José Luis Duran va être remplacé à la tête de Carrefour par Lars Olofsson, un dirigeant de Nestlé. Il semble payer ses divergences de vues avec le principal actionnaire du numéro deux mondial de la distribution, Blue Capital, et les décisions qu’il a prises en début d’année qui n’ont pas réussi à contrer les dégâts produits sur les résultats du groupe d’une consommation en berne.
La rumeur en courait depuis l’été, mais c’est maintenant que le départ de José Luis Duran est officialisé par Carrefour qui vient d’annoncer la nomination de Lars Olofsson comme directeur général. Ce Suédois de 56 ans, qui n’avait jamais encore occupé de poste de cette envergure, a fait l’essentiel de sa carrière chez Nestlé, numéro un mondial de l’agroalimentaire, où il est directeur général chargé du développement stratégique et marketing.
Homme de l’industrie, Lars Olofsson devrait rassurer les équipes de Carrefour qui pouvaient craindre de voir arriver un financier à la tête du groupe. M. Olofsson va rejoindre Carrefour en janvier et sera proposé au poste d’administrateur lors de la prochaine assemblée des actionnaires fin avril.
José Luis Duran sanctionné
A 43 ans, José Luis Duran assure désormais la transition alors qu’à son arrivée à la tête du groupe en 2005, il avait réussi à redorer le blason de Carrefour en perte de vitesse, en lançant un plan triennal axé notamment sur une baisse des prix ainsi que des ouvertures de magasins tous azimuts en France et dans les pays émergents.
Les hypermarchés gagnent alors de nouveaux clients, la rentabilité augmente, le titre remonte en Bourse, mais cette année les changements de comportement des consommateurs en France, où Carrefour réalise 40% de son chiffre d’affaires semblent avoir pris au dépourvu le dirigeant espagnol. Il réduit les promotions au moment où les clients, en mal de pouvoir d’achat, se tournent davantage vers les enseignes à bas prix et au premier trimestre de mauvais résultats conduisent à une révision en baisse des prévisions de bénéfices pour 2008.
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M. Duran lance en juillet un nouveau plan de relance, avec baisse des prix, accélération de la réduction de la taille des hypermarchés et recul des investissements en Europe de 200 millions d’euros. Dès le troisième trimestre, le redressement est sensible, Carrefour enregistrant une hausse de 7% de son chiffre d’affaires (24,7 milliards d’euros).
Divergences avec le nouvel actionnaire
Le départ du directeur général s’explique aussi par des divergences avec le principal actionnaire Blue Capital, détenu à parité par Bernard Arnault (patron de LVMH) et le fonds américain Colony Capital.
Blue Capital, qui détient 13,55%, a créé la surprise en entrant au sein de Carrefour début 2007 et en prônant aussitôt la cession de certaines activités, notamment de l’enseigne à bas prix Dia ou d’une partie de la foncière Carrefour Property. La presse évoquait même le souhait de Colony Capital de vendre les magasins chinois ou brésilien, vaches à lait de Carrefour. Aucune de ces opérations n’a encore eu lieu, mais Blue Capital a pesé sur la mise en place d’un changement de statut de Carrefour, devenu cet été une société dotée d’un conseil d’administration. Signe de la mésentente, José Luis Duran n’a pas été autorisé à y siéger.