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Bruxelles propose un plan d’action pour aider l’Ukraine à exporter ses produits agricoles

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Pour pallier l’arrêt des exportations de céréales ukrainiennes en raison de la guerre, l’UE vient de proposer un plan d’action qui a pour objectif de faciliter à court terme les envois de produits agricoles ukrainiens via l’UE en établissant des itinéraires logistiques alternatifs et en utilisant tous les modes de transport (routes et rails). Ce projet comprend aussi des mesures à moyen-long terme visant à améliorer les infrastructures de transport.

Face au blocage des ports de la mer Noire en raison de la guerre en Ukraine (90 % des céréales envoyées à l’étranger passent normalement par les ports maritimes ukrainiens), la Commission européenne a présenté le 12 mai un plan d’action pour « les voies de solidarité UE-Ukraine » afin de faciliter les exportations agricoles ukrainiennes ainsi que les importations à destination de l’Ukraine (aliments pour animaux, engrais, aide humanitaire). « 20 Mio t de céréales doivent quitter l’Ukraine en moins de trois mois en utilisant les infrastructures de l’UE. C’est un défi gigantesque, il est donc essentiel de coordonner et d’optimiser les chaînes logistiques, de mettre en place de nouveaux itinéraires et d’éviter, autant que possible, les goulets d’étranglement », a déclaré à cette occasion la commissaire européenne aux Transports, Adina Vălean.

Dans un document de dix pages, Bruxelles propose une série de mesures à court terme qui comprend notamment la mise en place d’une plateforme de mise en relation afin de faciliter les échanges entre les acteurs de la chaîne logistique. Elle prévoit aussi la mise à disposition par les acteurs du marché de l’UE de divers équipements (matériel roulant, camions, barges/caboteurs) afin d’absorber dans la mesure du possible les volumes qui passaient auparavant dans les ports maritimes ukrainiens. Concernant le transbordement, la Commission lancera une consultation des ports de l’UE pour identifier ceux vers lesquels des services ferroviaires et routiers pourraient être opérationnels, et s’efforcera, précise-t-elle, de conclure rapidement un accord de transport routier avec l’Ukraine.

Contrôles douaniers et capacité de stockage

Devant les eurodéputés de la Comagri, le directeur général de la DG Agri de la Commission européenne, Wolfgang Burtscher, a notamment indiqué le 10 mai que « l’Ukraine avait besoin de plates-formes logistiques aux postes frontières pour accélérer le rechargement et le transbordement des produits en vue de leur exportation, soit par transit ferroviaire vers la Pologne et la Roumanie, soit vers les ports maritimes les plus proches, à Constanta ou Gdansk ». Il a également rappelé que « l’Ukraine utilise un écartement des rails différent de celui de l’UE – 1 520 mm de largeur (écartement large) par rapport à l’écartement standard de l’UE (écartement UIC) de 1 435 mm – ce qui crée des problèmes pratiques à la frontière ».

Pour faciliter également les exportations de céréales en provenance d’Ukraine, l’exécutif européen indique dans sa communication qu’il est urgent de déterminer quelles procédures douanières ne sont pas essentielles et pourraient être simplifiées. Elle rappelle doivent que les contrôles sanitaires et phytosanitaires doivent être fondés sur les risques, proportionnés et non discriminatoires. La Commission estime qu’il est également nécessaire que les États membres veillent à ce que les postes frontaliers soient dotés d’un nombre suffisant de fonctionnaires pour accélérer tous les contrôles existants, et qu’ils fournissent des services 24 heures sur 24 à tous les points de passage frontaliers concernés.

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Solutions à moyen terme

Par ailleurs, outre l’enjeu prioritaire de transférer les produits agricoles vers les ports maritimes, Bruxelles explique qu’il est aussi important de ne pas exclure l’utilisation des capacités de stockage disponibles dans l’UE afin de les libérer du côté ukrainien. Dans ce cadre, une évaluation de la capacité de stockage dans les ports de l’UE sera menée en coordination avec les États membres non seulement à court terme mais aussi à moyen terme (récolte été-automne 2022).

Des mesures à moyen-long terme sont également prévues pour améliorer les infrastructures (terminaux de transbordement et multimodaux et les connexions rail-route) dans le cadre de la reconstruction de l’Ukraine. Cela passera notamment par le développement de nouveaux corridors du réseau central du transport transeuropéen (RTE-T) reliant l’UE à l’Ukraine et à la Moldavie ou encore par l’amélioration de la connectivité et la navigabilité sur le corridor Rhin-Danube. À cette fin, Bruxelles a adopté le 12 mai une décision en vue de signer un accord de haut niveau avec l’Ukraine, mettant à jour les cartes du RTE-T, dans le cadre de sa politique visant à étendre le réseau aux pays voisins.

Pour mettre en œuvre ces actions, la Commission indique qu’elle travaillera en étroite collaboration avec les États membres, les autorités ukrainiennes, les opérateurs de transport de l’UE et de l’Ukraine ainsi qu’avec les institutions financières internationales et les autres parties prenantes concernées dans toute la région. Une première réunion des responsables des opérations est déjà prévue pour la semaine du 16 mai.

 

Ukraine : le Pam (ONU) demande la réouverture des ports d’Odessa

Le Programme alimentaire mondial (Pam) a demandé le 6 mai la réouverture des ports de la région d’Odessa, dans le sud de l’Ukraine, afin que les denrées alimentaires produites dans ce pays puissent circuler librement vers le reste du monde. « À l’heure actuelle, les silos à grains de l’Ukraine sont pleins. Dans le même temps, 44 millions de personnes dans le monde se dirigent vers la famine. Nous devons ouvrir ces ports pour que la nourriture puisse […] sortir d’Ukraine », a déclaré le dirigeant de cette agence onusienne, David Beasley, cité dans un communiqué. « Le monde l’exige car des centaines de millions de personnes dans le monde dépendent de ces approvisionnements », a-t-il assuré. « Je demande à toutes les parties concernées de permettre à cette nourriture de quitter l’Ukraine pour être acheminée là où elle est désespérément nécessaire, afin que nous puissions éviter la menace imminente de la famine », a conclu le patron du Pam. Les ports étant bloqués à cause de la guerre, des millions de tonnes de céréales sont stockées dans des silos à Odessa et dans d’autres ports ukrainiens de la mer Noire.