Trois projets de filières françaises de production de cannabis thérapeutique ont été présentés au comité d’experts de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Le groupe InVivo envisagerait notamment d’investir 5 millions d’euros dans « un site pilote ».
Le comité d’experts mis en place par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) sur l’expérimentation de la mise à disposition de cannabis thérapeutique en France a pris connaissance de trois projets de filières françaises de production le 26 juin. Un aspect qui sera cependant absent de l’avis que le comité rendra sur le cadre de l’expérimentation (voir encadré).
La filière chanvre « en capacité de produire du cannabis thérapeutique »
Un premier projet de filière française est porté par Interchanvre, l’interprofession des producteurs de chanvre. Avec 17 000 ha, « la France est leader en Europe de la production de chanvre », notamment en utilisant les fibres à destination du bâtiment ou les graines pour l’alimentation animale, a rappelé Franck Barbier, le représentant de l’interprofession. Du fait de la réglementation actuelle, les plants utilisés doivent avoir un taux de THC (Tétrahydrocannabinol), l’un des principes actifs utilisés pour les préparations médicales avec le CBD (Cannabidiol), inférieur à 0,2 % et les producteurs ne peuvent pas récolter la fleur. Mais « nous sommes en capacité de produire du cannabis thérapeutique », a assuré Franck Barbier, tout en reconnaissant qu’il y a « une activité de concentration », notamment pour extraire les principes actifs, « que l’on ne connaît pas encore précisément ». « Dans la mesure où nous avons les variétés adaptées qui existent dans d’autres pays, il suffirait d’avoir les semences et de l’ingénierie pour le montage des serres. Si on trouve un terrain et un permis de construire, en un ou deux ans nous sommes capables de produire ces molécules », a-t-il estimé. Le projet nécessitera « des surfaces supplémentaires » par rapport au chanvre industriel, a-t-il assuré, indiquant le souhait de la filière que les deux activités soient « bien différenciées ».
La Creuse « peut mettre en place une filière en l’espace de 9 mois »
Un autre projet focalisé sur le département de la Creuse a été présenté. Il se ferait en lien avec le laboratoire pharmaceutique Intsel Chimos dont un des sites de production, Centre Lab, se trouve dans le département. « La Creuse peut mettre en place une filière en l’espace de 9 mois », a assuré Eric Correia, président de la communauté d’agglomération du grand Guéret. Six mois seraient notamment nécessaires pour la « construction de serres semi-fermées » chez un agriculteur volontaire du département, ainsi qu’une période pour « sélectionner les variétés ». L’objectif serait de « produire progressivement sur 2 000 m² avec un objectif de 4 tonnes de fleurs séchés par an », ce qui correspondrait aux besoins nécessaires « pour 11 000 patients », a expliqué Virginie Roussel-Guibert, pharmacien responsable et directeur affaires réglementaires chez Intsel Chimos. Pendant ce laps de temps de 9 mois, Intsel Chimos et Centre Lab peuvent « importer du cannabis thérapeutique » sous différentes formes « afin de pouvoir proposer assez rapidement des préparations standardisées à spectre complet ». Le but serait que la production locale « prenne le relais avec Centre Lab une fois les fleurs produites », a expliqué Virginie Roussel-Guibert. En fonction de la demande, le projet pourrait ensuite s’étendre. « J’ai une quinzaine d’exploitations agricoles dans la Creuse qui sont prêtes à construire des serres », a insisté Eric Correia, le but étant notamment de favoriser « la diversification agricole ».
InVivo envisage d’investir 5 M €
Le groupe coopératif agricole InVivo a également présenté un projet. Il envisage d’investir 5 M € dans « un site pilote pour lancer une expérimentation sur la culture du cannabis thérapeutique en France », a avancé Yves Christol, DG de InVivo food & tech. L’opération se ferait en lien avec la start-up Deleed, spécialisée sur la production végétale en intérieur. Situé à Sophia -Antipolis (06), le site « d’à peu près 1 000 m² » irait de la génétique des plantes à la recherche médicale et pourrait produire entre 900 kilos et 1,4 tonne de fleurs séchées à l’année. Une capacité qui pourrait être augmentée en cas de « généralisation du cannabis thérapeutique » après l’expérimentation. « Le site est prêt, il suffit d’avoir une dérogation de production », a-t-il indiqué, estimant lui aussi à 9 mois la période pour une première récolte. Dans ce délai, le groupe souhaiterait être « l’importateur des premières fleurs, des premières matières pour démarrer la génétique et la recherche », a-t-il ajouté.
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Une activité de concentration « que l’on ne connaît pas encore précisément »
« Une quinzaine d’exploitations dans la Creuse prêtes à construire des serres »
« Le site est prêt, il suffit d’avoir une dérogation de production »
Cannabis thérapeutique : pas d’avis des experts sur la production
Les auditions de projets de production en France de cannabis à usage thérapeutique devaient être les dernières avant que le comité rende un avis définitif à l’ASNM sur les modalités d’une expérimentation française. Les projets de production en France « ne feront pas l’objet d’un avis, ni d’un choix », a rappelé Nicolas Authier, médecin psychiatre et président du comité le 26 juin. « Ce n’est pas sa compétence » mais « si l’expérimentation se met en place en France, il faudra réfléchir activement à la mise en place d’une filière française », a-t-il ajouté. Une modification du code de la santé publique ou du catalogue officiel des plantes cultivés en France est notamment nécessaire en préalable à la mise en place de ces projets.
Cannabis thérapeutique : les experts de l’ANSM dévoilent un premier cadre d’expérimentation
Le comité d’experts de l’ANSM avait dévoilé le 19 juin un projet de cadre d’expérimentation, des points susceptibles d’être modifié d’ici l’avis final que le comité devrait rendre à l’ANSM. Parmi les mesures préconisées, il est favorable à la « mise à disposition de formes sublinguales et inhalées (huiles et fleurs séchées pour vaporisation) » pour les médicaments à effet immédiat et la « mise à disposition de formes orales (solutions buvables et capsules d’huiles) » pour les formes à effet prolongé. La « prescription initiale » se fera uniquement « sur la base du volontariat » par des médecins spécialistes dans une série de cinq indications et ayant été formés au préalable. Le médecin traitant pourra prendre le relais « une fois le traitement du patient stabilisé ». Le comité préconise également la mise en place d’un « registre national électronique » pour le suivi des patients traités, ce qui permettra de recueillir des données sur d’éventuels effets indésirables.