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Céréales à paille : météo hors norme, récolte moyenne

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La moisson des céréales à paille est marquée cette année par des vagues de chaleur inédites et une précocité hors norme, qui rendent les prévisions incertaines. Pour le blé tendre et l’orge, la tendance penche vers des rendements moyens, inférieurs à l’an dernier, et proches de la moyenne quinquennale, voire un peu au-dessous : autour de 32 à 33 Mt pour le blé tendre, 10,5 Mt à 11,5 Mt pour l’orge. Quant à la qualité, les taux de protéines attendus sont plutôt élevés pour les deux espèces. Mais ces prévisions restent susceptibles d’évoluer, notamment au nord de Paris, où les stades sont plus tardifs. L’hétérogénéité des résultats pourrait s’avérer encore plus élevée que d’habitude. L’inquiétude la plus grande pèse sur les cultures de printemps (maïs, tournesol, soja), qui souffrent de la canicule, et manquent d’eau alors que le stade de floraison approche.

La moisson 2026 restera dans les esprits pour sa météo inédite, mais pas pour ses rendements, a priori moyens. « Nous avons vécu ces dernières semaines un enchaînement d’événements climatiques étranges, totalement inédit », retrace Jean-Pierre Cohan, directeur R & D d’Arvalis. Une première vague de chaleur fin mai, deux périodes de baisses de température, puis une autre vague de températures élevées après la mi-juin. Cette succession est d’autant plus atypique qu’elle est étendue : « Les événements climatiques un petit peu hors normes étaient en règle générale et jusqu’à maintenant, plutôt localisés dans certaines régions. Là, tout le territoire a été concerné ».

Cet enchaînement de chaud-frais, et surtout ces coups de chaud très précoces, longs et intenses, rendent les prévisions de récolte difficiles sur les céréales à paille. Sans oublier que les coupes sont très loin d’être achevées. De par cette incertitude, l’intégralité des professionnels qui ont accepté de livrer leurs projections chiffrées a souhaité conserver l’anonymat.

En blé tendre, le consensus très provisoire, valide seulement autour du 15-20 juin, s’établit autour de 32 à 33 Mt. Certains montent jusqu’à 34 Mt, tandis que d’autres descendent à un niveau proche de 31 Mt. En orge, les estimations vont pour l’instant de 10,5 Mt à 11,5 Mt, jusqu’à 12 Mt chez certains analystes. Si ces chiffres se confirmaient, la récolte serait d’un niveau « moyen moins », relate l’un des opérateurs contactés.

Des rendements proches de la moyenne

Côté rendement, les opérateurs tablent majoritairement sur des niveaux plutôt inférieurs à l’an dernier, et proche, mais souvent un peu au-dessous, de la moyenne 5 ans. La Commission européenne, via son observatoire Mars, a actualisé le 22 juin ses prévisions de rendement. Pour la France, elle table sur 7,05 t/ha en blé tendre d’hiver, contre 7,42 t/ha l’an dernier et 7,05 t/ha en moyenne quinquennale. Rapporté aux 4,628 Mha estimés par le ministère de l’Agriculture, cela conduirait à un volume de 32,6 Mt, soit dans la fourchette avancée par les opérateurs privés interrogés.

En orge, les rendements des cultures d’hiver ressortiraient à 6,6 t/ha, soit 8,87 Mt, contre 6,62 t/ha en moyenne quinquennale. La productivité moyenne de celles de printemps tomberait, elle, à 5,5 t/ha, soit 2,34 Mt, contre 5,86 t/ha l’an dernier et 5,57 t/ha en moyenne sur 2021-2025, selon l’organisme européen. Le total des orges atteindrait ainsi environ 11,2 Mt, là encore dans la fourchette évoquée par les professionnels.

