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Cadmium : surexposition des Français via l’alimentation

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Un nouvel avis de l’Anses confirme la surexposition de la population générale au cadmium, et que l’alimentation est de très loin la source majeure d’imprégnation. Si rien n’est fait, une part croissante de la population subira probablement des effets néfastes sur la santé.

Dans un avis et un rapport d’expertise collective dévoilés le 24 mars, l’Anses confirme la surexposition de la population française au cadmium. Pour la première fois, l’Anses a simulé l’imprégnation globale de près de 4 millions d’individus, âgés de 0 à 100 ans, sur la base de données d’exposition par ingestion, inhalation et voie cutanée via des sources agricoles, industrielles et le sol (hors exposition professionnelle).

Il en ressort qu’une part « significative » de la population dépasse les valeurs biologiques de référence (VBR) définies par tranches d’âges, par l’Anses, afin de ne pas dépasser à l’âge de 60 ans la valeur toxicologique de référence interne (VTR), au-delà de laquelle des effets néfastes sur la santé peuvent survenir (insuffisance rénale, fractures osseuses, ostéoporose, effets sur le neurodéveloppement, le système cardiovasculaire et reproductif, cancers), a expliqué en conférence de presse Géraldine Carne, coordinatrice de l’expertise.

Ainsi, dans la population générale, les cadmiuries (niveaux d’imprégnation de cadmium) dépassent la VRB chez 49 % des 18-44 ans, 59 % des 45-64 ans et 54 % des 65-79 ans. Chez les plus jeunes, les cadmiuries dépassent la VBR chez 33 % des nourrissons de 0 à 3 mois et 100 % des enfants de 25 à 36 mois. Le cadmium présente en effet la particularité d’être bioaccumulable. « Il faut 10 à 30 ans pour éliminer de moitié la teneur en cadmium absorbée par l’organisme », souligne la scientifique.

98 % via l’alimentation

L’Anses confirme également que « l’alimentation est de loin la source majeure d’exposition », car elle représente « jusqu’à 98 % de l’imprégnation en cadmium » dans la population générale non fumeuse, le tabagisme étant un facteur « aggravant ». Les aliments les plus contributeurs sont des produits du quotidien : « céréales du petit-déjeuner, pains et produits de panification sèche, viennoiseries, pâtisseries, gâteaux et biscuits sucrés, pâtes, riz et blé ainsi que les pommes de terre et certains légumes. » L'agence souligne que les légumineuses sont beaucoup moins contaminées que les céréales.

« Si les niveaux d’exposition actuels se maintiennent et qu’aucune action n’est mise en place, des effets néfastes à terme sont probables pour une part croissante de la population », résume Géraldine Carne.

LM

Les produits du quotidien largement en cause