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Caricatures : les appels au boycott se multiplient au Moyen-Orient

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Après les propos d’Emmanuel Macron sur le droit à la caricature, les appels au boycott des produits français se sont multipliés au Moyen-Orient. En 2019, la zone a absorbé 3 % des exportations agroalimentaires.

Les appels au boycott des produits français, notamment alimentaires, se sont multipliés au Moyen-Orient après qu’Emmanuel Macron a défendu le droit à la caricature, lors de l’hommage rendu à Samuel Paty le 21 octobre. « Nous ne renoncerons pas aux caricatures, aux dessins, même si d’autres reculent », a lancé le chef de l’État à cette occasion. Quelques jours plus tard, au Qatar, les chaînes de distribution Al-Meera et Souq al-Baladi ont annoncé qu’elles « retireraient » les produits français des magasins jusqu’à nouvel ordre.

Au Koweït, la fédération des coopératives de distribution a indiqué à l’AFP avoir « retiré tous les produits français, à savoir les fromages, crèmes et cosmétiques ». Des images montrant les fromages Kiri et Babybel retirés des rayons y ont été relayées sur les réseaux sociaux. L’appel à bouder les produits hexagonaux a aussi été relayé en Syrie, en Jordanie, en Iran et en Arabie saoudite. Il s’inscrit dans un mouvement plus large de protestations, du Maroc au Pakistan en passant par la bande de Gaza.

Fromages, vins et volailles en première ligne

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Interrogé par FranceInfo le 25 octobre, le politologue Hasni Abidi estime que ce mouvement ne reflète pas « une position officielle partagée par toute la population », mais plutôt une « tentative de récupération, souvent politique et idéologique ». Pour l’expert, « c’est complètement différent de la réaction après la publication de caricatures dans un journal danois (en 2005, NDLR). Là, il y avait un appel presque officiel de la part de plusieurs États et les produits danois ont complètement disparu des supermarchés. » Et de conclure que, cette fois, « l’État lui-même est dépassé » par ces appels au boycott, qui ont émergé « grâce aux réseaux sociaux ». Une analyse à nuancer dans le cas de la Turquie : dans un contexte de relations très tendues entre Paris et Ankara, le président Erdogan a appelé officiellement à boycotter les produits français.

« Les appels au boycott sont sans aucun objet et doivent cesser immédiatement », a exigé le Quai d’Orsay dans un communiqué le 25 octobre. Une position dont l’Ania (industriels de l’agroalimentaire) s’est dite « solidaire » le 26 octobre. La fédération appelle à « ne pas prendre des mesures de représailles envers des entreprises françaises qui ont toujours bien travaillé avec les représentants du secteur ». L’Ania estime qu’il est « encore trop tôt pour évaluer les conséquences économiques » du boycott. En 2019, la zone Proche-Moyen-Orient a absorbé 3 % des exportations agroalimentaires françaises (1,3 Mrd€). Le trio de tête : produits laitiers et fromages (248,6 M€), vins et spiritueux (244,8 M€) et viandes de volailles (112,9 M€).

« Complètement différent » du boycott des produits danois en 2005