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Céréales ukrainiennes : Kiev et Moscou concluent un accord sur des « couloirs sécurisés » d'exportation

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En négociation depuis le début de la guerre en Ukraine, Kiev et Moscou ont réussi, sous l’égide des Nations unies et avec la coopération de la Turquie, à conclure un accord sur l’instauration de « couloirs sécurisés » pour exporter les quelque 20 Mt de céréales bloquées dans les ports ukrainiens de la mer Noire. L’UE, les États-Unis et l’Union africaine ont appelé à une mise en œuvre rapide de l’accord pour répondre aux besoins des marchés mondiaux malgré l’attaque russe du port d’Odessa le lendemain de la signature.

Après quatre mois de pourparlers, l’Ukraine et la Russie ont finalement conclu, le 22 juillet au palais de Dolmabahçe à Istanbul, avec la Turquie et les Nations unies, un accord relatif à l’instauration de « couloirs sécurisés » afin d’exporter les 20 Mt de céréales ukrainiennes bloquées dans les ports de la mer Noire. Les deux parties ont signé deux textes identiques, mais séparés, à la demande de Kiev qui refusait de parapher tout document avec Moscou.

Aux termes de cet accord valable quatre mois (et qui sera automatiquement reconduit si le délai ne suffisait pas), le temps de débloquer les céréales alors qu’une nouvelle récolte approche, trois ports dont Odessa, Tchornomorsk et Pivdenny ont déjà « repris le travail » a assuré le 27 juillet la marine ukrainienne. Avant de préciser que « la sortie et l’entrée des navires dans les ports maritimes se feront par la formation d’un convoi qui accompagnera le navire de tête. Mais cela sera précédé par le pénible travail des hydrographes pour déterminer les voies sûres». Dans les deux prochaines semaines, l’Ukraine devrait, selon les dires de son vice-ministre ukrainien de l’Infrastructure, Iouri Vaskov, «être techniquement capable d’effectuer des exportations de céréales depuis tous les ports ukrainiens ». Un centre de coordination conjoint (CCC) installé au sein d’une académie militaire, inauguré officiellement le 27 juillet à Istanbul, permettra notamment d’établir le calendrier des rotations de navires en mer Noire, d’immatriculer et suivre les navires marchands ou encore d’assurer leur suivi via internet et par satellite. Il sera piloté par des délégués tant militaires que civils des parties impliquées : un Ukrainien, un Russe, un Turc et un représentant de l’ONU, assistés de leurs équipes respectives. Selon le ministre ukrainien de l’Infrastructure Oleksandre Koubrakov, « des navires ukrainiens accompagneront les convois, qui pourront transporter non seulement des céréales, mais aussi des fertilisants ». Des inspections des navires au départ et en direction des ports ukrainiens auront lieu sous le contrôle du CCC, dans l’un des ports d’Istanbul (Haydarpasa situé à l’entrée du Bosphore ou Ambarli situé dans la mer de Marmara), afin de répondre aux inquiétudes de Moscou, qui veut avoir la garantie que les cargos n’apporteront pas d’armes à l’Ukraine. Par ailleurs, un mémorandum d’accord devait accompagner le texte, signé par les Nations unies et la Russie, garantissant que les sanctions occidentales contre Moscou ne concerneront pas les céréales et les engrais, de manière directe ou indirecte. La Russie en faisait une condition sine qua non à la signature de l’accord.

Appel à une mise en œuvre rapide

« L’accord d’Istanbul est un pas dans la bonne direction. Nous appelons à sa mise en œuvre rapide », a déclaré le jour même de la signature de l’accord, le chef de la diplomatie de l’UE Josep Borrell. Avant de préciser qu’« il s’agit d’une étape cruciale dans les efforts visant à surmonter l’insécurité alimentaire mondiale causée par l’agression de la Russie contre l’Ukraine. Son succès dépendra de la mise en œuvre rapide et de bonne foi de l’accord ». En envahissant l’Ukraine, « la Russie a mis en danger la sécurité alimentaire de millions de personnes dans le monde. L’accord actuel offre une opportunité de commencer à inverser ce cours négatif », veut croire le diplomate européen. En parallèle, via son plan des « Voies de solidarité », l’UE « reste déterminée à aider l’Ukraine à acheminer le plus rapidement possible la plus grande partie de ses céréales vers les marchés mondiaux », a-t-il assuré. Les États-Unis tout comme l’Union africaine se sont également félicités de cet accord qui permettra, espèrent-ils, de répondre urgemment aux défis posés par l’insécurité alimentaire.

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Attaque d’Odessa

Une mise en œuvre qui pourrait finalement être ralentie en raison des attaques « de missiles russes qui ont touché le 23 juillet, soit le lendemain de l’accord sur les exportations de céréales, une usine de traitement de céréales dans le port d’Odessa », a déclaré à l’AFP le porte-parole de l’armée de l’air ukrainienne Iouri Ignat. « Le port d’Odessa a été bombardé, en particulier là où se déroulaient les processus d’expédition [de céréales]. Nous avons abattu deux missiles, et deux autres missiles ont touché l’infrastructure portuaire où, de toute évidence, il y avait du grain », a-t-il ajouté. Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a condamné « sans équivoque » ces attaques, ajoutant que « la mise en œuvre intégrale [de l’accord] par la Russie, l’Ukraine et la Turquie est impérative ». « Frapper une cible cruciale pour l’exportation de céréales un jour après la signature des accords d’Istanbul est particulièrement répréhensible et démontre une fois de plus le mépris total de la Russie pour le droit international et les engagements », a réagi Josep Borrell, le chef de la diplomatie de l’UE, sur Twitter. De son côté, le ministre turc de la Défense Hulusi Akar a déclaré que « le fait qu’un tel incident se soit produit juste après l’accord que nous avons conclu hier […] nous préoccupe vraiment ».

Face à un tel incident, le ministre ukrainien de l’Infrastructure Oleksandre Koubrakov, a appelé les garants de l’accord, la Turquie et l’ONU, à garantir la sécurité des convois ukrainiens. « Si les parties ne garantissent pas la sécurité, cela ne marchera pas », a-t-il prévenu.