Sans réel argent frais de la part de l’UE, le nouveau paquet de mesures pour faire face à la crise de l’élevage, mais aussi des fruits et légumes, va autoriser les États membres à débloquer 15 000 € d’aides nationales par agriculteur qui pourront, entre autres, financer un dispositif de gestion volontaire de la production de lait au sein des organisations de producteurs et des coopératives. L’efficacité de cette dérogation temporaire aux règles européennes de la concurrence dépendra de l’engouement qu’elle suscitera dans l’UE. À ce stade, seules la France et la Belgique semblent réellement vouloir y avoir recours. Bruxelles va également lancer ou relancer quelques mesures de gestion de marché : doublement des plafonds d’intervention pour la poudre de lait et le beurre, nouveau programme d’aide au stockage privé de viande de porc et prolongation du dispositif de retrait des fruits et légumes. Autres mesures : création d’un Observatoire du marché de la viande, développement d’un système européen de crédit à l’exportation et fonds supplémentaires pour la promotion.
La présidence néerlandaise de l’UE a appelé la Commission européenne, à l’issue du Conseil du 14 mars, à prendre, face à la crise agricole, les mesures annoncées au début de la réunion par… la Commission elle-même. Sur la centaine de mesures proposée par les États membres, la Commission en a retenu treize. Sans surprise, le commissaire à l’agriculture Phil Hogan s’est dit d’accord pour : permettre des accords volontaires de gestion de la production et de l’offre de lait au niveau des organisations de producteurs, interprofessions et coopératives, comme le souhaitait notamment la France ; autoriser temporairement des aides nationales de 15 000 € par agriculteur sur une année ; doubler les plafonds d’intervention pour la poudre de lait écrémé et le beurre ; instaurer le moment venu un nouveau régime d’aide au stockage privé du porc (le précédent programme avait coûté 28 millions d’euros et permis de stocker 90 000 t de viande) ; établir un Observatoire du marché de la viande ; étudier la possibilité de créer un outil de crédits à l’exportation complémentaire de ceux existant au niveau national ; ou encore proroger les mesures exceptionnelles prises pour les fruits et légumes face à l’embargo russe. La France précise par ailleurs avoir eu de la Commission « un accord de principe pour expérimenter l’étiquetage de l’origine des viandes et du lait dans les produits transformés » (1).
Ce n’est certainement pas une « formule magique », a admis le commissaire européen à l’agriculture Phil Hogan. Mais « comment proposer un nouveau plan alors que la totalité des 420 millions débloqués en septembre n’ont pas été utilisés par les États membres ? », a-t-il justifié, précisant qu’il ne se voyait pas dans ces conditions aller demander une rallonge devant le collège des commissaires. En effet, seuls 10 États membres sur 28 ont consommé la totalité de leur enveloppe.
Les premiers projets de règlements devaient être distribués aux États membres dès le 17 mars afin qu’une discussion puisse s’engager le 21 mars lors du Comité spécial agricole.
Les Vingt-huit reviendront sur ces dossiers au niveau ministériel en juin – ou plus tôt si la conjoncture l’impose – et, selon la présidence néerlandaise, pourraient envisager à cette occasion de dégager « en dernier ressort » des fonds de soutien en puisant, comme le demandent notamment les États baltes, dans la réserve de crise, un fonds de 440 M € créé grâce à une réduction des paiements directs aux agriculteurs.
> Gestion volontaire de l’offre
C’était une proposition française : activer les articles 219 et 222 du règlement OCM unique permettant, en cas de perturbation majeure du marché, de déroger temporairement aux règles de la concurrence en autorisant les organisations de producteurs, les associations d’organisations de producteurs et les interprofessions reconnues à réduire volontairement leur production. Bruxelles va l’autoriser pour 6 mois – reconductibles 6 mois supplémentaires –, en particulier dans le secteur laitier. Le règlement ne le prévoit pas, mais Phil Hogan a assuré que ces accords pourraient également être passés dans le cadre des coopératives, voire des laiteries privées. Ce qui permettrait de rendre bien plus efficace le dispositif puisque les organisations de producteurs ne couvrent que 12 % de la production européenne alors que, si l'on y ajoute les coopératives, c’est environ 60 % de la collecte laitière qui est concernée. Mais les services bruxellois de la concurrence suivent le dossier de près. Les experts de la Commission espèrent de toute façon que la crise actuelle et cette mesure vont inciter les producteurs à s’organiser, ce qui n’était pas le cas ces dernières années quand le marché laitier était florissant.
