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Céréales ukrainiennes : la Russie refuse de prolonger l’accord d’Istanbul et frappe le port d’Odessa

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La Russie a décidé de quitter l’accord sur les céréales en mer Noire qui avait permis d’exporter près de 33 Mt de céréales d’Ukraine malgré la guerre. Moscou, qui estime que ses demandes (application de l’accord sur les engrais russes et réintégration dans le système bancaire Swift) ne sont pas prises en compte, a donc repris ses frappes sur les installations portuaires ukrainiennes, détruisant quelque 60 000 t de céréales.

« L’accord de la mer Noire s’est de facto terminé aujourd’hui », a annoncé le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, le 17 juillet ajoutant que « dès que la partie (des accords) concernant la Russie sera satisfaite, la Russie reviendra immédiatement à l’accord sur les céréales ». Signée en juillet 2022 à Istanbul avec la Russie et l’Ukraine sous l’égide de la Turquie et des Nations unies, cette Initiative sur les céréales en mer Noire a permis d’exporter près de 33 Mt de céréales d’Ukraine malgré la guerre. L’inspection du cargo TQ SAMSUN qui a été finalisée le 17 juillet par le Centre de coordination conjointe (JCC) était la 1972e et dernière inspection conduite depuis le 1er août 2022 au titre de l’Initiative pour les céréales en Mer Noire. Après deux prolongations, elle expirait le 17 juillet. La Russie dénonce l’absence d’application formelle du second accord relatif à l’exportation des engrais russes et demande surtout la réintégration au sein du système de paiement interbancaire Swift de la Rosselkozbank, la banque agricole russe.

La décision russe a été vivement dénoncée par le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, qui estime que des centaines de millions de personnes dans le monde « vont en payer le prix ». Ce type de condamnations se sont multipliées. Une « décision cynique » alors que « l’UE s’efforce de garantir la sécurité alimentaire des populations vulnérables de la planète », a tweeté la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. L’Union africaine a aussi regretté la décision russe, exhortant les parties prenantes à résoudre les problèmes pour permettre la reprise du passage continu et sécurisé des céréales et engrais d’Ukraine et de Russie vers les régions qui en ont besoin, notamment l’Afrique.

Soixante mille tonnes de céréales destinées à l’exportation et entreposées dans le port ukrainien de Tchornomorsk, près d’Odessa, ont été détruites par des frappes russes dans la nuit du 18 au 19 juillet, a affirmé le ministre ukrainien de l’Agriculture Mykola Solsky, dans un communiqué. Après avoir refusé le 17 juillet de prolonger l’accord d’Istanbul sur le transit de céréales ukrainiennes en mer Noire, la Russie a depuis frappé à plusieurs reprises les installations portuaires ukrainiennes. « Il faudra au moins un an pour réparer intégralement les infrastructures endommagées », estime l’Ukraine. Celle-ci propose de créer des patrouilles militaires internationales mandatées par l’ONU pour assurer la sécurité de ses exportations céréalières par la mer Noire. Mais la Russie a mis en garde contre ses velléités de poursuivre les exportations de céréales par la mer Noire. « En l’absence de garanties de sécurité appropriées, certains risques » se sont fait jour, a averti le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. La Russie a indiqué qu’elle considérera à partir du 20 juillet les navires se rendant vers l’Ukraine en mer Noire comme de « potentiels bateaux militaires » et les pays dont ils battent le pavillon comme parties prenantes au conflit.

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Au lendemain de ces attaques, le président russe Vladimir Poutine a déclaré toutefois être prêt à examiner la possibilité de retourner dans l’accord d’Istanbul mais à une condition : que « tous les principes de participation de la Russie à cet accord soient pris en compte et réalisés sans exception et dans leur totalité ». Une demande inacceptable pour les Occidentaux qui refusent le retour de la Russie dans le système bancaire Swift qui lui permettrait de continuer à s’enrichir sur le transport de céréales et à financer son effort de guerre.

 

Le blé en hausse de plus de 8 % sur le marché européen

Le prix du blé meunier a clôturé le 19 juillet en forte hausse, à 253,75 €/t sur l’échéance de septembre sur Euronext, gagnant 8,2 % dans la journée, après l’intensification des bombardements russes en Ukraine. D’après l’AFP, les cours ont ainsi retrouvé leur niveau de début avril, le marché réagissant fortement à l’escalade du conflit après la suspension du corridor maritime céréalier et la menace de Moscou contre tous les navires se rendant vers l’Ukraine (lire notre article). De leur côté, les prix du maïs ont gagné 5,4 %, clôturant juste sous la barre des 250 €/t sur l’échéance d’août, retrouvant pour la première fois leur niveau de la mi-avril sur le marché européen. Cette variation des cours est la plus notable depuis le refus, le 17 juillet, de la Russie de reconduire l’accord pour les exportations agricoles maritimes d’Ukraine, qui avait permis de sortir près de 33 Mt de grains en un an. Les marchés n’avaient que peu réagi le 17 juillet, ayant anticipé une suspension du corridor, qui fonctionnait déjà au ralenti depuis des semaines. L’attention était plutôt tournée vers les récoltes en cours : celle du blé après l’orge et avant le maïs dans l’hémisphère Nord, où les bons rendements attendus rassuraient les opérateurs.