Aux producteurs européens de lait en colère qui réclament des mesures de soutien contre la chute des prix, la Commission européenne répond qu’elle est « sincèrement désolée » de la situation actuelle mais aussi qu’elle n’est pas prête à aller au-delà des mesures qu’elle a déjà prises pour tenter de désengorger le marché. Désabusés, les producteurs de lait européens promettent des actions sous les fenêtres des ministres européens de l’agriculture lors de leur réunion du 25 mai à Bruxelles.
Ce n’est pas moi c’est l’autre… « La crise du prix du lait en Europe n’a rien à voir avec la gestion des quotas laitiers. Car même avec l’augmentation de 2 % des quotas que nous avons introduite, les Etats membres n’ont pas été capables de les remplir ». Catégorique, un porte-parole de la commissaire à l’agriculture, Mariann Fischer-Boel, soutient que la Commission européenne a déjà fait « tout ce qu’elle pouvait faire » pour alléger la situation des éleveurs. « Certains Etats membres avancent l’idée que l’UE produit trop de lait et qu’il suffirait de diminuer les quotas pour que les prix du lait se redressent. Ce n’est pas vrai ! », s’exclame ce fonctionnaire avant de préciser qu’au premier trimestre de 2009 « l’UE a même produit moins de lait qu’à la période correspondante de 2008 ». La crise du prix du lait, selon lui, « n’est pas due à la politique communautaire mais c’est un problème mondial qui trouve sa source dans la surproduction de lait notamment en Nouvelle-Zélande et en Australie ». Ce sont, dit-il, ces surproductions qui perturbent actuellement le marché communautaire. « Nous avons réagi avec les moyens mis à notre disposition. Nous avons réintroduit le stockage privé et public, réinstauré les restitutions à l’exportation, lancé une campagne de distribution de lait dans les écoles (des principes pourtant à l’opposé des convictions politiques de la très libérale Mariann Fischer-Boel, NDLR) et malgré cela la situation des prix ne s’est malheureusement pas améliorée ». Aux yeux du porte-parole de Fischer-Boel, « demander de réduire les quotas de production de lait ne servirait strictement à rien puisque même l’augmentation de 2 % de production décidée il y a plusieurs mois n’a pas pu être honorée par les différents Etats membres ». D’ailleurs, ajoute notre interlocuteur, « la Commission européenne n’a aujourd’hui plus aucune prise sur l’évolution des prix du marché ». Certes, explique-t-il, dans les années 80 ou 90 elle pouvait encore fixer les prix mais avec les différentes réformes de la PAC ce n’est plus possible aujourd’hui. « A la rigueur on peut plus ou moins ajuster les prix en jouant sur les restitutions à l’exportation ou sur les mesures de stockage mais nos pouvoirs sont limités et nous ne pouvons pas faire de miracles », conclut en substance le porte-parole de l’agriculture.
Faire jouer le levier national
Déjà le 30 avril dernier, la commissaire Fischer-Boel avait accordé une audience à une délégation de producteurs membres de l’« European Milk Board » qui lui avait exposé la situation des producteurs laitiers et présenté leurs revendications en faveur de quotas régulés selon les capacités du marché. Si elle a déploré le faible niveau des prix du lait en Europe, la commissaire a en revanche rejeté toute idée d’un retour en arrière sur la libéralisation programmée du marché. Réitérant les mesures déjà prises par la Commission pour tenter de désengorger le marché du lait (restitutions à l’export et mesures de stockage), elle leur a clairement indiqué que l’instauration d’un encadrement législatif « ne saurait présenter une option pour la régulation de la production de lait à l’échelle européenne ». Une position qui accule les producteurs laitiers européens à exercer plus de pression sur les politiques nationaux. A leurs yeux, ces derniers seraient les seuls à pouvoir faire pression sur la Commission pour l’inciter à changer de cap et à adopter une politique laitière plus favorable aux producteurs laitiers et aux consommateurs.
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Opération « Etable en déplacement » le 25 mai
En désespoir de cause, les producteurs européens, réunis au sein de l’European Milk Board, se sont donnés rendez-vous le 25 mai à Bruxelles, à l’occasion du Conseil des ministres européens de l’agriculture. Avec le renfort de plusieurs centaines de manifestants venus des quatre coins de l’Europe une action, baptisée « L’étable en déplacement », sera organisée sous les fenêtres de leurs excellences au Rond-Point Schuman, siège du Conseil des ministres et de la Commission européenne à Bruxelles. Des actions spectaculaires sont également prévues pour la rencontre informelle des mêmes ministres le 31 mai à Prague.