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Carrefour : une alternative aux OGM

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Carrefour a monté une filière d'approvisionnement sans OGM en 2000. Destinée à ses fournisseurs, elle permet à l'enseigne d'offrir une marque de distributeur sans OGM à ses clients. Organisée à partir du Brésil, la pérennité de la filière est presque assurée. Elle permet en tout cas au distributeur d'afficher un avantage comparatif non négligeable : aucun des produits à marque Carrefour ne devra être étiqueté « contient des OGM ». Ce faisant, le distributeur pose une véritable alternative au développement des OGM.

Le travail accompli par les équipes de Carrefour, qui revêt maintenant toute son importance, a été initié il y a plus de cinq ans. « Les recommandations de la Commission votées par le Conseil et le Parlement européens ne font que conforter Carrefour dans ses décisions», se félicite le groupe Carrefour qui ne craint donc pas une levée du moratoire sur la culture de plantes OGM en France notamment.

L'arrivée sur le marché européen en 1996 d'un soja génétiquement modifié a incité le distributeur à entamer une réflexion sur la possibilité d'une alimentation du bétail sans OGM et sur la possibilité de garantir leur absence des produits à marque Carrefour ainsi que des filières Qualité de l'enseigne, en France. Quelque 221 produits sur 1 783 étaient concernés. Ces produits étaient ceux pour lesquels aucune substitution n'était possible, comme par exemple : l'huile de soja par de l'huile de tournesol, le sirop de glucose à base de maïs par du sucre, l'amidon modifié de maïs par de l'amidon modifié de manioc. L'idée reposait sur l'organisation de l'approvisionnement des fournisseurs de 221 produits à marque de distributeur Carrefour. Ils utiliseraient le soja « conventionnel », c'est-à-dire non OGM, de la filière Carrefour pour les produits destinés aux enseignes, et pourraient s'en servir pour leurs autres productions. Le dit soja conventionnel serait également proposé aux fabricants d'aliment pour le bétail.

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Soja du Brésil

Le soja brésilien a été choisi car la culture du plant transgénique était interdite dans ce pays depuis 1999 – certaines sources rapportent néanmoins que l'interdiction n'est pas toujours respectée. Un premier bateau est parvenu en France en avril 2000, chargé de 27 000 tonnes de soja conventionnel. Un rythme annuel de 205 000 tonnes a désormais été atteint, pour lesquelles Carrefour assure qu'une traçabilité complète est établie. Ce tonnage représente environ 5 % du soja commercialisé en France (environ 4,9 milliards de tonnes). Cela a un coût, un surcoût de 7 % à 10 %, que l'enseigne ramène à 0,15 centime d'euro pour un œuf et à 5,5 centimes d'euro pour un poulet et juge « infime ». Pour autant, l'enseigne ne pourra pas étiqueter « sans OGM » ses produits à marque, la DGCCRF exigeant alors de faire état d'une chaîne à 100 % sans OGM ou presque (0,01 %).

Les Français sont les seuls clients de Carrefour à bénéficier de cette filière et de l'implantation de l'enseigne au Brésil. « Nous n'aurions pas pu le faire sans être présents au Brésil », souligne le groupe qui précise que la production se fait sur les plateaux centraux du pays a priori protégés contre de possibles contaminations. Ainsi les consommateurs de l'un des quatre plus gros producteurs mondiaux d'OGM, l'Argentine, ne peuvent pas trouver de tels produits exempts d'OGM dans les rayons de l'enseigne française implantée dans leur pays. Ni les Brésiliens, d'ailleurs. C'est que le marché français, malgré l'internationalisation de Carrefour, reste prépondérant et représente tout de même quelque 27 % du chiffre d'affaires de l'enseigne. À noter que les autres marques de distributeurs du groupe en France, telles que Reflets de France, ne sont pas concernées par la filière sans OGM.