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Céréales : Foodwatch exhorte la distribution à pousser le « sans pesticides »

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À l’occasion d’une conférence de presse, l’association a poussé les distributeurs à mettre davantage en avant des produits à base de céréales exempts de pesticides.

À l’occasion d’une conférence de presse le 10 octobre, Foodwatch a exhorté les distributeurs présents en France, en Allemagne et aux Pays-Bas à ne vendre que des produits céréaliers exempts de pesticides. L’association estime le sujet « souvent négligé par rapport à la question plus fréquemment débattue des résidus de pesticides sur les fruits et légumes ».

Or, souligne Foodwatch, plus d’un tiers (37 %) de produits à base de céréales contiennent un ou plusieurs résidus de pesticides, d’après les données de surveillance des contaminations alimentaires de l’Efsa (agence européenne). Et de préciser que sur 1 215 résidus détectés, 18 constituent des dépassements des limites maximales de résidus (LMR).

Autre découverte de l’étude, la prévalence de pesticides varie considérablement selon le type de céréales : de moins de 10 % dans les échantillons de seigle et d’amidonnier à près de 90 % dans les pains et autres produits de boulangerie à base de blé. Une différence qui s’explique par l’application d’insecticides après la récolte pour conserver les céréales avant leur transformation, souligne l’association.

Une utilisation « intensive » de phytos

Foodwatch fait le lien avec une utilisation « intensive » de produits phytosanitaires dans la production céréalière dans l’Union européenne. Quelque 50 % des terres arables, soit 52 millions d’hectares, y sont consacrés à la culture des céréales, comme le blé ou le maïs. « C’est l’équivalent de plus de 81 M de terrains de football qui sont traités en moyenne quatre à six fois avec des pesticides chaque année », insiste le communiqué de Foodwatch. Rien qu’en France, Foodwatch estime que plus de 50 % des traitements avec des pesticides sont consacrés aux céréales sur les 66,5 millions de traitements effectués chaque année. Au total, l’association Foodwatch a identifié 65 pesticides différents.

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« Comme à l’accoutumée, Foodwatch cherche avant tout à faire peur aux Français et aux Européens en confondant volontairement les notions de présence de résidus, de respect de la réglementation et de risque pour les consommateurs », a réagi Intercéréales, l’interprofession des céréales françaises. Et d’ajouter que « les systèmes de contrôle mis en place […] visent justement à assurer nos concitoyens de la sécurité des produits qu’ils consomment ».

L’interprofession précise par ailleurs que l’étude menée par Foodwatch montre que « la réglementation est respectée et qu’il n’y a aucun risque pour la santé des consommateurs ». Elle rappelle que, parmi les résultats mentionnés au niveau européen, 63 % des échantillons ne contiennent aucune trace de résidus, et que le reste ne contient « que des traces ». « Étant donné les pratiques culturales françaises […] et une réglementation française plus stricte sur les pesticides, il est à parier que les résultats au niveau de la France seraient encore meilleurs », se défend l’interprofession.

Reste qu’aux yeux de l’association, l’effet de ces résidus sur notre santé à long terme est « largement méconnu ». « L’effet cocktail ou l’ingestion de différentes molécules tout au long de la journée fait un peu de chaque consommateur un cobaye », estime Camille Dorioz, responsable de campagnes chez Foodwatch. En outre, l’étude pointe du doigt les effets nocifs des pesticides, qui « menacent la sécurité alimentaire à moyen terme en raison de la perte de biodiversité, de l’augmentation probable des ravageurs, du déclin de la santé des sols et de et de la perte des pollinisateurs, essentiels à la production agricole ».

Depuis plusieurs années, l’Efsa conduit des recherches sur les effets cocktails des pesticides. Après des premiers résultats sur les effets chroniques pour le système thyroïdien et les effets aigus, publiés en 2020, l’agence n’avait pas recommandé de changement réglementaire. Des évaluations couvrant les effets des pesticides sur d’autres organes et d’autres fonctions du corps devaient suivre.

En France, 50 % des traitements sont consacrés aux céréales