Le 30 juillet dernier, la Commission européenne a proposé aux Etats membres de prolonger les mesures de soutien aux producteurs de fruits et légumes et à l'industrie laitière touchés par l'embargo russe en place depuis août 2014, et qui vient lui aussi d'être renforcé. Pour le secteur des fruits et légumes, les mesures prévues sont entrées en vigueur dans le courant du mois d'août dernier tandis que pour le secteur laitier, elles seront en place à partir du 1er octobre.
Pour le secteur laitier, les mesures d'aides consistent en une intervention publique et en une aide au stockage privé pour le beurre et le lait écrémé en poudre (LEP). Ces mesures sont actuellement en place et, en l'absence de prolongation, elles devraient arriver à expiration le 30 septembre 2015. L'intervention publique sera prolongée du 1er octobre 2015 au 29 février 2016 afin d'éviter toute interruption (pour les produits laitiers, l'intervention est systématiquement ouverte chaque année du 1er mars au 30 septembre). Le stockage privé (pour lequel aucune ouverture automatique ne s'applique) sera également prolongé jusqu'au 29 février 2016. Dans le cas de l'intervention, les autorités publiques achètent les quantités proposées par les opérateurs privés à un prix fixe pour une quantité maximale de 109 000 tonnes de LEP et de 50 000 tonnes pour le beurre, et pour autant que les marchandises proposées soient conformes à certaines exigences de qualité. Une fois que ces volumes ont été épuisés, l'intervention publique se poursuit suivant un système d'adjudication. Le beurre et le LEP ayant fait l'objet d'une intervention publique sont ensuite vendus sur le marché libre par les pouvoirs publics une fois que les prix ont remonté. Dans le cas du stockage privé, l'opérateur privé conserve la propriété des marchandises, mais s'engage par contrat à retirer les produits du marché pendant une certaine période. En échange, une aide destinée à couvrir une partie des frais de stockage lui est accordée. Au 1er août dernier, quelque 108 652 tonnes de beurre et 40 045 tonnes de LEP ont été proposées au titre du stockage privé depuis le début du régime en septembre 2014. 1 176 tonnes de LEP ont été proposées au titre de l'intervention.
SECTEUR DES FRUITS ET LÉGUMES
Pour les fruits et légumes, la Commission a proposé aux Etats membres de proroger jusqu'au 30 juin 2016 les mesures qui ont pris fin le 30 juin 2015, en couvrant les principaux groupes de fruits et légumes (y compris les pêches et les nectarines) affectés par l'embargo russe. Ces mesures consistent en des retraits du marché en vue de la distribution gratuite de fruits et légumes aux organisations caritatives ou à d'autres fins (telles que l'alimentation des animaux, le compostage ou la distillation) ainsi qu'en la « non-récolte » ou la « récolte en vert ». Les quantités seront allouées aux États membres qui ont exporté des quantités importantes vers la Russie au cours des trois dernières années. En outre, une quantité supplémentaire ne dépassant pas 3 000 tonnes peut être retirée du marché dans tous les États membres afin de stabiliser davantage les prix des fruits et légumes. Dans le cadre des mesures exceptionnelles de soutien qui ont été mises en œuvre jusqu'au 30 juin 2015, environ 770 000 tonnes de fruits et légumes ont été retirées du marché avec un soutien d'environ 155 millions d'euros. La Commission a annoncé en août dernier qu'elle alloue-rait environ 32 millions d'euros aux producteurs de pêches et de nectarines, et 125 millions d'euros aux producteurs de fruits et de légumes périssables. Là aussi les experts européens estiment que le maintien de l'embargo russe et son renforcement récent signifient que « les producteurs européens restent privés d'accès à un marché d'exportation important, ce qui pourrait entraîner des baisses de prix significatives ».
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MOSCOU RENFORCE SON EMBARGO
De son côté, la Russie a décidé de renforcer son embargo sur les produits alimentaires occidentaux. Le 29 juillet dernier, un décret publié par le gouvernement a indiqué que l'interdiction russe d'importer certains aliments produits en Occident sera prolongée de six mois, soit jusqu'en janvier 2016, et Moscou envisage à présent d'ajouter des produits à la liste. Les autorités russes ont également annoncé que les marchandises visées par l'embargo saisies par les autorités seront désormais détruites et non plus renvoyées dans leur pays d'origine, comme c'était le cas jusqu'ici. Le Kremlin a par ailleurs décidé le 13 août dernier d'ajouter quatre nouveaux pays à la liste noire russe : Albanie, Montenegro, Liechtenstein et Islande. Cet embargo porte notamment sur les importations de viande, de poissons, de produits laitiers et de fruits et légumes. Pire que cela : Moscou envisage de restreindre ses importations de produits alimentaires en provenance d'Ukraine à partir de 2016 au cas où un accord d'association économique entrerait en vigueur entre l'UE et Kiev. L'embargo russe imposé à tous ces pays est une réponse aux sanctions mises en place par l'UE et les États-Unis suite à l'annexion de la Crimée. Il couvre les importations de fruits, légumes, viande, volaille, poisson, lait et produits laitiers. Après les États-Unis, la Russie est la deuxième destination d'exportation des aliments produits dans l'UE. En 2013, les échanges avec Moscou représentaient environ 10 % de toutes les exportations d'aliments issus de l'agriculture-élevage, selon les chiffres de la Commission. L'interdiction russe touche des produits agroalimentaires qui représentaient 5,1 milliards d'euros en 2013, soit 43 % des exportations agroalimentaires européennes vers la Russie.
Les experts de la Commission européenne notent que la demande mondiale de lait et de produits laitiers s'est détériorée tout au long de 2014 et au premier semestre de 2015, notamment en raison du ralentissement des importations effectuées par la Chine. De plus, le gouvernement russe a annoncé la prolongation pour une année supplémentaire, jusqu'en août 2016, de l'interdiction des importations de produits agricoles en provenance de l'Union européenne. En conséquence, estiment ces experts, « la pression existante sur les prix du lait et des produits laitiers devrait perdurer dans les mois à venir ». C'est cette si-tuation pénible qui est à l'origine de la décision des agriculteurs européens, grands et petits, de venir manifester leur désarroi le 7 septembre prochain à Bruxelles. En effet une manifestation de masse (plus de 2 000 producteurs de lait, de viande porcine, de fruits et légumes et de viande bovine sont attendus avec leurs tracteurs…) est prévue le 7 septembre prochain dans le quartier européen à Bruxelles où se tiendra un Conseil extraordinaire des ministres européens de l'agriculture, une réunion consacrée en priorité aux difficultés des secteurs du lait et de l'élevage notamment.