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Céréales ukrainiennes : l’Europe espère augmenter les capacités d’acheminement

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Les négociations se poursuivent entre la Commission européenne et les différentes parties pour améliorer l’efficacité des voies d’acheminement des céréales ukrainiennes dans l’UE, et surtout pour finaliser les mesures que l’Ukraine prévoit de mettre en place pour contrôler ses exportations et ainsi rassurer les pays européens voisins – Pologne en tête –, qui n’ont pas encore levé leurs embargos.

La Commission européenne a mené le 28 septembre des discussions intenses au niveau technique et politique avec les États membres de l’UE, l’Ukraine et la Moldavie afin, selon une source européenne, de « résoudre les problèmes logistiques et d’augmenter de manière significative la capacité des Voies de solidarité ». Il s’agit des routes terrestres et fluviales à travers la Pologne et la Roumanie principalement, qui ont permis, entre mai et août 2023, l’exportation de 53 millions de tonnes de produits agricoles ukrainiens, pour un total de 38 milliards d’euros.

La plateforme de coordination conjointe mise en place le 9 mai, s’est réunie le 28 septembre pour faire en sorte que les céréales puissent quitter l’Ukraine, notamment en trouvant d’autres itinéraires que les ports ukrainiens bloqués sur la mer Noire et en facilitant les flux commerciaux grâce à l’amélioration des infrastructures (y compris le stockage) et la simplification des procédures douanières.

Lors de la réunion de la plateforme du 18 septembre, l’Ukraine avait présenté un plan d’action sur les mesures visant à contrôler ses exportations de céréales et à éviter toute distorsion du marché dans les États membres voisins. Ce plan prévoit un échange régulier de données entre l’UE, les États membres et l’Ukraine, la collecte d’informations sur la destination des marchandises dans le système de file d’attente électronique et la création d’un système de licences d’exportation comprenant un mécanisme de vérification et d’autorisation pour les quatre groupes de marchandises (blé, tournesol maïs et colza). La Commission a envoyé ses commentaires à l’Ukraine sur ce plan, le 22 septembre, qui ont été examinés lors la réunion de la plateforme de coordination du 28 septembre. Toutes les parties s’engagent de manière constructive et positive afin que le plan d’action soit opérationnel dès que possible.

Négociations avec la Pologne

La mise en place des mesures de Kiev visant à maîtriser l’afflux de grains permettront, espère-t-on du côté de Bruxelles, de donner des gages à la Pologne, la Hongrie et la Slovaquie, qui pour le moment maintiennent leurs restrictions sur les importations de céréales ukrainiennes. La Commission a pourtant décidé la levée de ces restrictions le 15 septembre.

Le ministre polonais de l’Agriculture a déclaré le 27 septembre que son pays restait ouvert à la proposition ukrainienne d’un mécanisme de licences sur les importations de céréales, indiquant que les discussions sur ce sujet épineux allaient se poursuivre dans les semaines qui viennent. Kiev a proposé de délivrer des licences aux exportateurs de blé, maïs, colza et tournesol, en fonction des besoins exprimés par la Pologne, a déclaré Robert Telus à l’issue d’un entretien avec son homologue ukrainien Mykola Solskiï. La Pologne étudie aussi la proposition ukrainienne qu’une partie des contrôles des importations se déroulent dans les ports allemands et non à la frontière polono-ukrainienne, selon le ministre.

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Par ailleurs, la Hongrie, la Pologne, la Slovaquie et la République tchèque ont appelé le 26 septembre la Commission européenne à s’assurer de la parfaite efficacité des corridors terrestres empruntés par les céréales ukrainiennes. Des responsables des ministères de l’Agriculture des quatre pays d’Europe centrale ont, en effet, rappelé qu’une partie des grains transportés restaient dans les pays traversés, avec un préjudice pour les agriculteurs locaux, car ils sont bien moins chers que ceux produits localement.

Les capacités polonaises sous-utilisées

La commissaire européenne aux Transports, Adina-Ioana Vălean, a regretté, lors d’un point de presse commun avec le vice-Premier ministre ukrainien Oleksandre Koubrakov à Bruxelles, le 25 septembre, que certaines « capacités restent inutilisées » à la frontière polonaise. « Vous pouvez regarder les chiffres du volume de marchandises transportées l’année dernière à la frontière polonaise par rapport à cette année, et vous verrez qu’il est trois fois moins important », a indiqué Mme Vălean. « Cela signifie que la capacité existe, mais qu’elle n’est pas pleinement utilisée pour le moment pour diverses raisons, que nous ne voulons pas commenter ». Mme Vălean a présenté un certain nombre de mesures visant à augmenter la capacité logistique des couloirs de solidarité qui sont, a-t-elle insisté, une « véritable bouée de sauvetage » pour l’Ukraine.

En juillet, le commissaire à l’Agriculture Janusz Wojciechowski avait déclaré que l’UE avait la capacité logistique d’aider l’Ukraine à remplacer presque entièrement la route de la mer Noire grâce aux couloirs de solidarité. Il avait aussi affirmé que le transit de ces produits n’avait pas été affecté par les interdictions mises en place. Avant l’instauration de ces mesures, 2,9 Mt tonnes circulaient par mois via l’UE contre 3,2 Mt après leur instauration.

La Commission pourrait ouvrir une procédure d’infraction contre les trois États membres de l’UE qui imposent des restrictions unilatérales sur les produits agricoles ukrainiens. D’où le besoin, pour l’Ukraine, de donner un maximum de garanties aux pays concernés pour les convaincre de lever ces mesures d’interdiction des importations de céréales ukrainiennes.