Abonné

Denrées alimentaires Bruxelles réduit la portée des profils nutritionnels pour obtenir un accord

- - 3 min

Malgré les difficultés, la Commission européenne espère parvenir à accord rapide sur des profils nutritionnels permettant la mise en place de la législation sur les allégations nutritionnelles et de santé, avant la fin du mandat des députés européens. Il ne lui reste plus que trois ou quatre semaines avant que les délais liés au droit de regard du Parlement européen ne la contraignent à attendre l’arrivée de la nouvelle Assemblée.

En lâchant du lest sur les produits agricoles (fruits et légumes, viande, lait) et les produits traditionnels, notamment pour l’Allemagne (pain salé) ou la France (fromages), et en leur permettant de vanter leurs mérites nutritionnels auprès des consommateurs sans contrainte, les services de la santé et de la protection des consommateurs de la Commission européenne espèrent être en mesure de décrocher un accord sur les « profils nutritionnels » rapidement. Mais leur projet initial a été particulièrement mal accueilli, tant par les organisations professionnelles agricoles qu’industrielles.

« Nous avons du mal à comprendre l’orientation prise par cette réglementation », s’étaient alarmés les professionnels, dans un récent courrier adressé à la commissaire européenne à la santé, Androulla Vassiliou. Les agriculteurs regrettaient que la Commission encourage la reformulation des produits industriels même s’ils sont peu bénéfiques pour la santé en leur permettant d’utiliser des allégations si leur teneur en graisse en sel ou en graisses est réduite. Alors que les produits agricoles, eux, ne le pourraient pas étant donné qu’il est, par exemple, difficile de modifier la « recette » du lait de vache. Ils ont donc obtenu gain de cause.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Craintes pour la mention riche en calcium des fromages

De son côté, l’industrie laitière réclame que, pour les fromages, le seuil de sel soit porté à 1000 mg pour 100 g et pour les graisses, à 20 g pour 100 g. La proposition initiale de la Commission fixait ces seuils respectivement à 600 mg et entre 10 et 15 g. Si elle est adoptée en l’état, cette proposition mettra en péril l’innovation dans le secteur, prévient en substance l’association des industries laitières européennes (EDA), pratiquement tous les fromages n’ayant plus la possibilité de faire du marketing nutritionnel. « Une boisson artificiellement enrichie en calcium pourrait communiquer sur cette caractéristique tandis qu’un fromage naturellement riche en calcium ne le pourrait pas », s’est pour sa part indigné le sénateur français Jean Bizet (Manche, UMP). Il insiste pour que le fromage, qui représente une « très grande richesse nutritionnelle » soit au contraire « valorisé ». « Deux des trois pays qui ont la plus faible proportion de personnes en surpoids sont aussi les pays les plus consommateurs de fromages et à l’inverse, les trois pays qui ont le pus de personnes en surpoids ont aussi la consommation de fromage la plus faible », a-t-il plaidé. Au final, l’élu français indique que « ces questions qui touchent aux cultures des pays ne doivent pas être laissées aux seuls choix des experts mais doivent faire l’objet d’un débat politique ».