Les éventuels accords professionnels de gestion de la production ne pourront pas être rendus obligatoires par les États membres, un règlement sera publié par la Commission et chaque organisation pourra y recourir dans les États membres. Mais les accords pourraient bénéficier des aides nationales autorisées (voir plus loin) et de ce qu’il reste des enveloppes dégagées par l’UE l’automne dernier, a précisé Phil Hogan. Une aide pourrait donc être accordée aux éleveurs qui réduiraient leur production.
Si le ministre français, Stéphane Le Foll, s’est félicité que « l’Europe décide de mesures concrètes pour limiter la surproduction », son homologue wallon, René Collin, a déploré que le dispositif prévu « ne soit nullement organisé ». Le représentant belge a ajouté que « la mesure ainsi bricolée pourrait d’une part aboutir à de nouveaux transferts de production vers des régions plus agro-industrielles et d’autre part constituer une forme de renationalisation partielle de la première des politiques européennes ». C’est le risque ! Surtout que les États membres où la collecte progresse le plus actuellement dans l’UE (Pays-Bas, Danemark, Irlande et dans une moindre mesure Allemagne et Royaume-Uni) sont plutôt opposés à ce système et ne le financeront pas. Conscient du problème, Stéphane Le Foll a écrit, avec le ministre belge de l’agriculture, au président de la commission agricole du Parlement européen, Czesław Adam Siekierski, pour lui demander de convoquer « l’ensemble des opérateurs laitiers européens à une réunion au Parlement » afin d’« accompagner la mise en œuvre » de l’article 222. La France et la Belgique se prononcent également pour « une nouvelle discussion » lors d’un « prochain Conseil » au sujet du « soutien financier qui pourrait être octroyé » afin que la mesure de l’article 222 soit « largement utilisée à l’échelle européenne ».
> Aides d’État
La Commission européenne a décidé d’autoriser temporairement des aides nationales de 15 000 € par agriculteur sur une année qui s’ajoutent aux aides de minimis actuelles de 15 000 € sur trois ans. Techniquement, les aides de minimis ne sont pas considérées comme des aides d’États. Mais la législation européenne impose que les aides d’État ne soient pas utilisées pour les mêmes mesures que les aides de minimis. De nombreux États membres demandaient un doublement du plafond des aides de minimis mais cette procédure aurait demandé plus de sept mois, a souligné le commissaire européen, car il aurait fallu pour cela modifier l’acte de base de la réforme de la Pac, ce qui aurait impliqué le Parlement européen.
Un certain nombre de délégations (pays baltes, Italie) a critiqué ce dispositif qui nécessite de recourir à des fonds nationaux dont ils ne disposent pas forcément.
> Doublement des plafonds d’intervention pour les produits laitiers
Comme le souhaitent de nombreux États membres, Bruxelles va doubler les plafonds d’intervention pour la poudre de lait écrémé et le beurre qui passeraient respectivement à 218 000 et 100 000 tonnes. Pour la poudre de lait, plus de 52 000 t ont déjà été stockées depuis le début de l’année, c’est plus que sur l’ensemble de l’année 2015 (40 000 t). Les plafonds risquaient donc d’être très prochainement atteints, ce qui aurait obligé la Commission à passer par un système d’adjudications (appels d’offres). « Je voudrais également rappeler que la Commission est tenue de ne pas libérer les produits mis à l’intervention d’une manière qui aurait un effet de distorsion sur le marché », a précisé le commissaire européen.
Phil Hogan a par ailleurs réitéré son opposition à un relèvement du prix d’intervention sur la poudre de lait et le beurre. Une mesure qui selon lui ne ferait qu’inciter les éleveurs à continuer à produire plus.
> Aide au stockage privé de viande porcine
La Commission va ouvrir au moment jugé opportun (probablement d’ici deux ou trois mois) un nouveau régime d’aide au stockage privé du porc. Le précédent programme ouvert le 4 janvier et refermé trois semaines plus tard avait coûté 28 millions €s et permis de stocker 90 000 t de viande. L’Allemagne, l’Espagne, les Pays-Bas et le Danemark étaient les principaux États membres à y avoir recours.