Mais ces prévisions de Mars s’arrêtent au 13 juin et n’intègrent donc pas les effets de la deuxième vague de chaleur. Celles de la première restent elles-mêmes encore floues. Dans ces conditions, plusieurs analystes pourraient revoir leurs estimations dans les prochains jours. Le fait que les vagues de chaleur aient touché l’ensemble du territoire complique encore l’exercice. Les effets varient selon les stades de développement, très différents d’une parcelle à l’autre. À cela s’ajoute la précocité inédite du premier épisode, qui prive les observateurs de référence historique vraiment comparable.

Les cultures en avance de 5-10 jours

Ce qui est certain, en revanche, c’est que les fortes températures de mai ont accéléré la maturité des cultures, donnant des récoltes d’orge d’hiver d’une précocité jamais vue dans de nombreuses zones. « L’année dernière avait déjà été précoce. […] Cette année, nous avons 5-10 jours d’avance dans le développement des cultures par rapport à la moyenne 10 ans », relève Jean-Pierre Cohan.

Les effets potentiellement négatifs sur les cultures d’hiver semblent toutefois avoir été en partie contenus. L’expert souligne que ces épisodes ont frappé des plantes « qui avaient parfois souffert du stress hydrique au mois d’avril, mais qui avaient eu de nouveau de l’eau au début mai ». Ainsi, « le paroxysme du stress hydrique quand le coup de chaud est arrivé » a pu être évité. Le bon état sanitaire des parcelles a aussi limité les dégâts, ajoute-t-il.

Raison pour laquelle FranceAgriMer (FAM) n’avait d’ailleurs guère abaissé ses notations de développement des cultures de blé tendre et d’orge d’hiver début juin. Des pertes ont néanmoins été constatées dans certaines parcelles, en particulier dans les zones intermédiaires aux sols superficiels. Ces régions qui avaient déjà subi un déficit hydrique en avril ont été les plus touchées.

Les orges de printemps ont particulièrement souffert de ce premier épisode. Début juin, FranceAgriMer avait ramené de 83 % à 68 % la part des cultures jugées en bonnes à très bonnes conditions. Le système racinaire moins développé de ces variétés les rend plus sensibles aux coups de chaud et au manque d’eau.

De la casse sur la façade Ouest

La seconde vague de chaleur, qui touche actuellement tout le territoire, complique encore davantage les conclusions. Les orges d’hiver semblent toutefois peu concernées. « Les jeux sont faits, les stades sensibles étant passés », indique Damien Vercambre, courtier chez Intercourtage. Des effets pourraient en revanche se faire sentir sur les blés les plus tardifs, notamment « au nord de Paris ».

Mais là aussi, « tout dépendra du stade de développement des plantes, de l’état sanitaire et des sols », rappelle Jean-Pierre Cohan, complexifiant les projections. Compte tenu du caractère inédit des événements météorologiques, les professionnels s’attendent à une forte hétérogénéité des rendements.

Généralement, les récoltes d’orges donnent le ton sur celles à venir de blé tendre. Arvalis estimaient les coupes d’orge d’hiver faites à plus de 40 % à date. Les premiers retours confirment une grande disparité. Les moissons de blé tendre ont elles aussi commencé, mais les remontées restent encore très limitées.

Bon nombre d’opérateurs évoquent de la casse sur la façade Ouest, en orge et en blé, notamment dans la zone Charente/Deux Sèvres, sachant que « la Vendée a aussi souffert », alerte Gautier le Molgat, directeur général d’Argus Media France (ex-Agritel). Des rendements plus faibles que l’an dernier et des baisses de PMG (poids de mille grains) sont évoqués. Des OS de Charente-Maritime interrogés évoquent « 20 quintaux de moins que l’an passé pour le blé », « nous serons dans la moyenne très basse des cinq dernières années », « grosse déception notamment dans les petites terres ».

La prudence reste de mise

Dans le Centre, « nous avons observé des déceptions dans la zone sud. Mais dans le nord, soit la zone Eure-et-Loir, c’est mieux, sans que cela soit exceptionnel », indique un expert privé. En Bourgogne et en Rhône-Alpes, les potentiels semblent corrects, rapportent d’autres.

