Abonné

Santé/UE Bruxelles à la chasse aux anti-inflammatoires dans la viande de cheval

- - 5 min

L'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) et l'Agence européenne des médicaments (Ema) ont été invitées par la Commission européenne à réaliser une évaluation conjointe des risques pour la santé humaine associés à la présence de résidus d’anti-inflammatoire phénylbutazone dans la viande de cheval. Une invitation qui fait suite au scandale des produits à base de viande bovine – dans lesquels de la viande de cheval a été frauduleusement incorporée – et à la découverte de phénylbutazone (connue aussi sous le nom de « bute») dans un petit nombre de carcasses de cheval destinées à la chaîne d’approvisionnement alimentaire. Les avis de ces deux organismes européens doivent parvenir d'ici le 15 avril 2013 à la Commission afin de lui permettre de prendre d'éventuelles mesures de gestion des risques.

L’Efsa et l’Ema formuleront dans une déclaration commune un avis sur « tout risque potentiel pour les consommateurs lié à la présence de résidus de phénylbutazone dans la viande de cheval ». Les experts des deux agences se pencheront tant sur le risque posé par la consommation de viande de cheval en soi, que sur le risque associé à d’autres produits auxquels a été ajoutée illégalement de la viande de cheval. Les scientifiques devraient indiquer, le cas échéant, si des mesures de contrôle additionnelles seraient nécessaires pour minimiser tout risque identifié. La phénylbutazone est parfois utilisée dans des médicaments à usage humain pour traiter certaines affections inflammatoires sévères pour lesquelles aucun autre traitement n'est jugé adapté (arthrite notamment). En médecine vétérinaire, son utilisation est autorisée dans certains États membres pour soulager la douleur et réduire les inflammations chez des animaux non producteurs de denrées alimentaires (chiens, chevaux de sport). En vertu de la législation de l’UE, le traitement des chevaux de sport à la phénylbutazone doit être signalé dans leur « passeport cheval », ce qui a pour résultat d’écarter définitivement les animaux de l’abattage pour la consommation humaine.
L’utilisation de phénylbutazone n’est pas autorisée pour le traitement d’animaux destinés à la chaîne d’approvisionnement alimentaire humaine. Toute présence de cette substance dans des aliments d'origine animale résulte donc d’une utilisation illégale de carcasses de chevaux traités. La phénylbutazone est toxique pour la moelle osseuse et l’exposition à cette substance a été associée à l’anémie aplasique, un trouble sanguin rare mais grave dans lequel la moelle osseuse ne fabrique pas assez de nouvelles cellules sanguines. On a estimé que l’anémie aplasique affecte un petit nombre d’individus sensibles, à un taux d’environ 1 pour 30 000.

Quelle probabilité que les consommateurs soient exposés à la présence de « bute » ?

Le rapport annuel de l’UE sur les résidus de médicaments vétérinaires dans les denrées alimentaires montre que la phénylbutazone est rare dans la viande de cheval et, par conséquent, on estime que la probabilité que les Européens soient exposés à la phénylbutazone par l’intermédiaire de la consommation de viande de cheval serait plutôt faible. L’Efsa et l’Ema ont été invitées à exercer une surveillance attentive de la situation pendant que les autorités dans les États membres continuent à procéder aux essais qui doivent se dérouler pendant tout le mois de mars 2013 afin de détecter la présence de phénylbutazone dans la viande de cheval (dans le cadre de l’enquête globale sur les pratiques frauduleuses dans la commercialisation des produits à base de viande bovine). L’Efsa et l’Ema fourniront des informations mises à jour sur l’exposition des consommateurs à la phénylbutazone dans leur déclaration commune qui sera publiée en avril 2013. L’Efsa et l’Ema se pencheront sur tous les problèmes possibles de sécurité liés à la phénylbutazone et devront dans ce but examiner « toutes les preuves scientifiques et les données disponibles sur la phénylbutazone ainsi que les informations sur les niveaux de consommation de la viande de cheval dans l’Union européenne ».

Quel rôle pour l’EFSA dans la gestion de ce problème ?

Le rôle joué par l’Efsa dans le système européen de sécurité des aliments se limite à formuler des avis scientifiques sur la sécurité des aliments destinés à l’alimentation humaine et animale. L’Efsa n’est pas compétente pour ce qui touche aux étiquetages fallacieux, à la qualité des aliments ou encore à la traçabilité dans la chaîne alimentaire de l’UE, tous problèmes ayant été soulevés par la récente saga des produits officiellement à base de viande bovine mais traficotés avec de la viande de cheval. Ces questions ainsi que toutes les décisions liées à la gestion des risques relèvent de la responsabilité des États membres et de la Commission européenne. Dans des cas comme celui-ci, l’Efsa peut apporter son assistance scientifique et des avis sur tous les aspects liés à la sécurité des aliments afin d’aider les gestionnaires des risques de l’UE dans leurs décisions si nécessaire.

(1) Conformément aux orientations de la loi du 3 août 2009 relative à la mise en œuvre du Grenelle de l'environnement.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Commission européenne
Suivi
Suivre