Dans le cadre de sa vaste réorganisation, le distributeur français a annoncé la cession de 80 % de Carrefour Chine à Suning.com, un des leaders du secteur. Dans le même temps, l’agence de notation Fitch a dégradé d’un cran la note de Carrefour à BBB.
Évoquée par Bloomberg en mai, la décision de Carrefour de céder ses activités en Chine a été officialisée par un communiqué le 23 juin (Agra Alimentation le 16 mai 2019). Présent dans le pays depuis 1995, le français prévoit de céder 80 % de ces activités au chinois Suning.com, un des leaders du secteur avec 8 881 magasins dans plus de 700 villes. Le montant de la cession s’élève à 4,8 Mrd RMB (620 M€), soit une valeur d’entreprise induite de 1,4 Mrd€. Carrefour gardera 20 % du nouvel ensemble et 2 sièges sur 7 au conseil de surveillance de Carrefour Chine. Et à terme, l’accord prévoit un possible rachat par le chinois de la participation résiduelle de Carrefour.
L’annonce de cette cession a reçu un bon accueil par les investisseurs en Bourse, chacun saluant la sortie d’un foyer de perte pour Carrefour. Les analystes de Bernstein cités par Reuters estiment que cette déconsolidation pourrait avoir un impact positif de 3 % à 4 % sur les résultats du groupe. En perte de vitesse depuis plusieurs années, Carrefour Chine qui opère un réseau de 210 hypermarchés et 24 magasins de proximité, affichait en 2018 un chiffre d’affaires de 3,6 Mrd € (28,5 Mrd RMB) et une perte opérationnelle courante de 32 M€ (253 M RMB).
La Chine, un marché "très spécifique"
Interrogé sur BFM Business mardi, le p.-d.g. du groupe, Alexandre Bompard, a souligné qu’il s’agissait d’un marché bien particulier, où Carrefour ne pesait que 2,8 % de parts de marché et a exclu de sortir d’autres pays. "La Chine, c’était une situation très spécifique : une toute petite part de marché, des pertes, la révolution digitale énorme avec Alibaba… Les autres pays n’ont pas du tout la même configuration", a-t-il déclaré. "On a perdu 40 % de chiffre d’affaires en 10 ans en Chine, on a accumulé les pertes. Il y a deux ans, on a décidé de sortir de notre isolement, de transformer notre modèle et on est parvenu à redevenir attractif", a-t-il ajouté. Cette cession devrait être finalisée avant la fin de l’année, sous réserve de l’approbation des autorités de la concurrence chinoises.
Dans le sillage de cette annonce, l’agence de notation Fitch a dégradé d’un cran la note de Carrefour de BBB + à BBB, s’inquiétant de l’endettement élevé du groupe et de sa rentabilité moins bonne qu’espérée. "La mise en place graduelle du plan de transformation annoncé en janvier 2018 et la bonne performance opérationnelle du groupe en Amérique latine devraient permettre à la rentabilité de se stabiliser, ou de s’améliorer légèrement, et à l’endettement de reculer d’ici 2021", prédit Fitch pour justifier sa perspective "stable".