Abonné

Cerises : la France interdit les importations issues de pays autorisant le diméthoate

- - 4 min

Après avoir annoncé l’interdiction du diméthoate sur les cerises françaises, le ministre de l’Agriculture va mettre en place une clause de sauvegarde nationale pour interdire la commercialisation de cerises provenant de pays utilisant ce produit. La FNPF est satisfaite de voir le ministre aller « jusqu’au bout de sa logique », mais reste inquiète, tout comme la Coordination rurale, pour la récolte à venir.

Faute de majorité entre États membres trouvée à l’occasion de la réunion le 15 avril du Comité permanent sur les plantes, les animaux et l’alimentation, la France a annoncé son intention de mettre en place une clause de sauvegarde nationale pour interdire la commercialisation de cerises provenant de pays utilisant le diméthoate, un insecticide présentant un risque potentiel pour la santé des consommateurs (1). Décision confirmée le 19 avril : à la suite de sa rencontre avec les professionnels de la filière cerises, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a annoncé que l’interdiction des importations de cerises provenant de pays qui traitent au diméthoate s’appliquera « dès cette semaine ». Il a ajouté que « l’Espagne, l’Italie, la Pologne, la Grèce et la Slovénie » ont annoncé leur intention de ne pas autoriser le produit. En 2014, les importations françaises de cerises provenaient principalement d’Espagne et d’Allemagne. Les principaux producteurs européens sont la Pologne, l’Italie, la Hongrie et la France.
Le ministre a par ailleurs annoncé l’autorisation prochaine du spinetoram sur la culture de cerises, et l’indemnisation des pertes économiques liées à la drosophile Suzukii en 2016. Il a par ailleurs annoncé une rencontre avec l’aval de la filière (produits à base de cerise), « dès la semaine prochaine », afin « d’anticiper les impacts et les solutions à mettre en œuvre ».

Le ministre va « au bout de sa logique »,

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Coordination rurale
Suivi
Suivre
La Réunion
Suivi
Suivre

Le lendemain, le président de la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF) Luc Barbier s’est dit « rassuré sur la volonté du ministre d’aller au bout de sa logique (l’interdiction du diméthoate, ndlr), même si ce n’est pas la nôtre ». Luc Barbier note toutefois que l’Espagne devrait accepter les importations depuis des pays qui l’utilisent, et s’interroge sur d’éventuelles ré-exportations de cerises traitées depuis ce pays. De gros producteurs comme l’Allemagne ou la Turquie hors UE continuent d’utiliser ce produit. « Quid des importations de produits transformés ?, s’interroge également Luc Barbier. Soit le diméthoate est dangereux, soit il ne l’est pas ! Il va falloir que le ministre soit cohérent ». La FNPF a demandé une dérogation de 120 jours pour l’utilisation de trois produits. Luc Barbier reste très inquiet pour la récolte, sur laquelle des premiers dégâts auraient été observés en PACA : « On arrive en terre inconnue. En 2014, on a perdu 40 % de la récolte, et on avait le diméthoate ». De son côté, la Coordination rurale pointe dans un communiqué, le 20 avril, plusieurs incertitudes qui continuent de peser sur la filière après la rencontre avec le ministre. En premier lieu, le coût et l’efficacité des produits alternatifs proposés par le ministère : « S’il s’agit d’adulticides, ce qui est le plus probable, ils seront plus chers que le diméthoate », estime Adeline Gachein, animatrice fruits et légumes à la CR. Le syndicat s’interroge également sur les contrôles effectués par la France pour s’assurer que les cerises importées n’auront pas été traitées. Enfin, la CR s’interroge sur le calcul des indemnités annoncées par le ministre.

(1) Voir n° 3542 du 18/04/2016