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Champagne : une belle vendange mais des exploitations familiales menacées

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En Champagne, la vendange exceptionnelle du cru 2018 ferait presque oublier les difficultés fiscales et de recrutement de main-d’œuvre saisonnière, qui fragilisent les exploitations familiales. Mais les débats sur la fiscalité et le dispositif de TODE (travailleurs occasionnels demandeurs d’emploi) remettent ces questions au-devant de la scène pour les vignerons champenois.

La vendange 2018 pour la fabrication du champagne est d’une qualité « exceptionnelle », avec un état sanitaire « impeccable » et après les « conditions idéales » de la floraison et de la maturation, a indiqué le 25 septembre le Syndicat général des vignerons de champagne (SGV), dans son bilan de récolte.

L’ombre au tableau est toujours la fiscalité. Malgré les mesures proposées le 21 septembre par le gouvernement pour alléger les droits de succession sur les exploitations, « le compte n’y est pas », a indiqué Maxime Toubart, président du SGV. Le syndicat a calculé que pour un hectare de vignes de champagne, l’allégement ne représenterait que 10 000 € : les droits à payer seraient de 96 000 € par hectare contre 106 000 actuellement, où nombre d’exploitants vendent leur vignoble aux maisons de négoce. Le résultat est déjà quantifié : le nombre d’exploitations moyennes, de 1 à 5 hectares, a diminué de 6 % ces dix dernières années, tandis que le nombre d’exploitations de moins d’un hectare a augmenté de 8 %. Les vignerons champenois ont lancé un cri d’alarme à la veille de l’ouverture des discussions au Parlement sur la réforme de la fiscalité agricole.

De plus en plus d’obstacles à l’embauche de saisonniers

Ils ont également alerté les élus et décideurs publics sur la difficulté croissante à recruter de la main-d’œuvre saisonnière. En application des dispositions en vigueur pour le logement des vendangeurs, une pièce destinée au sommeil ne peut recevoir que 6 travailleurs. Sa superficie minimale doit être de 9 m2 pour le premier occupant et de 7 m2 pour les occupants supplémentaires. Pour loger 6 personnes, un minimum de 44 m2 est donc nécessaire. « Cette mesure engendre une pénurie d’offres d’emplois logés à la vendange (moins de 10 % actuellement) », a démonté Maxime Toubart.

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De plus, l’exonération des cotisations salariales du contrat vendange a été supprimée en 2015 et la future suppression du TODE engendrera un coût supplémentaire de 15 M€ pour la seule appellation « champagne », a calculé le SGV.

Dans le vignoble champenois, la vendange est manuelle, de par le cahier des charges de l’appellation. Mais à terme, la difficulté à recruter « reposera le débat de la pertinence de la vendange mécanique », avance-t-on au SGV.

Maxime Toubart, président du SGV : « Le compte n’y est pas »