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Chambres d’agriculture et entreprises de l’eau plaident pour la réutilisation de l’eau

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Dans le cadre du Varenne agricole, chambres d’agriculture et entreprises de l’eau affichent un front commun sur la réutilisation de l’eau. Une idée qui pourrait répondre, selon le Cerema, à l’ensemble des besoins d’irrigation, tout en créant de nouvelles ressources du côté des entreprises, et en abaissant les coûts pour les producteurs.

L’idée n’est pas neuve, mais le contexte incite à la ressortir des cartons. Alors que le climat changeant devrait augmenter les besoins en eau dans de nombreuses filières, et que les projets de retenues peinent à aboutir partout en France, la réutilisation ouvre de nouveaux horizons. Et loin d’être anecdotique, selon un rapport publié en juin par le Cerema, l’utilisation des eaux usées retraitées pour irriguer au lieu de leur rejet dans les milieux naturels représenterait un potentiel de 1,6 milliard de m3 par an, soit la moitié des 3,2 milliards de m3 prélevés chaque année pour l’agriculture (données 2016, OIEEau).

Pourtant, les dispositions actuelles, tant européennes que françaises, ne facilitent pas la réutilisation, regrettent la Fédération professionnelle des entreprises de l’eau (FP2E) et l’APCA (chambres d’agriculture). Le Varenne serait donc l’occasion pour ces organisations de faciliter la mise en œuvre sur le terrain de la réutilisation, au travers de plusieurs adaptations. « Nous avons demandé que tous les PTGE (projets de territoire pour la gestion de l’eau, ndlr) intègrent le sujet de la réutilisation », indique Maximilien Pellegrini, président de FP2E à l’occasion d’une conférence de presse le 9 décembre.

Autre exigence : « La réglementation sur la réutilisation doit permettre d’adapter la qualité aux usages », poursuit Maxime Pellegrini. Pour l’heure, détaille-t-il, seules les eaux répondant aux critères de catégorie A, définis par un arrêté de 2014, peuvent être utilisées pour l’irrigation agricole. Un niveau de qualité représentant une eau « quasiment potable », selon Maximilien Pellegrini. Or un règlement européen de 2020 prévoit qu’une eau de qualité inférieure peut servir à l’irrigation « en utilisant, à un stade ultérieur, plusieurs solutions de traitement ».

Trente-deux projets agricoles en cours

Selon le Cerema, près de 63 projets de réutilisations seraient en cours en France, dont 32 serviraient à l’irrigation agricole. Au-delà de l’exemple emblématique des pommes de terre de Noirmoutier ou de l’Ile de Ré, des eaux réutilisées irrigueraient également des parcelles expérimentales de vigne et d’oliviers de l’Inrae, des pépinières en Maine-et-Loire, ou même des prairies dans la Manche. Autant de projets qui nécessitent un retraitement des eaux en sortie de station d’épuration, soit par un simple lagunage, soit par des procédés plus complexes recourant aux UV ou à la filtration membranaire.

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Les collectivités devront donc mettre la main à la poche pour assurer ces traitements complémentaires, soit directement, soit en ajoutant des clauses complémentaires aux marchés publics détenus par les mêmes entreprises de l’eau. Des frais qui, selon Maximilien Pellegrini, pourraient être aussi amortis par « une tarification progressive » de l’eau en fonction de sa qualité.

« Aujourd’hui, l’eau agricole a un coût », acquiesce le vice-président de l’APCA André Bernard. Alors que les agriculteurs payent des redevances de 1 à 4 centimes d’euros par m3 en fonction des bassins, l’enveloppe pourrait même s’élever à plusieurs milliers d’euros pour ceux qui irriguent de grandes surfaces. Pourtant, reconnaît André Bernard, même si des volumes significatifs et des économies sont à la clé, « on ne traitera pas le problème de l’eau uniquement avec la réutilisation, certaines pratiques devront changer ». En 2015, Xavier Beulin avait déjà noué un partenariat avec Veolia, qui visait, en plus du développement de la méthanisation, à mener des expériences pilotes pour valoriser « les eaux usées recyclées ».

« Aujourd’hui, l’eau agricole a un coût »

« On ne traitera pas le problème de l’eau uniquement avec la réutilisation »

Pesticides dans l’eau : envisager des traitements curatifs en plus du préventif

En 2018, l’APCA et la FP2E avaient déjà noué un partenariat visant « la protection d’aires d’alimentation de captage d’eau prioritaires », avec une dizaine de sites pilotes dédiés à l’agriculture biologique ou aux filières à bas intrant. Pourtant, constate Tristan Mathieu, délégué général de la FP2E, « il n’y a pas d’amélioration sensible de la qualité des nappes d’eau », notamment en matière de concentrations en pesticides. Comme il l’explique, les entreprises disposent pourtant aujourd’hui des techniques permettant supprimer la plupart des molécules et leurs dérivés, afin de garantir une qualité potable aux consommateurs. Alors que la ressource se raréfie dans un contexte de changement climatique, « dans les captages fermés qui posent encore des problèmes, il faudrait peut-être envisager des traitements curatifs, en plus du préventif », plaide le délégué général.