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Coopérative Champagne Céréales doit rebondir malgré la crise mondiale du malt

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Champagne Céréales a subi le contrecoup de la crise de la malterie mondiale. Ajouté à cela, une récolte marquée par des conditions climatiques pénalisant à la fois les rendements et la qualité, c’est ainsi que le dernier exercice de Champagne Céréales fut marqué par la décroissance. Le groupe dégage néanmoins un résultat net part du groupe de 8,5 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 1,103 milliard d’euros, en hausse de près de 5 %. Champagne Céréales veut accélérer son développement dans l’aval, que ce soit dans l’alimentaire comme dans le non-alimentaire, en s’appuyant notamment sur la création de son véhicule financier nouveau, SICLAE.

L’exercice 2005-2006 aura été « une année de décroissance » pour Champagne Céréales. Avec une collecte en baisse de 9 % (2,384 millions de tonnes), une moindre consommation d’intrants (baisse de 3 % du chiffre d’affaires), le 11e groupe coopératif français a surtout subi de plein fouet la crise mondiale du malt, via sa filiale Malteurop. La collecte décevante en céréales affecte également la proportion de blés (50 % de la collecte) valorisés en meunerie, qui passe de 25 % à 19 % d’un exercice à l’autre.

Les principaux chiffres présentés lors de la réunion d’information tenue à Reims le 14 décembre dernier en témoignent. Le chiffre d’affaires de la coopérative (760 salariés) s’élève à 562 millions d’euros (-1,43 %) avec une MBA stable de 21,5 M EUR et avec néanmoins un résultat net en hausse, à 10,2 M EUR (+12,25%).

Le groupe Champagne Céréales, qui emploie 1440 personnes et qui consolide au bilan les activités de 86 sociétés associées, affiche quant à lui un chiffre d’affaires de 1,103 milliard d’euros (+5%) et un résultat de 8,5 M EUR contre 9 M l’an passé.

Même si le groupe a maintenu sa production mondiale de malt à 1,1 million de tonnes, ce qui le place au troisième rang mondial, il a néanmoins été fortement affecté par la dépression mondiale du secteur. C’est la raison pour laquelle Champagne Céréales a décidé de fermer ses installations de Reims en février 2006 tout en annonçant néanmoins sa volonté de rebondir dans les pays de l’Est ainsi qu’en Espagne.

Malteurop dégage un résultat négatif de 6,1 M EUR sur l’exercice, ce qui affecte directement le résultat d’exploitation de l’exercice du groupe. Mais Malteurop compte bien reprendre la main dans le malt (voir encadré) et affiche un certain optimisme pour l’horizon 2007-2008.

Améliorer la performance dans un marché sans croissance

Par contre, les autres filiales les plus importantes du groupe comme NutriXo, spécialisée dans la meunerie (marque Francine) et les produits de panification surgelés (marque Banette et Campaillette) ou COPAM, (aliments du bétail) se sont mieux comportées.

Avec un chiffre d’affaires de 787,5 M EUR, la filiale panification du groupe affiche un résultat de 17,3 M, en hausse de 11 %, grâce notamment aux développements internes et surtout à de nouvelles croissances externes sur un marché plus que porteur. « Hier la priorité de NutriXo, c’était son désendettement, aujourd’hui c’est une croissance rentable », a précisé Laurent Jubert, le directeur général de Champagne-Céréales. NutriXo avait racheté consécutivement Maître Fournil (spécialiste des viennoiseries prêtes à cuire) et qui réalise un chiffre d’affaires de 50 M EUR en 2005, puis les établissements Krabansky en 2006, dont l’une des spécialités est de fabriquer des pains sur sole. Ces derniers sont implantés à Dunkerque et à Béthune (voir encadré 2). « Dans ces outils industriels, nous sommes en train d’investir dans les fins de lignes, ce qui nous permet notamment de réduire nos coûts d’emballage », a indiqué Laurent Jubert.

« Comment améliorer sa performance dans un marché sans croissance ? », s’interrogea de son côté Pascal Prot, le président de Champagnes Céréales, en concluant les travaux de l’AG.

« Seules les alliances des forces coopératives et la mise en commun de leurs moyens peuvent permettre de repousser les limites d’une absence de croissance », a-t-il souligné. C’est aussi une des raisons qui a poussé les dirigeants à la création de Sévéal (en cours de finalisation) qui vise à organiser l’amont dès le 1er juillet 2007 pour la distribution de phytos et le 1er juillet 2008 pour les engrais.« Nous ne ralentirons pas nos développements dans l’aval pour autant. Bien au contraire ! Nous y voyons l’occasion d’accélérer nos projets », a expliqué le successeur de Jacques de Bohan à la présidence du groupe.

SICLAE, le nouvel instrument sur lequel s’appuyer

Après la dépression rencontrée durant les deux dernières campagnes (baisse de qualité des céréales et des rendements), « l’euphorie a désormais gagné la plaine en cette fin d’année ». La flambée des matières premières amène certains adhérents à remettre en cause les investissements dans l’aval. C’est une analyse qui n’est pas partagée par le conseil de Champagne Céréales qui décèle néanmoins dans ce nouveau contexte de marché le début d’une ère nouvelle. « Celle du retour à la fierté d’être agriculteur, un métier qui retrouve confiance et foi en l’avenir », expliquera Pascal Prot.

