Maxime Toubart, le nouveau président du syndicat des vignerons de la Champagne (SGV), a alerté ses adhérents sur des symptômes de déclin du poids des vignerons, qu’il conviendrait de prendre en compte sans délai, a-t-il souligné lors de sa première assemblée générale, le 29 avril à Épernay. Parmi ces symptômes, la progression des autres vins effervescents et des comportements individualistes, la montée du prix des vignes.
« Les évolutions sont lentes, mais elles s’installent », a mis en garde le nouveau président du syndicat général des vignerons de la Champagne, élu en mars, mettant en exergue des tendances dangereuses pour la notoriété à terme d’un produit qui repose sur la confiance du consommateur et l’excellence du savoir-faire.
Il a énuméré ces symptômes inquiétants : les vignerons perdent des parts sur le marché du champagne, ils vendent de plus en plus leur raisin au négoce au lieu de le vinifier eux-mêmes ; le négoce gagne des parts de marché ; les comportements individualistes profitant de l’image du champagne progressent ; les autres vins effervescents gagnent du terrain ; le prix des vignes atteint des sommets.
Une logique de rente
Pour les vignerons de Champagne, la toile de fond est celle-ci : « On voit émerger un nouveau type d’exploitants, qui reprennent des vignes pour les faire faire en prestation, dans une logique de rente, sans s’impliquer dans le métier », a décrit Maxime Toubart. Ce relâchement du dynamisme peut aboutir à des « comportements individualistes », qu’un des intervenants à une des deux tables rondes organisées, Olivier Belin, vigneron et co-président de « l’association des ambassadeurs du terroir », a dénoncés : « Certains veulent bien profiter de l’image du champagne, mais sans contribuer à l’effort collectif. À ceux-là, je dis : “retire le mot champagne de ta bouteille et ta bouteille ne vaudra plus grand-chose “».
Maxime Toubart a développé une des « évolutions lentes », la courbe des expéditions de champagne de vignerons : la moyenne annuelle de l’érosion est de 2 à 3 %. « Le recul n’est pas brutal, mais en huit ans c’est un effondrement de près de 20 % ». Le prix du raisin a augmenté ces dernières années, passant d’environ 4 à 6 euros le kilo entre 1994 et 2014. Les vignerons se lient ainsi peu à peu aux maisons de négoce et laissent s’échapper la valeur ajoutée.
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Face à cette dépendance croissante, l’ambition du SGV est de « renforcer le poids du vignoble dans les équilibres interprofessionnels ». Maxime Toubart veut un SGV « reconnu et rassembleur » et a promis de travailler à renforcer le lien entre le syndicat et ses adhérents, car « certains n’ont aucune conscience de notre action ».
Il a promis aussi d’aller « encore plus loin » dans l’accompagnement de la commercialisation de champagne par le vignoble, autrement dit par les vignerons et les coopératives. Il a proposé notamment de développer des services aux exploitants. Le SGV a justement annoncé ce jour un partenariat avec la société Advanced Track & Trace. Par ce partenariat, la société inscrira sur la coiffe des bouteilles de champagne vendues par les vignerons des « tatouages numériques » comprenant des codes pour suivre les ventes partout dans le monde et de traquer la contrefaçon.
"Certains veulent profiter de l'image du champagne sans contribuer à l'effort collectif"
Une inquiétude : la réglementation du logement des salariés à la maison
En marge de leur assemblée générale, les vignerons de la Champagne ont fait part d’une inquiétude : un projet visant à réglementer le logement des salariés à la maison, lors des vendanges. La réglementation, française, qui est à l’étude, nécessiterait d’aménager voire de construire des pièces dédiées à l’hébergement des saisonniers, comportant des surfaces réglementaires (tant de mètres carrés par personne). « Cela reviendrait à tuer ce qui reste d’une tradition festive », celle de l’hébergement à la maison, de façon informelle, s’est insurgé Maxime Toubart. Ces hébergements de fortune se font pour des durées de jours limitées et dans un esprit de vie commune avec la famille et l’entourage des vignerons, a-t-il souligné. Les vignerons souhaitent qu’une dérogation soit décidée pour leur activité. « Je ne comprends pas pourquoi on nous court après », s’est-il exclamé. La réglementation n’allant pas inspecter les conditions d’hébergement dans les caravanes, « nous serons amenés à faire appel à des prestataires qui louent des caravanes et des baraquements type Algéco ».