Stéphane Le Foll a saisi la Commission européenne pour lui demander d’interdire le diméthoate et les cerises traitées avec ce produit, a indiqué le 29 mars le ministère de l’Agriculture, se disant prêt à activer une clause de sauvegarde nationale. Une manifestation le 25 mars a réuni deux cents agriculteurs de la région Paca, contre notamment une distorsion de concurrence entre la France et les autres pays de l’Europe, où l’insecticide reste autorisé.
Le ministre a demandé à Bruxelles « d’activer les mesures d’urgence prévues par le droit européen : interdiction immédiate de l’utilisation du diméthoate dans toute l’UE sur les fruits et légumes, interdiction immédiate sur l’ensemble du territoire européen de mise sur le marché de cerises provenant de pays ou d’Etats membres dans lesquels l’utilisation du diméthoate est permise », selon un communiqué.
En 2013, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a identifié un danger potentiel concernant les aliments traités avec du diméthoate, renvoyant aux Etats membres le soin de statuer produit par produit et usage par usage sur le niveau de risque pour le consommateur, précise le ministère de l’Agriculture. L’Anses a pour sa part retiré, en février 2016, l’autorisation de mise sur le marché de l’insecticide, toujours employé ailleurs en Europe et dans le monde.
L’utilisation par la France de la procédure d’urgence impose à la Commission de se prononcer dans les sept jours, précise le ministère. Passé ce délai, « Stéphane Le Foll déclenchera une clause de sauvegarde nationale pour interdire la commercialisation en France de cerises traitées au diméthoate qu’elles soient produites en France ou ailleurs dans le monde », prévient le communiqué. L’insecticide « pouvant être utilisé dans d’autres pays d’Europe ou dans le monde », le ministre se dit, dans le communiqué, « conscient du risque de distorsion de concurrence pouvant peser sur nos producteurs ».
Aucune solution de remplacement
Les arboriculteurs français, qui procèdent normalement aux traitements à base de diméthoate en avril-mai, sont très inquiets depuis le retrait de l’autorisation de mise sur le marché, arguant qu’il n’existe aucune alternative efficace de lutte contre le moucheron drosophile Suzukii, lequel fait des ravages dans les vergers.
L’Efsa renvoie aux Etats membres le soin de statuer sur le niveau de risque
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La FNSEA a demandé au ministère d’accorder une dérogation de cent vingt jours aux agriculteurs. Deux cents producteurs ont manifesté le 25 mars devant la préfecture d’Avignon pour protester notamment contre l’interdiction du diméthoate, arguant d’une distorsion de concurrence entre la France et les autres pays de l’Europe. « On ne peut pas accepter qu’on interdise en France certains produits dans les cultures et demain recevoir des fruits des pays où c’est autorisé, a dit au préfet du Vaucluse venu à la rencontre des agriculteurs le président de la Fédération départementale des syndicats des exploitations agricoles (FDSEA) des Alpes-de-Haute-Provence, Jean-Paul Comte. On ne demande qu’une seule chose : qu’on soit traités à égalité. » « Si le produit est dangereux en France, il est dangereux ailleurs », a-t-il ajouté.
La France importe environ la moitié de sa consommation de cerises, en particulier d’Espagne et de Turquie.
La profession s’organise dans l’inconnu
Les 4 000 producteurs de cerises recensés comme exploitants agricoles qui produisent 40 000 tonnes par an, « se disent très inquiets de la position ministérielle sur l’interdiction du diméthoate», insiste Joël Reynaud, président de Coop de France Alpes Méditerranée. La récolte dans le Roussillon et le Gard devrait débuter début mai, puis dans les autres régions. La région Paca assure 34 % de la production, suivie de Rhône-Alpes (33 %), Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon (24 %) et dans une moindre mesure les Pays de Loire et la Bourgogne. « Nous allons tester de nouveaux calendriers de traitement avec d’autres produits autorisés », explique Alexandra Lacoste, directrice de l’AOP Cerise basé sur Avignon. Des travaux sur la lutte contre la Drosophila Suzukii pilotés par le CTIFL n’en sont qu’au stade de la recherche fondamentale.
EB