> Observatoire européen du marché de la viande
Comme cela existe pour le lait, la Commission va lancer un Observatoire européen du marché de la viande. Cet observatoire réunissant les principaux acteurs européens, les États membres et la Commission doit permettre un meilleur suivi des évolutions du marché afin que les opérateurs puissent prendre les décisions les plus éclairées possible et que la Commission soit en mesure de réagir rapidement si nécessaire.
> Renforcement de la chaîne d’approvisionnement
Phil Hogan a soutenu l’idée d’une réunion ou d’un séminaire entre les experts des États membres et la Task force sur des marchés agricoles (dont le rapport est attendu pour l’automne) afin de discuter de faiblesses structurelles du secteur laitier. Il a par contre rejeté, comme le lui demandaient certains, la mise en place d’un nouveau groupe à haut niveau sur le lait.
> Nouveau plan de retrait des fruits et légumes
Bruxelles va proroger pour un an les mesures exceptionnelles prises pour les fruits et légumes face à l’embargo russe qui arrivent à échéance fin juin. Ce dispositif finance le retrait du marché de certains produits sous forme de distribution gratuite dans les écoles et pour les démunis, de compostage, de récolte en vert…
Certains pays demandent une amélioration par rapport au dispositif en place, notamment l’introduction de nouveaux produits et des aides plus incitatives.
> Commerce international
« Je tiens à réitérer ma détermination à promouvoir les intérêts de l’UE et à ouvrir de nouveaux marchés pour les produits européens, tout en négociant un traitement différencié pour les produits agricoles sensibles. Ces deux aspects sont cruciaux pour l’agriculture européenne », a simplement souligné le commissaire, alors que l’UE négocie actuellement des accords de libre-échange avec le Japon, mais surtout les États-Unis et le Mercosur.
> Promotion
Le commissaire a annoncé un « montant supplémentaire » – qui devrait être de 3,5 M € – au budget de 30 M € déjà prévu pour financer des mesures de promotion dans les secteurs de la viande de porc et des produits laitiers principalement dans l’UE mais aussi vers les pays tiers. Au total ce sont déjà 111 M € qui étaient disponibles en 2016 pour la promotion des produits agricoles de l’UE.
> Embargo phytosanitaire russe
La Commission assure qu’elle poursuit sans relâche ses efforts pour lever l’embargo phytosanitaire russe (3). « Malgré nos efforts pour essayer d’assurer une reprise rapide des échanges commerciaux entre l’UE et la Russie, très peu a été obtenu », a souligné le commissaire. Un rapport donnant raison à l’UE suite la plainte déposée auprès de l’OMC devrait être publié au mois de juin.
> Crédit à l’exportation
Phil Hogan a indiqué être ouvert au développement d'un outil de crédit à l’exportation européen qui pourrait compléter les dispositifs mis en place par certains au niveau national. Les services de la Commission vont travailler avec la Banque européenne d’investissement et les États membres intéressés sur la faisabilité du dispositif.
> Instruments financiers en lien avec la Banque européenne d’investissement
Le commissaire européen a encouragé les États membres à tirer pleinement parti des possibilités offertes par la Banque européenne d’investissement et le Fonds européen d’investissement stratégique pour les investissements (fonds Juncker) dans le secteur agricole (voir encadré). Objectif : élaborer des instruments financiers appropriés pour aider les agriculteurs et les transformateurs à investir dans leurs entreprises pour améliorer leur compétitivité ou faire les ajustements structurels nécessaires.
> Développement rural
« Les États n'ont pas fait un usage adéquat des différents outils disponibles dans le cadre du deuxième pilier de la Pac », regrette le commissaire européen. Pour encourager une plus grande adoption de certaines mesures (en particulier les systèmes assurantiels), la Commission va travailler avec les autorités nationales pour identifier où et comment les programmes de développement rural peuvent être ajustés pour les rendre plus efficaces face à la crise actuelle.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
(1), (2) (3) et (5) Voir même numéro
(4) Voir n° 3537 du 14/03/16
La production laitière poursuit sa hausse, le cheptel porcin commence à reculer
En 2016, les livraisons de lait devraient augmenter dans l’UE (mais aussi aux États-Unis de 1,6 % soit 1,9 Mt supplémentaires), pesant un peu plus sur les prix. La production européenne au premier trimestre pourrait encore augmenter de 5 % par rapport à la même période l’an dernier. Sur le reste de l’année elle devrait se stabiliser voire reculer légèrement. Au total la collecte progresserait de 2 Mt, tirée par les Pays-Bas, le Danemark, l’Irlande et dans une moindre mesure l’Allemagne et le Royaume-Uni. Malgré de bonnes perspectives d’exportation, les stocks d’intervention de poudre de lait écrémé augmenteraient considérablement. Ils pourraient atteindre 240 000 t fin 2016 et pèseront donc sur les cours pendant plusieurs années.
