des ministres de l'UE. « Trop souvent, cette procédure administrative imposée a été utilisée comme excuse pour l'inaction. Nous croyons qu'une coalition de partenaires doit être construite autour du projet d'harmonisation de l'impôt des sociétés et que nous devons profiter de l'élan politique des révélations des Luxleaks afin de la construire », affirment-ils. Aziz Ben Marzouq

(1) McDonald's est la plus grande entreprise de restauration rapide en Europe, avec 7 850 magasins et 20,3 milliards d'euros de chiffre d'affaire en 2013.

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Les activités commerciales de la branche européenne de McDonald's représentent près de 40 % des revenus de la compagnie américaine.

(2) EFFAT : Fédération européenne des syndicats de l'alimentation, de l'agriculture et du tourisme. EPSU : Fédération syndicale des services publics de l'UE SEIU : Union Internationale des Employés des Services, un syndicat nord-américain représentant plus de 2 millions de travailleurs.

(3) Les chefs de groupes politiques du Parlement européen ayant rejeté la mise en place d'une « commission d'enquête sur les pratiques fiscales du Luxembourg », une simple « commission spéciale sur les rescrits fiscaux et autres mesures similaires par leur nature ou par leur effet » a été constituée le 26 février 2015 dans le sillage des révélations du LuxLeaks (scandale financier révélé par un consortium international de journalistes sur des centaines d'accords fiscaux préalables très avantageux conclus avec le fisc luxembourgeois par le cabinet de conseil PricewaterhouseCoopers (PwC) pour le compte de nombreux clients internationaux.

RÉACTION DE MCDONALD'S FRANCE

En réponse aux accusations d'avoir soustrait plus d'un milliard de recettes fiscales aux Etats européens depuis 2009, McDonald's France a indiqué que l'enseigne et ses franchisés ont payé « plus d'un milliard d'euros d'impôt sur les sociétés en France ». Elle a ajouté que depuis 2009, l'enseigne et ses franchisés ont investi « plus d'un milliard d'euros supplémentaires dans l'hexagone et créé plus de 15 000 emplois ». Ajouté à cela « 600 millions d'euros d'achat annuel en matières premières françaises (viande, pommes de terre, poulet, blé, etc.) », McDonald's France précise aussi que « comme toutes les entreprises structurées en franchise, elle acquitte une redevance à sa maison mère pour couvrir un certain nombre de droits d'utilisation et de transferts de savoir-faire comme le droit à l'utilisation de la marque, le développement permanent du système informatique mondial, la mise au point des équipements et des évolutions de la plate-forme de cuisine brevetée, le système de formation unique dispensé aux sièges aux Etats-Unis ou en Europe à nos équipiers et responsables de restaurants, ou encore les process liés à la garantie de la qualité et de la sécurité alimentaire ». Cette redevance, affirme McDonald's France est « une charge fiscale déductible de l'impôt sur les sociétés ».