Les zones à plus forts potentiels semblent être celles du bassin parisien, le nord de Paris, le Grand Est ou encore la Normandie. Ce qui fait dire à Clément Gautier, analyste du cabinet HSC du groupe StoneX que « le juge de paix se fera au-dessus d’un axe allant de la zone Normandie-Sud-Paris-Sud-Est (notamment le sud Bourgogne et le Rhône-Alpes, NDLR), pour avoir une bonne vision de la situation française ». Les récoltes sont moins avancées au-dessus de cet axe.

Mais même dans ces secteurs, la prudence reste de mise. « La plaine semble belle. Mais je ne peux rien dire sur ce que l’on va obtenir comme rendement, que ce soit en blé tendre ou en orge », témoigne par exemple Philippe Pluquet, responsable technique production végétal de la coopérative Noriap, basée au nord de Paris.

Dans l’Est, Frédéric Wiart, responsable collecte de Vivescia, indique qu’environ 60 % des coupes d’orge d’hiver sont achevées. Les résultats sont « plutôt décevants, sans être catastrophiques […] Les rendements sont très hétérogènes. Les terres superficielles donnent les plus mauvais résultats, celles profondes les meilleurs ». Globalement, « les rendements baissent par rapport à l’an dernier, et sont un peu inférieurs à la moyenne olympique ». L’expert donne l’exemple des bonnes terres, qui produiraient environ 80-85 q/ha dans la Marne et l’Aube, et les légères 60-65 q/ha, avec de gros écarts (40 à 70 q/ha).

Qualité variable

Quant à la qualité, « cela varie selon les régions et les niveaux de calibration aussi », témoigne Clément Gautier, se référant aux orges d’hiver. « On rapporte assez souvent de bon PS (poids spécifiques) en orge d’hiver », ajoute-t-il, malgré là aussi une certaine dispersion des résultats. Les taux de protéines sont plutôt élevés, que ce soit en orge et potentiellement en blé tendre. « Nous pouvons espérer des taux de protéines à 11,5, voire 12 % », confiait par exemple Frédéric Guillemin, directeur pôle blés chez Soufflet Négoce, lors de la Bourse de La Rochelle le 19 juin.

Attention : le taux de protéine en orge est parfois trop élevé. « Les malteurs préfèrent du 9,5-11,5 %. Chez nous, 40 à 45 % des orges ont des taux dépassant les 11,5 % », alerte Frédéric Wiart.

32-33 Mt de blé tendre, et 10,5-11,5 Mt d’orges en 2026 ?

« Les jeux sont faits, les stades sensibles étant passés » pour l’orge d’hiver, indique Damien Vercambre, courtier chez Intercourtage

KC et AG

La précocité des récoltes françaises, possible opportunité à l’export

Les récoltes de céréales particulièrement avancées par rapport à d’habitude, de 10 à 15 jours environ, pourraient engendrer des opportunités à l’export pour l’Hexagone, rapportent des analystes privés. « Nous arriverions sur le marché en blé tendre et en orge avant les Russes et les Ukrainiens par exemple, qui vont récolter plus tard. Cela donne une carte à jouer en matière d’export sur la période de dégagement », confie Gautier Le Molgat, directeur général d’Argus Média France (ex-Agritel). Par ailleurs, Frédéric Guillemin, directeur pôle blés chez Soufflet Négoce, indiquait lors de la Bourse Maritime de La Rochelle le 19 juin que les perspectives de bonne qualité devraient permettre « de renouer avec certains clients meuniers, notamment pour le grand export. Pour rappel, l’an passé, nous avions difficilement atteint 11 % » de taux de protéine, alors qu’ils pourraient cette année atteindre « les 11,5-12 % ». La concurrence internationale resterait féroce, avec de bonnes récoltes attendues en Russie mais aussi en Roumanie, prévient Gautier Le Molgat.