La hausse des prix de l’électricité et du gaz coûte 227 M€ aux industriels de la charcuterie, estime leur fédération, la Fict. Un argument mis en avant pour demander une nouvelle loi sur les négociations commerciales, comme envisagé par le président de la République.
Emmanuel Macron a ouvert la porte, les industriels de la charcuterie s’y engouffrent. En matière de négociations commerciales, « des évolutions seront rapidement nécessaires notamment du fait des variations sans précédent du coût de l’énergie », estime Bernard Vallat, président de la Fict (charcutiers industriels), lors des Assises du syndicat le 20 septembre à Paris. Quelques jours plus tôt, le 9 septembre, Emmanuel Macron avait évoqué une probable nouvelle loi sur les négociations commerciales en cas d’échec d’Egalim 2.
L’argument massue de la Fict : la flambée de l’électricité et du gaz, qui engendre un surcoût de 227 millions d’euros (M€) par rapport à 2021 pour l’industrie de la charcuterie. D’après un sondage auprès de ses adhérents, la fédération estime que l’énergie représente en moyenne 5,1 % du chiffre d’affaires des industriels, contre 1,8 % en 2021. « Les ménages passeront entre les gouttes. Mais pour les entreprises qui doivent renégocier leur contrat [de fourniture d’énergie] pour 2023, malheureusement, il n’y a guère de solutions à court terme », déplore Philippe Chalmin, président du Cercle Cyclope. Une situation appelée à durer, selon l’économiste. Pour M. Chalmin, la crise actuelle est surtout liée à « la transition énergétique telle que conçue par l’Union européenne : en privilégiant les énergies renouvelables, mais en proscrivant le gaz de schiste et le nucléaire, nous avons tout fait pour mettre notre tête sur le billot russe. »
« Urgence » à boucler les renégociations
Pour les charcutiers industriels, à la flambée de l’énergie s’ajoute la hausse des matières premières carnées (+64 % pour le porc au marché de référence de Plérin depuis janvier), qui représentent la moitié de leur coût de production. Sans oublier les augmentations des prix du transport, des emballages, ou encore de la main-d’œuvre. « Il y a urgence à trouver une issue très rapide et positive aux renégociations commerciales en cours pour préserver la viabilité de nos entreprises », martèle le directeur de la Fict Fabien Castanier.
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Invitée à conclure les travaux de la Fict, Sophie Primas, présidente de la commission des Affaires économiques du Sénat, a appuyé la demande de la Fict d’une nouvelle loi sur les négociations commerciales. « Il y aura des choses à améliorer dans les mois qui viennent », a lancé la sénatrice des Yvelines, notamment parce que « l’expérimentation de la hausse du SRP (instaurée par la loi Egalim 1, NDLR) prend fin au premier trimestre 2023 ».
L’un des rayons les plus rémunérateurs
Les négociations commerciales sont un cheval de bataille de longue date de la Fict, qui a rappelé que le rayon charcuterie est l’un des plus rémunérateurs pour les grandes surfaces : il dégage 6,9 % de marge nette, contre 2,3 % pour l’ensemble des rayons, selon les chiffres 2020 de l’Observatoire de la formation des prix et des marges (OFPM). Toujours selon l’OFPM, entre 2016 et 2021, la part du prix du jambon cuit revenant aux distributeurs a gonflé de 53 % quand celle allouée aux charcutiers industriels reculait de 5 %.
Instaurant la non-négociabilité du prix des matières premières agricoles, « la loi Egalim 2 a été faite pour l’agriculture, moins pour l’agroalimentaire », reconnaît Sophie Primas. « Nous voyons bien que les distributeurs négocient sur les matières premières industrielles, vous êtes les victimes collatérales », a-t-elle lancé aux fabricants. Dans ce contexte, « les industriels de l’agroalimentaire comptent sur nous pour les défendre », note Christiane Lambert. Alors que les charcutiers transforment les trois quarts de la production porcine française, « nos sorts sont liés, affirme la présidente de la FNSEA. Il n’y a pas d’éleveurs de porcs heureux sans des transformateurs qui gagnent leur vie. »