Pour le porc, la réduction en cours du cheptel (en Allemagne, France et Pologne et malgré la forte hausse en Espagne) devrait être à l’origine d’une stabilisation de la production en 2016 qui devrait repartir à la hausse (+1 %) en 2017 malgré les prix bas et l’absence de perspectives de réouverture du marché russe.
La Banque européenne d’investissement prête à travailler plus étroitement avec le secteur agricole
Les ministres de l’agriculture de l’UE ont eu le 14 mars à Bruxelles une discussion avec le vice-président de la Banque européenne d’investissement (BEI), Pim Van Ballekom, afin de lui faire part des spécificités du secteur agricole en matière d’aide à l’investissement. Trois outils peuvent déjà servir le secteur agricole, a indiqué Pim Van Ballekom : une plateforme financée par la direction générale de l’agriculture permet d’orienter et d’apporter des avis techniques sur les instruments financiers disponibles (une méthodologie sur la base des expériences passées sera prochainement publiée) ; des activités de gestion des instruments financiers créés dans le cadre du développement rural ; et des prêts de BEI qui peuvent venir compléter des financements du développement rural. Le 16 mars, la Commission européenne a annoncé le lancement du premier instrument financier de la période de programmation 2014-2020 visant à faciliter les prêts et les arrangements de crédit dans les zones rurales en Estonie.
Le commissaire européen Phil Hogan a inauguré le 11 mars en Irlande un nouveau fonds de 100 millions € qui offrira des prêts flexibles à des prix compétitifs aux producteurs de lait avec des remboursements qui peuvent varier en fonction des évolutions du prix du lait. « Je vois cette initiative comme un outil précieux pour gérer la volatilité des revenus. Je considère cela comme un projet pilote important dans le développement d’instruments financiers novateurs qui peuvent aider les familles agricoles à travers l’Europe », s’est félicité le commissaire. Le vice-président de la BEI s’est dit prêt à apporter son soutien à ce dispositif.
Des conclusions de la présidence, et non pas du Conseil
Le ministre néerlandais de l’agriculture, Martijn van Dam, qui présidait le 14 mars les travaux des Vingt-huit, n’a pas vraiment cherché à obtenir un consensus, optant pour des « conclusions de la présidence » et non pas du Conseil. De toute façon, l’Irlande, le Royaume-Uni et la Suède étaient opposés au principe d’une régulation de l’offre de lait, tandis que les États baltes auraient voulu l’activation de la réserve de crise agricole pour prévenir une vague de faillites de leurs exploitations.
« Nous réaffirmons l’orientation de la Pac vers le marché », soulignent les conclusions de la présidence, « nous convenons de la nécessité d’une réponse supplémentaire de l’Union » compte tenu de « l’impact en Europe » de « la crise sur les marchés agricoles mondiaux », en particulier « dans les secteurs du lait, du porc et des fruits et légumes ».
« Prenant note » des « nombreuses suggestions » présentées par les États membres dans des contributions écrites (3), la présidence demande à la Commission européenne d’activer les mesures qui avaient été présentées par le commissaire à l’agriculture Phil Hogan au début de la réunion, précisant que les accords de régulation volontaire de la production de lait « pour une période limitée » peuvent concerner aussi les « entreprises privées », sur la base de l’article 157 du règlement de l’OCM sur les organisations interprofessionnelles.
