Abonné

Céréales ukrainiennes : Kiev appelle à pérenniser l’initiative des Voies de solidarité

- - 5 min

Alors que la prorogation de l’accord d’Istanbul sur les exportations de céréales en mer Noire reste très incertaine, le vice-ministre ukrainien de l’Agriculture, Markian Dmytrasevych, a appelé le 25 octobre devant les eurodéputés réunis en commission Agriculture, à graver dans le marbre l’initiative des Voies de solidarité portée par l’UE. Il a également soumis plusieurs demandes (camions, wagons, semences, générateur de diesel) afin que l’Ukraine continue à exporter ses céréales.

« Il est crucial de garantir le caractère permanent du corridor des Voies de solidarité afin de continuer à exporter nos céréales par voie terrestre via l’UE », a déclaré le 25 octobre devant les eurodéputés de la commission de l’Agriculture Markian Dmytrasevych, vice-ministre ukrainien de l’Agriculture. Surtout que de nombreuses incertitudes entourent la prorogation de l’accord d’Istanbul (conclu le 22 juillet) sur l’exportation des céréales ukrainiennes en mer Noire, qui arrive à échéance le 19 novembre. « Nous avons besoin de cette initiative et même le monde entier, mais à cause des combats et des activités militaires, il se peut que l’accord se termine bientôt », a alerté le ministre ukrainien. Grâce à ces deux initiatives, l’Ukraine a réussi à exporter en septembre 6,9 Mt de céréales dont 3,9 Mt ont transité par les corridors céréaliers en mer Noire. Via l’initiative européenne des Voies de solidarité (lancée en mai), « nous exportons mensuellement près de 3 Mt mais nous arrivons à nos limites en termes logistique et financier », a expliqué Markian Dmytrasevych.

Camions, Wagons et semences

À cette fin, il a demandé à l’UE d’encourager davantage de camionneurs européens à aider l’Ukraine pour le transport des céréales, ou encore à trouver des solutions pour améliorer leur transit par voie ferroviaire. Mais l’UE et l’Ukraine ont des écartements de rails différents. Le ministre ukrainien a ainsi appelé l’UE à octroyer une subvention exceptionnelle pour le financement de wagons et de camions. « Cette aide financière nous permettrait à la fois de réduire fortement les frais logistiques et d’améliorer le transbordement aux frontières via la construction de terminaux », a-t-il assuré. En raison des attaques répétées de la Russie sur les infrastructures électriques ukrainiennes, le ministre a également demandé à l’UE de fournir des générateurs diesel afin d’approvisionner en énergie les exploitations agricoles. « C’est un outil indispensable pour cet hiver notamment pour les éleveurs de volailles. Sur cette question, nous avons déjà contacté le commissaire à l’Agriculture Janusz Wojciechowski », a indiqué Markian Dmytrasevych. D’autre part, le vice-ministre a demandé du matériel d’ensemencement : « Nous avons besoin de 10 à 15 % en plus de semences pour la prochaine campagne d’ensemencement », a-t-il précisé. Avant d’ajouter que « nous avons été contraints de réduire de 20 % les terres arables pour la campagne d’hiver et nous prévoyons également de réduire de 20 % les surfaces ensemencées au printemps. Au total, ce sont seulement 60 % des terres arables qui seront couvertes soit 7 Mha ».

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Commission européenne
Suivi
Suivre

Lire aussi : « Céréales : l’Ukraine sollicite l’aide de l’UE pour renforcer les Voies de solidarité »

Une aide sur la durée

Très réceptive à l’ensemble de ces demandes, la Commission européenne a indiqué qu’elle avait déjà octroyé 50 M€ de subvention aux petites exploitations agricoles ukrainiennes. Cette manne financière a été versée via un système de registre électronique par lequel les agriculteurs peuvent soumettre une demande. Par ailleurs, Bruxelles a également indiqué qu’elle souhaitait que les Voies de solidarité se poursuivent dans le temps et qu’elle était prête à aider au développement des infrastructures (routes, voies ferrées, fluviales et maritimes) afin d’augmenter la capacité d’exportation des céréales ukrainiennes.

Bruxelles reconnaît des perturbations au sein du marché unique

« La mise en place des Voies de solidarité conjuguée à la suspension de tous les droits de douane sur les produits ukrainiens ont entraîné une forte hausse des importations européennes de céréales mais aussi de volailles », a reconnu le 25 octobre devant les eurodéputés de la commission de l’Agriculture, Michael Scannell, directeur général adjoint à la direction générale de l’agriculture et du développement rural (DG Agri). Et d’ajouter que « pour 2022, nous attendons notamment des exportations de 180 t de volailles dans l’UE soit deux fois plus que le quota précédent. Des agriculteurs en Pologne, Slovaquie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie se retrouvent donc aujourd’hui en concurrence avec des acteurs non traditionnels ». Une position qui contraste avec celle émise par le commissaire à l’Agriculture Janusz Wojciechowski lors du Conseil agriculture du 26 septembre, lors duquel il a assuré que « ces flux n’affectaient pas négativement la situation des agriculteurs, ni les prix ». Dans ce contexte, l’eurodéputée roumaine Carmen Avram (S & D) a alerté sur « les pertes subies par le secteur agricole en raison de l’entrée de céréales ukrainiennes moins chers » qui pourrait entraîner des faillites en 2023.