Abonné

Ces enzymes qui aident à digérer le gluten

- - 6 min

Avec le statut de complément alimentaire, une nouvelle enzyme destinée à favoriser la digestion du gluten a fait son entrée sur les marchés américain et canadien. Cette macro-molécule vendue pour le moment uniquement aux Etats-Unis et au Canada, pourrait changer la donne pour les fabricants d'aliments sans gluten.

Aux États-Unis, le fabricant DSM a mis sur le marché une enzyme qui aide à digérer le gluten : la Tolerase G, à absorber au début des repas. L'ingrédientier explique, études cliniques à l'appui, que cette protéase a la propriété de dégrader la proline, principale protéine dont le gluten est composé. La firme joue sur une argumentation imparable : « Etant donné que le gluten est omniprésent dans les aliments, il est compliqué de suivre un régime qui n'en contienne pas. Même en respectant un régime sans gluten, on n'est jamais entièrement certain d'éviter une prise involontaire. Les études montrent que, chez les personnes qui observent ces régimes, l'ingestion involontaire est de 200 mg/jour à 3000 mg/jour. ». D'après DSM, la Tolerase G est, dans ces conditions, idéale pour absorber les écarts dû au gluten résiduel et gluten caché.

L'ingrédientier le précise cependant : cette enzyme n'est pas destinée à remplacer le régime sans gluten, et n'est pas un remède contre la maladie cœliaque. Dans les pays où la protéase est autorisée, il est obligatoire d'étiqueter ces mentions. L'emballage peut faire valoir différentes promesses néanmoins : « aide à digérer le gluten », « facilite la digestion du gluten », « inactive le gluten », « pour une digestion facile du gluten », « aide à digérer les aliments contenant du gluten ».

UNE ALTERNATIVE AUX RÉGIMES SANS GLUTEN

Aux Etats-Unis, la Tolerase G – produite à partir de cultures de champignons filamenteux (Aspergillus Niger) et conditionnée sous forme de microgranules pour une utilisation dans des comprimés ou gélules – se retrouve dans deux compléments alimentaires : le GlutnGo™ de Bricker Labs et le SpectraZyme de Metagenics. Et dans les autres pays ? « Notre enzyme est maintenant aussi autorisée au Canada, et nous travaillons activement à obtenir le feu vert réglementaire en de-hors de ces deux pays », indique Maria Pavlidou, au sein de DSM Nutritional Pro-ducts Europe Ltd.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Ce n'est pas la première fois qu'une firme introduit une enzyme destinée à faciliter la digestion du gluten. Alvine Pharmaceuticals avait déjà présenté la Glutenase ALV003, et Deerland Enzymes la Glutalytic. Du côté des médecins, ces protéases sont accueillies favorablement. « De toutes les alternatives au régime sans gluten, les enzymes sont la piste la plus convaincante », a déclaré Georgia Malamut, professeur à l'Hôpital Européen Georges-Pompidou, lors du Colloque « Allergies, intolérances et hypersensibilités alimentaires » organisé par l'Inra le 17 juin à Paris. Est-ce à dire que la donne va changer pour les fabricants d'aliments sans gluten ? Certains professionnels le pensent. « L'arrivée de ces enzymes modifie forcément une partie de l'équation, pour ce qui est des aliments à destination des personnes souffrant d'une réelle intolérance au gluten », réagit Philippe Baguet à la tête du cabinet de conseil Sapita.

La réglementation aussi évolue

A compter du 20 juillet 2016, le règlement (UE) n° 41/2009 relatif à la composition et à l'étiquetage des aliments convenant aux personnes souffrant d'une intolérance au gluten sera abrogé par le règlement (UE) n° 609/2013, plus général, couvrant, notamment, les denrées alimentaires destinées à des fins médicales spéciales. Celui-ci n'établit aucune exigence particulière concernant l'information du consommateur. C'est donc un autre texte, le règlement (UE) n° 828/2014, avec une application le 19 juillet 2016, qui aborde le sujet en reprenant les deux dénominations du règlement (UE) n° 41/2009 : « sans gluten » quand la teneur est inférieure à 20 mg/kg de gluten, « très faible teneur en gluten » quand elle est inférieure à 100 mg/kg de gluten. Point important : ce même règlement (UE) n° 828/2014 précise que l'utilisation d'ingrédients contenant du gluten est interdite dans la fabrication des préparations pour nourrissons et préparations de suite. C'est aussi à rappeler  : conformément au règlement (UE) n° 1169/2011, les informations fournies par les fabricants ne doivent pas induire les consommateurs en erreur, ni être ambiguës ou déroutantes pour les consommateurs. Le cas échéant, elles doivent être appuyées par des données scientifiques pertinentes. Enfin, il faut l'ajouter : l'étiquetage de précaution doit être pensé à destination des malades coeliaques (intolérants au gluten) mais aussi à destination des personnes souffrant d'allergie aux autres protéines du blé.

Un scanner de poche pour détecter soi-même les allergènes

Au Canada, la start-up TellSpec a présenté, à l'état de concept pour l'instant, un scanner de poche dont le consommateur pourra se servir pour réaliser par lui-même la détection des six allergènes les plus courants (le gluten, le lait, l'arachide, les œufs, les noisettes et les fruits de mer) dans les aliments du commerce. La créatrice, Isabel Hoffman, raconte avoir eu l'idée de ce projet lorsque sa fille de 14 ans est tombée malade, atteinte d'une allergie, tardivement diagnostiquée. Au cœur du principe : un spectromètre miniature qu'on dirige vers l'aliment et qui enregistre un spectre qui est ensuite transmis et analysé par des algorithmes mathématiques hébergés sur les serveurs de la start-up. Le résultat obtenu, à savoir le détail de la composition du produit (avec calories, macronutriments, fibres et index glycémique), est envoyé sur le smartphone de l'utilisateur via une application dédiée.  Il reste à savoir quels aliments pourront être analysés par cette technologie, et avec quelle précision. Selon une experte à l'Irs-tea, la spectrométrie ne permet pas de détecter les composants à l'état de trace, à plus forte raison dans les aliments complexes analysés directement sans préparation de l'échantillon. C'est sans doute la raison pour laquelle la start-up indique se concentrer sur l'analyse des aliments simples (les fruits, les légumes, les graines et les produits laitiers), dans un premier temps, avec une base de données qui reste à construire.