La présidence appelle également l’exécutif européen à envisager quelques dispositions supplémentaires : révision du plafond de minimis pour les aides nationales, « en vue de le porter de 15 000 € à 30 000 € » ; « plus de flexibilité » dans l’application des régimes existants d’aide au stockage privé en vue « d’accroître leur attractivité pour les opérateurs » ; possibilité d’autoriser les États membres à verser des avances sur les paiements de la Pac, « comme cela a été fait en 2015 » ; une fois que la task force sur les marchés agricoles aura conclu ses travaux, éventuelles propositions « pour des outils appropriés afin de traiter la gestion des risques, les marchés à terme, les contrats à prix fixe, etc. » ; « travailler avec les États membres sur la façon dont les programmes de développement rural peuvent être ajustés afin de les rendre plus réactifs à la crise actuelle ».
« Nous nous efforçons tous d’assurer la mise en œuvre rapide » des mesures prévues, « tout en notant qu’elles devront être financées à l’intérieur du budget actuel », souligne enfin la présidence. « Nous comptons suivre de près l’évolution du marché, reviendrons sur cette question au Conseil de juin, ou plus tôt si la situation du marché l’impose, et dans cette perspective appelons la Commission à étudier la disponibilité de ressources additionnelles, y compris l’activation possible de la réserve de crise en dernier ressort, à soutenir les mesures de marché au moment approprié, et la BEI à soumettre des initiatives concrètes, y compris pour un outil de l’UE à l’exportation ».
Tensions syndicales
Dénonçant les orientations « libérales » des fonctionnaires de la Commission européenne comme des représentants des organisations professionnelles majoritaires (Copa-Cogeca), une centaine de manifestants de la Fédération unie de groupements d’éleveurs et d’agriculteurs (Fugea, Belgique) et de l’European Milk Board (EMB) ont, en marge de la réunion des ministres de l’UE le 14 mars à Bruxelles, déversé du lait au siège des premiers et tenté, 200 mètres plus loin, de pénétrer dans celui des seconds, protégé par la police. Le secrétaire général du Copa-Cogeca, Pekka Pesonen, s’est entretenu avec trois d’entre eux.
Parlement européen : « Nous attendons plus, et nous l’attendons maintenant »
Le commissaire européen Phil Hogan a présenté le 17 mars aux coordinateurs politiques de la commission de l’agriculture du Parlement européen les mesures annoncées lors du Conseil de l’UE pour faire face à la crise. Cette question est inscrite à l’ordre du jour provisoire de la session plénière le 12 avril à Strasbourg. Dans un communiqué daté du 16 mars, le président de la commission parlementaire, Czesław Adam Siekierski (Pologne, PPE), juge que les dispositions prévues sont « un pas dans la bonne direction », mais qu’elles sont insuffisantes, « arrivent tardivement », et qu’elles sont « ni ambitieuses ni décisives ». « Il semble que la Commission ait plus mis sur l’accent sur la prolongation des mesures existantes que sur la recherche de solutions nouvelles. Nous attendons plus, et nous l’attendons maintenant », ajoute-t-il.
Le président de la Comagri, qui réclame des actions de plus long terme et demande à Bruxelles de trouver de l’argent frais pour financier les soutiens annoncés, note que « la Commission n’est pas la seule à ne pas réagir de façon adéquate ». « Bien que 1 milliard € ait été débloqué pour soutenir les agriculteurs sur une période de deux ans, plusieurs pays ont échoué à prendre les mesures nécessaires et n’ont ainsi pas utilisé pleinement l’aide de l’UE », déplore-t-il.
Plusieurs députés avaient demandé des mesures de gestion ou de réduction de la production dans le secteur du porc lors d’un débat en session plénière le 10 mars à Strasbourg tenu sur la base d’une question orale de Czesław Adam Siekierski, mais en l’absence de Phil Hogan, qui était intervenu devant la Comagri trois jours auparavant (4).
Réactions mitigées
Prudente satisfaction
. La France se félicite que, « sur la base des propositions françaises partagées par une majorité d’États membres », la Commission européenne se soit « engagée à mettre en œuvre des mesures fortes », et ait notamment « acté la pertinence du déclenchement pour la première fois de l’article 222 (de l’OCM) permettant aux opérateurs de déroger au droit de la concurrence pour limiter temporairement la production ». « C’est la preuve que quand elle veut, elle peut ! », a commenté, à propos de cette décision de la Commission, l’eurodéputé socialiste français Éric Andrieu, tandis que son collègue et compatriote démocrate-chrétien Michel Dantin saluait « l’effort diplomatique français qui a permis de faire bouger les lignes », tout en relevant que « la mobilisation de l’article 222 de l’OCM pour six mois n’implique qu’une réduction volontaire de la production laitière et non obligatoire », et en se demandant donc « si le risque n’est pas que la France et les autres pays continentaux réduisent effectivement leur production tandis que les pays nordiques continuent leur trajectoire de surproduction ».
