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Lait Bruxelles prolonge l'aide au stockage privé, mais refuse toute autre mesure

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Confrontés au recul des prix du lait, de nombreux États membres ont demandé à la Commission européenne de prendre des mesures pour soutenir le secteur. Le commissaire à l'agriculture Phil Hogan a annoncé la prolongation des mesures d'intervention publique et d'aide au stockage privé mises en place pour limiter l'impact de l'embargo imposé par la Russie mais il ne proposera rien d'autre. L'UE produit trop de lait, il faut laisser le marché réguler le secteur, estime-t-il.

Le commissaire européen Phil Hogan a annoncé lors du Conseil agricole du 13 juillet à Bruxelles que la Commission allait prolonger au-delà de leur date d'expiration du 30 septembre l'intervention publique et l'aide au stockage privé pour le secteur laitier. Une réponse aux demandes de plus en plus pressantes de certains États membres qui s'inquiètent de la situation du secteur. Ce dispositif mis en place depuis septembre 2014 a fourni 13 millions € d'aide au stockage privé permettant de retirer temporairement du marché 36 000 tonnes de lait écrémé en poudre, 102 000 tonnes de beurre et 51 000 tonnes de fromage. À cela s'ajoutent les 40 millions € d'aides ciblées accordées aux pays baltes et à la Finlande.

Dans une note commune, la Bulgarie, la République tchèque, la Hongrie, la Pologne, la Roumanie, la Slovénie, la Slovaquie confrontées à des chutes – plus ou moins importantes – des prix des produits laitiers ont demandé des mesures : hausse du prix d'intervention, mise en œuvre temporaire de restitutions à l'exportation, éventuelles nouvelles mesures ciblées. D'autres délégations ont apporté leur soutien à la démarche : pays baltes, Portugal, Finlande qui craint de voir nombre de ses éleveurs abandonner la production, Espagne ou encore Belgique. La France a soutenu l'idée d'une hausse des prix d'intervention, prévenant qu'il y a un risque de nouvelle spirale de crise. L'Allemagne s'est contentée de saluer l'extension de la période d'intervention.

La France, soutenue notamment par l'Irlande et le Portugal, a souhaité que le secteur laitier fasse l'objet d'un débat approfondi à l'occasion de la prochaine réunion informelle des ministres de l'agriculture des Vingt-huit, les 14 et 15 septembre au Luxembourg. Le thème initialement prévu pour cette réunion est « Climat et agriculture ».

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Bruxelles ne veut pas bouger

Mais pour la Commission, le principal problème du secteur actuellement est qu'il y a trop de lait sur le marché, du fait principalement de la baisse de la demande chinoise et de l'arrêt des exportations vers la Russie. Après un recul de la production au premier semestre 2015, la collecte est repartie à la hausse depuis le mois d'avril. La Commission européenne prévoit une hausse de 1% de la production sur l'ensemble de l'année 2015. « En avril, premier mois après l'abolition des quotas, 16 États membres ont augmenté leur production de lait par rapport à l'année dernière, en mettant 250 000 tonnes supplémentaires de lait sur le marché. La plupart de ces États membres sont ceux qui s'alarment que les prix du lait sont inférieurs aux coûts de production », a souligné Phil Hogan qui malgré les inquiétudes actuelles pour la volatilité à court terme, se dit confiant pour les perspectives à long terme. Comme il l'a déjà fait savoir aux parlementaires européens (1), il a répété que, selon lui, « l'augmentation des prix d'intervention serait contreproductive et ne ferait que retarder l'ajustement inévitable et nécessaire de la production, le rendant seulement plus douloureux ». Pour la Commission, l'augmentation des prix d'intervention diminuerait la compétitivité et le dynamisme du secteur laitier, ce qui aurait pour conséquence une baisse des exportations. « Augmenter artificiellement les prix d'intervention ne ferait que nous éloigner de la viabilité économique à long terme du secteur », a prévenu Phil Hogan, bien décidé à laisser le marché réguler le secteur.

(1) Voir n° 3505 du 13/07/2015