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Changer l’alimentation des poulets de chair permet de réduire le bilan azoté des élevages

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Les émissions d’ammoniac dans les élevages de volailles affectent la santé des animaux et des éleveurs. Crédits : © Thomas Quinn-Pixabay

D’après une récente étude de l’Inrae et de l’université Laval à Québec, diminuer la teneur en protéines et en potassium de l’alimentation des poulets de chair permet de réduire les émissions d’ammoniac des élevages et d’améliorer leur santé et celle des éleveurs. 

Avec près de 14 000 élevages, la filière avicole française est la troisième productrice de volailles en Europe. Les déjections de ces animaux contribuent à l'émission d’azote, notamment sous forme d’ammoniac, « un gaz aux effets négatifs importants sur l’environnement (acidification des sols, eutrophisation), mais également sur la santé des animaux et des éleveurs », selon le communiqué d’Inrae du 13 juin 2025. 

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Des chercheurs d’Inrae et de l’Université Laval (Québec) ont étudié les effets d’un changement d’alimentation des poulets de chair sur le bilan azoté, la composition de la litière et les émissions gazeuses des élevages. En se basant sur de précédentes études, l’équipe a testé une alimentation à teneur réduite en protéines et en différents sels minéraux qui composent la balance électrolytique. L’étude a été menée par Théophane de Rauglaudre, chercheur en nutrition animale à l’Université Laval et Inrae et auteur principal de l’étude, aux côtés de Bertrand Méda, ingénieur de recherche à Inrae Val de Loire. Leurs résultats ont été publiés dans la revue Biosystems Engineering le 28 mai 2025. 

Les chercheurs ont testé quatre régimes alimentaires : un régime témoin (T), un régime avec une teneur réduite en protéines et en potassium (PB-) et deux régimes avec la même teneur réduite en protéines avec ajout de potassium pour l’un (PB-K+) et de sodium pour l’autre (PB-Na+). 

Diminution des émissions d'ammoniac

À la fin des essais, les chercheurs ont noté que « la réduction de la teneur en protéines brutes dans l’alimentation des poulets de chair, surtout lorsqu’elle est combinée à une réduction de la balance électrolytique, constitue une stratégie efficace pour réduire les pertes azotées sous forme d’ammoniac dans les élevages ». 

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Dans leurs conclusions, ils remarquent en effet que le régime PB-, à plus faible teneur en protéines et en potassium, est celui qui a le plus contribué à diminuer les émissions d’ammoniac, avec une réduction de 72 % par poulet avec le régime PB-, contre 47 % avec le régime PB-K+. « Pour ce qui est de diminuer l’impact lié à l’azote, la balance penche clairement en faveur des régimes à teneur réduite en protéines et potassium », souligne Théophane de Rauglaudre. De plus, le pH de la litière a été réduit par la diminution de la teneur en potassium dans le régime PB-, participant aussi à une moindre émission d’ammoniac.

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Cependant, les trois régimes alimentaires à teneur réduite en protéines se sont accompagnés d’une réduction du poids des poulets de 5 à 6 % par rapport au groupe témoin, ce qui peut pénaliser son adoption future par la filière. Pour Théophane de Rauglaudre, cela n’est pas forcément un sujet d’inquiétude : « Nous avons réalisé une méta-analyse basée sur 29 articles qui montre que statistiquement il n’y a pas d’effet négatif de la teneur en protéines sur les animaux tant que les acides aminés essentiels sont contrôlés. On sait qu’en conditions un peu plus proches du terrain, quoique toujours expérimentales, il n’y a pas d’effet. » 

« Si on intègre les bénéfices en termes de santé des animaux, des travailleurs, et des écosystèmes dans la balance économique, ça change potentiellement la donne car le surcoût de la stratégie alimentaire à teneur réduire en protéines et potassium est probablement inférieur aux économies réalisées sur les effets néfastes de l’ammoniac », conclut Bertrand Méda.