Nestlé France a sélectionné le projet de deux investisseurs pour la reprise de son usine de Challerange qui produit actuellement 12 000 tonnes de poudre de lait destinée à 100% à l’export. Le site a vu son activité baisser de 50 % depuis 4 ans. Sa reprise passerait par la création d’une PME ad hoc, la Société laitière des Ardennes, et un investissement de 13,5 millions d’euros, notamment pour une reconversion progressive de la production vers les produits ultra-frais à destination du hard-discount et des MDD. Soutenu par la Défense laitière du Nord-est, une fédération de coopératives de producteurs de lait régionaux, ce projet qui inclut le maintien de la totalité des effectifs, a été mal accueilli par les salariés de l’usine, qui craignent une baisse des salaires et une fermeture à terme de l’usine.
Après Saint-Menet, près de Marseille, pour l’activité chocolat/café, Nestlé France poursuit la restructuration de sa production avec la cession de son site laitier de Challerange (Ardennes). Le 19 octobre, une proposition de reprise de cette usine qui produit de la poudre de lait destinée à 100 % à l’exportation a été présentée au Comité central d’entreprise (CCE). La direction du groupe, qui cherche un repreneur depuis deux ans pour ce site, a choisi le projet de deux investisseurs, Robert Abbes et Jean-Louis Sena, basé sur la reconversion progressive du site vers les produits ultra-frais (yaourt, crème, fromage blanc). La PME Société laitière des Ardennes (SLA) serait créée pour l’occasion et permettrait de conserver l’intégralité des 82 emplois de l’usine et de maintenir une activité qui fait vivre environ 320 producteurs de lait de la Défense laitière du Nord-est (DLNE). Cette fédération locale regroupant cinq coopératives et un groupement de producteurs de lait des Ardennes et de la Marne prendrait d’ailleurs part au capital de la SLA à hauteur de 1,5 million d’euros. Un actionnariat minoritaire « à hauteur de 16 à 17 % » qui « ne ferait pas tomber cette usine dans le giron des coopératives », précise toutefois Olivier Pinchon, directeur de la DLNE.
Inquiétude des salariés
Pour aider au démarrage de cette PME, Nestlé France se serait d’ores et déjà engagé à signer un contrat de sous-traitance de 6 ans pour la production de poudre de lait. Par cet accord, le géant de l’agroalimentaire ferait passer progressivement ses commandes de 12 000 à 3 000 tonnes. Le projet de reprise inclut également un investissement de 13,5 millions et un objectif de 80 000 tonnes de produits ultra-frais fabriqués à l’horizon 2009, à destination du hard-discount et des MDD. Combinée avec le maintien d’une production de 10 à 15 000 tonnes de poudre de lait, toujours à destination de l’export, cette activité permettrait « sur le papier » de faire monter les effectifs de l’usine autour de 110 salariés. Des prévisions ambitieuses au regard des 12 000 tonnes de poudre de lait produites pour 2005.
Et une « construction de château de sable » pour Jean-Pierre Ribout, membre permanent CGT du CCE de Nestlé France. Les salariés, qui ont manifesté leur désapprobation par un mouvement de grève le 18 octobre – une première pour cette usine – « n’y croient pas du tout». « Nous ne sommes pas contre un repreneur, mais [ce projet] ressemble surtout à une politique de court terme. On ne croit pas à un développement de l’emploi. » Outre une revue à la baisse des salaires, les employés mettent en cause la viabilité à terme du projet. « Les marges sont trop difficiles sur ce secteur, même les agriculteurs savent que le yaourt ne rapporte rien. Dans un contexte de guerre des prix, on ne donne pas cher de l’usine », explique le syndicaliste.
De son côté, la DLNE indique dans un communiqué qu’au contraire, « les marges actuellement réalisées sur les produits frais sont de nature à donner des perspectives d’avenir à l’entreprise » et que sur les deux offres de reprises faites à Nestlé, « celle-ci est de loin la plus cohérente ». Sur le secteur des produits laitiers ultra-frais que certains estiment déjà saturé mais où les produits de marques ne cessent de perdre du terrain face aux MDD, SLA compte grignoter petit à petit des parts de marché.
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Une baisse de 50% de la production du site depuis 2001
« Si ce projet n’était pas viable, Nestlé ne l’aurait pas retenu », tempère Dominique Moreau, directeur de l’usine de Challerange, ajoutant que « Jean-Louis Abbes possède une certaine expérience du secteur vu qu’il commercialise déjà des produits Nestlé dans le hard-discount. De toute façon, c’est ça ou la fermeture ».
Depuis 4 ans, le site subit la baisse des soutiens communautaires de Bruxelles à l’export, dans le cadre de la réforme de la PAC, et la concurrence des pays à plus faible coût de production laitière comme l’Australie ou la Nouvelle-Zélande. Son activité s’en est durement ressentie, le volume des tonnages de poudre affichant une baisse de 50 % sur cette période.
La direction de Nestlé France, qui poursuit l’optimisation et la concentration de ses sites dans l’Hexagone, devrait présenter dans le détail le projet « SLA » aux salariés de l’usine de Challerange la deuxième semaine de novembre.