Alors qu’une réforme de la chasse s’annonce, la direction de la Fédération nationale des chasseurs (FNC) subit les feux croisés du ministre démissionnaire, qui a critiqué la présence de leur conseiller politique Thierry Coste à l’Élysée, et de la FNSEA. Sur le fond, la FNSEA dit s’inquiéter du contenu de la réforme encore en gestation et de l’influence politique de la FNC. Elle craint en particulier la mise en place par l’État d’une « taxe à l’hectare » pour élargir le financement des dégâts de gibier, aujourd’hui assuré par les chasseurs.
La Fédération nationale des chasseurs (FNC) ne se démonte pas. Elle a défendu vertement la présence du lobbyiste Thierry Coste lors d’une réunion à l’Élysée le 27 août. Une présence qui avait été dénoncée par le ministre de l’Écologie démissionnaire lors de son passage sur France Inter. Pour la FNC, « elle est naturelle de par ses fonctions de conseiller politique du président de la FNC et il a toujours été présent lors de ces entretiens. Par ailleurs, sa présence n’a pas été remise en cause lors des rendez-vous présidentiels. » L’indignation de Hulot est partagée par la présidente de la FNSEA Christiane Lambert, qui s’en est, quant à elle, prise aux dirigeants de la FNC : « Je n’ai aucun problème avec les présidents de fédérations départementales, donc si on a deux guerriers au plan national, il faut que les guerriers s’apaisent et disent la vérité », a-t-elle réclamé sur Radio Classique le 30 août, souhaitant « plus de chasseurs qui tuent plus de sangliers pour que nous ayons moins de dégâts ».
Division par deux du prix du permis de chasse
Entre les dirigeants de la FNSEA et de la FNC, le torchon brûle depuis le début de l’année, alors qu’une réforme de la chasse s’annonce, sur fond d’augmentation des populations de sangliers depuis 20 ans ( par 7 selon la FNSEA). Après avoir été reçu à l’Élysée par le président de la République, le ministre de l’Écologie et son secrétaire d’État Sébastien Lecornu, le président de la fédération, Willy Schraen, a annoncé dans un communiqué tard dans la nuit du 27 août que « le président de la République a validé le permis national à 200 euros dès la saison 2019-2020 », soit une division du prix par deux. Une victoire pour la FNC qui porte cette proposition depuis leur dernière assemblée générale au printemps, durant laquelle cette mesure avait été validée à 92 % des voix des présidents des fédérations départementales de chasseurs. Le prix du permis départemental resterait, lui, inchangé, annonce la FNC. Une vaine proposition, selon la FNSEA. « Le permis national est acheté par les 10 % des chasseurs les plus fortunés, commente Thierry Chalmin, en charge de la chasse à la FNSEA. Quand je lis que cette baisse va permettre de rendre les chasseurs plus mobiles, c’est une farce ».
« Ce sont les chasseurs qui ont voulu que le sanglier prolifère »
Ce n’est pas la seule critique de la FNSEA, qui a rencontré Sébastien Lecornu (secrétaire d’État auprès du ministre de l’Écologie) le 28 août. Elle craint d’abord la création par l’État d’une « taxe à l’hectare » pour financer les dégâts de grands gibiers, en lieu et place du timbre grand gibier national payé par les chasseurs. « Nous avons demandé à Sébastien Lecornu qui paiera cette taxe : les chasseurs, les propriétaires terriens, les communes ? Nous n’avons pas eu de réponse », assure Thierry Chalmin qui craint que les agriculteurs aient à contribuer eux-mêmes aux indemnisations des dégâts occasionnés sur leurs propres parcelles. « Ce sont les chasseurs qui ont voulu que le sanglier prolifère ; ils ont mis en place des outils pour développer les populations, il est donc normal qu’ils paient les dégâts », insiste-t-il.
De son côté, la FNC dément porter un tel projet – elle ne souhaite pas la disparition du timbre national, assure son directeur. En revanche, elle demande bien à l’État d’imaginer de nouveaux modes de financements, autres que les fédérations de chasse, pour financer les dégâts de gibier dans les zones non chassées, 30 % du territoire selon la FNC.
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Incompréhension à la FNC
Au sein de son propre réseau, la FNC porte par ailleurs le projet de rendre obligatoire dans toutes les fédérations départementales de chasse la « contribution territoriale », l’un des trois moyens pour ces fédérations de financer les indemnisations pour dégâts de gibier ; il s’agit d’une contribution qui peut varier à une échelle infra-départementale, en fonction des dégâts occasionnés dans les zones les plus touchées par ces dégâts.
Déjà en place dans certaines fédérations, la FNC souhaite la généraliser. « Il s’agit de responsabiliser les chasseurs, car on sait que 15 % des communes concentrent 95 % des dégâts ». En somme, de faire payer davantage les chasseurs de ces communes. La FNSEA est également opposée à cette évolution : « On se dirigerait vers une chasse d’élite. En quelque sorte, cela donnerait un droit de faire des dégâts à ceux qui ont les moyens de payer », estime la FNSEA.
La FNSEA est d’autant plus encline à faire cette critique qu’elle estime que la FNC projette de retirer à l’État certaines de ses fonctions dans la gestion du sanglier. Elle craint notamment un projet de retrait du sanglier de la liste des espèces nuisibles, explique Thierry Chalmin. Classement auquel est associée toute une série de prérogatives préfectorales (battues administratives, droits de destruction pour les agriculteurs au mois de mars…). Le directeur de la FNC, Nicolas Rivet, dément en bloc l’existence d’un tel projet, et plaide pour une incompréhension de la FNSEA ; la FNC défend en revanche l’idée d’étendre au mois de mars la période durant laquelle le sanglier est considéré comme gibier (période de chasse), qui s’arrête aujourd’hui en février.
« Je n’ai aucun problème avec les présidents de fédérations départementales », dit Christiane Lambert
15 % des communes concentrent 95 % des dégâts, selon la FNC