. L’Allemagne est restée très discrète à l’issue de la réunion des Vingt-huit
. Le Royaume-Uni s’est surtout réjoui d’avoir obtenu, lors du Conseil du 14 mai, « le soutien des pays européens pour simplifier le régime d’audit de la Pac » (5). S’agissant des dispositions prises contre la crise, il souligne essentiellement « avoir reçu un soutien pour des mesures qui devraient aider les agriculteurs à accroître leur productivité ».
. Le Luxembourg « croit » que les dispositions prévues « vont dans la bonne direction ». Constatant que « le retour vers un système de quotas s’est vu rejeté par la majorité du Conseil », il fait valoir néanmoins qu’« une solution sans solidarité et sans marché interne n’est pas envisageable ».
. Le Copa-Cogeca (organisations majoritaires et coopératives agricoles de l’UE) a qualifié lui aussi les décisions des Vingt-huit de « pas dans la bonne direction pour atténuer les pressions pesant sur le marché », ajoutant toutefois qu’« il convient d’abord d’évaluer son fonctionnement dans la pratique ».
. Le Ceja (Conseil européen des jeunes agriculteurs) accueille favorablement l’accord du Conseil, mais appelle à une « mise en œuvre rapide des mesures de marché ».
Déception
. En Belgique, le ministre fédéral de l’agriculture, Willy Borsus, a parlé de « petits pas » dans la bonne direction, mais qui restent « insuffisants face à la gravité de la situation actuelle ». Très remonté, son homologue wallon, René Collin, a critiqué l’insuffisance du dispositif pour la régulation volontaire de l’offre de lait qu’il juge « nullement organisé », « bricolé », et qui, selon lui, « pourrait d’une part aboutir à de nouveaux transferts de production vers des régions plus agro-industrielles et d’autre part constituer une forme de renationalisation partielle de la première des politiques européennes ». Au niveau syndical, la Fédération wallonne de l’agriculture (FWA) a regretté que les mesures prévues par l’UE soient « conjoncturelles et pas structurelles », tandis que la Fédération unie de groupements d’éleveurs et d’agriculteurs (Fugea), avocate d’une agriculture paysanne, a reproché à la Commission européenne de « ne rien faire, et jouer la montre en attendant une embellie sur les marchés d’exportations ».
. L’Italie, très concentrée sur la question, également à l’ordre du jour, de l’étiquetage nutritionnel « feux tricolores » (2), a jugé que les décisions prises face à la crise laitière étaient « insuffisantes », et regretté un « manque une vision stratégique sur la façon d’aborder les mesures concrètes et structurelles » pour ce secteur. Elle a aussi réitéré sa demande de déclenchement de la clause de sauvegarde sur les importations de tomates prévue dans l’accord entre l’UE et le Maroc. Au niveau syndical, la Coldiretti a estimé que, « comme ce fut le cas pour les migrants, l’UE se comporte comme Ponce Pilate et se décharge de ses responsabilités sur les États membres qui font déjà face à de fortes contraintes budgétaires ».
. Les États baltes réclamaient notamment une nouvelle enveloppe ciblée européenne. L’Estonie compte néanmoins recourir à des aides d’État pour soutenir des changements structurels dans le secteur agricole. Elle estime aussi que les diminutions volontaires de l’offre de lait devraient être « proportionnelles », en prenant comme référence le niveau de la production au moment de l’abolition des quotas pour tenir compte des efforts de réduction déjà entrepris au niveau national.
. L’European Milk Board (EMB) constate que les politiques ont « enfin compris que c’est à la surproduction à l’échelle européenne que l’on doit s’attaquer pour résoudre le problème ». « Malheureusement, les mesures qui viennent d’être adoptées ne sont qu’un cautère sur une jambe de bois, et la réflexion n’a pas été menée jusqu’au bout », déplore-t-il.
. La Coordination européenne Via Campesina assure que les mesures du Conseil de l’UE sont « une farce pour les producteurs laitiers ».