Sitôt après avoir décidé de fixer à 0 % le taux de mise en jachère obligatoire pour les semis de l’automne 2007 et ceux du printemps 2008, les ministres de l’agriculture de l’UE, réunis le 26 septembre à Bruxelles, ont été informés de l’intention de Mariann Fischer Boel de suspendre les droits de douane à l’importation dans le secteur des céréales jusqu’au 30 juin 2008, à moins que les conditions de marché justifient leur réintroduction avant cette date.
Afin d’alléger les pressions existantes sur le marché de l’alimentation animale, Mariann Fischer Boel a annoncé qu’elle soumettrait prochainement une proposition au Conseil des ministres de l’UE en vue de suspendre les tarifs douaniers à l’importation des céréales jusqu’à la fin de la campagne 2007/2008 (30 juin 2008). « Ces droits sont faibles mais ils ne correspondent plus à la réalité », a indiqué la commissaire pour qui il faut donner « un signal » au marché. Maïs, sorgho et blé fourrager sont concernés par cette mesure réclamée par l’Espagne, cet Etat membre étant contraint d’importer environ 9 millions de tonnes de céréales par an pour assurer son approvisionnement dans le secteur de l’alimentation animale. Selon Mme Fischer Boel, cette mesure est nécessaire pour éviter de « graves difficultés » en raison de la sécheresse en Australie, du développement de la production de bioéthanol aux Etats-Unis et de la demande céréalière accrue provenant des pays émergents. « La Commission pourra revenir en arrière à tout moment si la conjoncture le justifie », a indiqué la commissaire. Mais Michel Barnier, le ministre français de l’agriculture, redoute qu’une fois supprimées, les barrières à l’importation ne puissent plus ensuite être rétablies compte tenu de la pression internationale. Le ministre a également mis en évidence le risque que de nombreuses céréales importées contiennent des OGM.
L’UE qui a été un fournisseur majeur de céréales sur le marché mondial depuis de très nombreuses années accuse un solde négatif depuis le début de la campagne. En effet, alors que 5 millions de tonnes de céréales ont déjà été importées depuis le 1er juillet, seules 4,5 Mt ont été écoulées à l’exportation.
Préserver les effets positifs de la jachère sur l’environnement
La présidence portugaise de l’UE et la Commission se sont félicitées de la très bonne coopération avec le Parlement européen sur le dossier de la jachère qui a permis aux ministres de l’agriculture de l’UE d’adopter formellement le 26 septembre le règlement fixant le taux de gel des terres à 0 % pour la campagne 2007/2008. Dans son avis, rendu en urgence le 26 septembre à Strasbourg, le Parlement européen suggère que la suspension de la jachère obligatoire soit prolongée jusqu’en 2009. Les parlementaires souhaitent aussi que la Commission procède à une étude d’impact des effets sur l’environnement de la suppression de cet instrument, qui avait été conçue notamment pour préserver la biodiversité. L’avenir du système de mise en jachère obligatoire doit faire partie du débat qui sera lancé le 20 novembre par la communication sur le bilan de santé de la Pac Voir même numéro. Il s’agira notamment de voir comment « préserver les effets positifs de ce système sur l’environnement », selon Mme Fischer Boel. La fixation d’un taux nul n’oblige pas les agriculteurs à cultiver leurs terres. Ils peuvent, s’ils le souhaitent, les maintenir en jachère et continuer de mettre en œuvre des programmes en faveur de l’environnement.
Des « réserves stratégiques »
La plupart des parlementaires ont souligné que la crise actuelle sur le marché des céréales et la tendance actuelle à la hausse générale des prix des aliments de base (céréales et lait notamment) ne seraient pas résolues par la seule suppression de la jachère. Selon eux, cette situation inédite doit être l’occasion d’une discussion plus profonde sur la sécurité des approvisionnements alimentaires et les instruments de gestion des marchés agricoles, dans le cadre du bilan de santé de la Pac.
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Avant le début du Conseil agricole, le ministre portugais de l’Agriculture, Jaime Silva, a indiqué devant la presse que l’UE devrait réfléchir à la constitution de « réserves stratégiques » de céréales sur le modèle des réserves de pétrole. Cette idée, qui été évoquée en marge du récent Conseil agricole informel de Porto, n’avait pas reçu le soutien de Mme Fischer Boel.
Une production supplémentaire de 10 millions de tonnes
Les terres actuellement concernées par la mise en jachère obligatoire dans l’UE représentent une superficie de 3,8 millions d’hectares. En ramenant la jachère à zéro, la Commission estime qu’entre 1,6 et 2,9 millions d’hectares pourraient être à nouveau consacrés à la production agricole. Compte tenu des rendements moyens, quelque 10 millions de tonnes de céréales supplémentaires pourraient ainsi être mises sur le marché. Et, à supposer que les agriculteurs choisissent de consacrer un maximum de terres à la production céréalière, au détriment d’autres cultures comme les oléagineux, cette quantité pourrait même atteindre 17 millions de tonnes, selon les experts
Du fait de stocks et de récoltes en baisse, le marché des céréales connaît actuellement des prix historiquement élevés. Selon les dernières estimations du Coceral, la récolte de céréales 2007 devrait se situer à 251,4 millions de tonnnes, soit 8 Mt de moins qu’en 2006 Voir même numéro. Quant aux stocks d’intervention ils ont fondu, passant de 14 millions au début de la campagne 2006/2007 à environ 1 million de tonnes aujourd’hui. Sur le marché international, les stocks de clôture de la campagne 2007/2008 devraient tomber à des niveaux historiquement bas, notamment dans les grands pays exportateurs.