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En vue Carrefour : le retour de Luc Vandevelde

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Luc Vandevelde, qui vient de quitter la présidence de Marks & Spencer et de rejoindre le conseil d’administration de Carrefour, est considéré par nombre d’observateurs comme le prochain successeur d’un Daniel Bernard affaibli par les mauvaises performances du groupe qu’il dirige depuis 1992. Pourtant, et c’est le moins qu’on puisse dire, le bilan de Luc Vandevelde à la tête du groupe britannique est mitigé.

Les commentateurs ont beau jeu de donner Daniel Bernard comme partant. Certes, les résultats du groupe qu’il dirige depuis 1992 ne sont pas à la hauteur des promesses de la fusion avec Promodès annoncée fin août 1999. En France, notamment, les ventes des hypermarchés – la vache à lait du groupe – sont en déclin et le modèle lui-même est mis en question. Plus grave – du point de vue des actionnaires s’entend – la valeur du titre a été quasi divisée par deux depuis la fusion, à quelque 38 euros. La nomination de l’ex-numéro deux de Carrefour, Luc Vandevelde, au conseil d’administration de Carrefour, lors de la dernière assemblée générale du groupe, puis son départ de la présidence de Marks & Spencer ont relancé la rumeur.

Temps partiel

Ancien dirigeant de Promodès (directeur général exécutif de 1995 à 1999 puis directeur général de 1997 à 1999), Luc Vandevelde a créé un fonds d’investissement, Change Capital – notamment doté d’un capital de 300 millions d’euros par la famille Halley. Il est également entré au conseil de direction du groupe de téléphonie mobile britannique Vodafone en juillet 2003.

Officiellement nommé chez Carrefour pour remplacer Paul-Louis Halley, décédé lors d’un accident d’avion en décembre 2003, Luc Vandevelde ne va pas se contenter d’un simple siège d’administrateur, lui qui ne s’était pas satisfait du poste de vice-président-directeur général de Carrefour, après la fusion avec Promodès, a-t-on pu lire ou entendre. Les difficultés rencontrées par le distributeur accréditent cette thèse.

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Le retour de Luc Vandevelde, âgé de 52 ans et de nationalité belge, n’est pas seulement imputable à son intérêt pour Carrefour, son sens de l’engagement et sa fidélité aux héritiers de Paul-Louis Halley. Il est surtout dû au succès mitigé de son plan de redressement de Marks & Spencer. Pour ne pas dire à son échec. Après la fusion de Carrefour et Promodès, celui qui faisait figure de dauphin de Paul-Louis Halley avait rapidement laissé le champ libre à Daniel Bernard, p.-d.g. de l’ancien Carrefour comme de l’actuel, pour devenir, en février 2000, patron de Marks & Spencer. Après un programme d’investissement ambitieux et sans doute démesuré, le distributeur britannique était en pleine déconfiture. Pour le redresser, Luc Vandevelde n’a pas hésité à lancer un plan qui passait par la fermeture de tous les magasins hors du Royaume-Uni et qui s’était soldé par des licenciements massifs (4 400 suppressions d’emplois). Deux ans plus tard, il abandonnait son poste de directeur général pour celui de président, laissant la gestion day-to-day à Roger Holmes. A partir de janvier 2003, il n’exerçait plus ses fonctions qu’à temps partiel.

CA en baisse

Le plan de redressement de Luc Vandevelde n’a pas porté ses fruits. La modernisation des magasins et le rajeunissement des gammes en textile n’ont pas convaincu les clients de l’enseigne qui ne retrouvaient plus les produits traditionnels et de qualité qui avaient fait la réputation de l’enseigne. Sur le dernier exercice, les ventes de la chaîne britannique ont reculé. Marks and Spencer a enregistré un chiffre d’affaires trimestriel en baisse de 3,4 % à données comparables (-0,1 % à données publiées). Au quatrième trimestre de l’exercice 2003/2004, le distributeur britannique a accusé une baisse de 5,2% de ses ventes non-alimentaires (-3,9 % à données publiées). Les ventes alimentaires se sont repliées de 1,4% à la période considérée (+4,3 % à données publiées). Sur l’ensemble de l’exercice achevé le 27 mars dernier, le CA du groupe est à -0,4% en rythme annuel et à données comparables, progressant de 1,8 % à données publiées (+1,9 % hors TVA). Les ventes non-alimentaires se sont repliées de 1,8 % en un an (-1 % à données publiées), pour des ventes alimentaires en hausse de 1,6 % (+5,7 %).

Le 10 mai, le groupe britannique a annoncé le prochain départ de son président. Luc Vandevelde restera en poste jusqu’à ce que son successeur soit trouvé. Officiellement, la décision vient de Luc Vandevelde, mais son départ était évoqué depuis plusieurs semaines par la presse britannique. Les multiples responsabilités du président étaient de plus en plus critiquées par les autres administrateurs du groupe et ses principaux actionnaires. C’est donc un patron très critiqué par ses actionnaires qui a rejoint Carrefour. Apparemment, Luc Vandevelde, qui a gardé la faveur du premier actionnaire du distributeur français, aura laissé un meilleur souvenir à la tête de Promodès.