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Il n’empêche que le président s’interroge : « Nous sommes passés en l’espace de quelques mois du statut de producteur d’excédents à celui d’affameur du monde» ! N’empêche, Champagne Céréales a la volonté de « fédérer les énergies, d’imprimer chaque jour une réelle volonté d’agir, pour aller encore plus vite et plus loin » !

Champagne Céréales poursuit donc son développement à grande vitesse en s’appuyant sur Siclae, « un véhicule dont on devrait entendre beaucoup parler à l’avenir ». Siclae a été créé en 2005. Il est détenu à 62,25 % par Champagne Céréales, à 14 % par EMC2 et 19,26 % par Nouricia ainsi que par deux coopératives, La Champagne de Coligny et la Coopérative agricole de Sézanne, à hauteur de 4,49 %. Siclae devrait encore s’ouvrir à d’autres coopératives dans l’avenir. Car à l’image d’autres coopératives, les dirigeants de Champagne Céréales ne sont pas convaincus que les fusions soient la meilleure façon d’avancer.

Siclae permettra de réunir la plupart des coopératives du Nord-Est pour investir dans le non-alimentaire comme dans la transformation des produits agroalimentaires. Il permettra, à l’image de ce qu’a créé Epis-Centre (Ariane SA), d’attribuer dans l’avenir des dividendes à ses adhérents.

« Nous sommes en train de participer à la construction de ce pôle Agro-Ressources, qui sera la dernière chance de la région Champagne-Ardenne de pouvoir se faire reconnaître au niveau mondial en dehors de la seule production de champagne ! », s’est exclamé Pascal Prot.

Nouveaux développements en Ukraine

Champagne Céréales s’est également lancé « dans la conquête de territoires à fort potentiel de croissance ». C’est le cas avec son installation en Ukraine. « Malteurop est présent en Ukraine depuis 2001. Il y possédait deux activités bien distinctes : le maltage du grain avec son partenaire Interbrew et une activité de collecteur d’orges et de conseils agricoles pour cette culture. Malteurop a remis à plat ces deux activités en 2005. La société s’est désengagée du métier de collecteur d’orges pour ne se consacrer qu’au maltage. L’activité collecte d’orges a quant à elle été reprise par Cham-pagne Céréales qui vient de créer Desnagrain en 2006, pour accompagner notamment les agriculteurs ukrainiens.

Desnagrain vient d’acquérir dans la région deux silos ainsi qu’une station de semences. « Notre installation dans ce pays est excessivement importante », a commenté Pascal Prot en poursuivant : « Si on s’installe là-bas, c’est pour la création de valeur pour nos adhérents. On veut y développer la méthode Cham-pagne Céréales avec le modèle Cham-pagne Céréales ». Le groupe est en train d’y étudier également deux projets de production de diester d’une capacité totale de 100 000 tonnes de colza.

Ambitions dans la raffinerie verte

Le groupe Champagne Céréales ne néglige pas pour autant les projets hexagonaux de « raffinerie verte » qui font depuis plusieurs mois l’actualité des journaux. Dans ce domaine, les niveaux d’investissement sont tels qu’il convient que le groupe fédère les énergies autour de Siclae. Il y a d’abord le projet Cristanol, puis l’usine de trituration implantée sur le site du Mériot à Nogent-sur-Seine (10). Cette usine devrait traiter un million de tonnes de colza et être en fonctionnement pour la récolte de l’an prochain. Siclae y est entré à hauteur de 32 % en regroupant une vingtaine de coopératives dans ce projet, mené conjointement avec Sofiprotéol (60 %) et dénommé LMT Oléagineux. Cham-pagne Céréales, à travers une joint-venture créée avec INEOS (groupe British Petroleum), mène également un projet d’estérification à Baleycourt près de Verdun pour la production de 220 000 tonnes de biogasoil.

Ces trois projets représentent un investissement d’environ 450 millions d’euros, s’organisent autour du pôle de compétitivité Agro-Ressources et s’appuient sur l’expertise d’ARD dont Champagne Céréales est actionnaire de référence.

Enfin, Champagne Céréales vient de répondre conjointement avec Dalkia, à l’appel d’offres du ministère de l’Economie le 9 décembre dernier concernant la valorisation de la biomasse pour la production d’électricité et de chaleur. Le projet C5D vise à produire 21 MWH (l’équivalent d’une ville de 25 000 habitants) à partir de biomasse. Il devrait être implanté à Bazancourt. C’est sans compter enfin avec le projet d’usine de pâte à papier à base de paille dont l’implantation est prévue dans le sud de la Marne et qui, contrairement au procédé classique, utilise l’acide acétique pour détruire les fibres de cellulose. Quant aux biocarburants de deuxième génération dont il a beaucoup été question au cours de cette réunion en présence de Marion Guillou, p.-d.g. de l’INRA, les études progressent actuellement après les accords signés entre l’INRA, l’Institut Français du Pétrole et Champagne Céréales.