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Abeilles Chercheurs et apiculteurs engagent le dialogue à Montpellier

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Du 15 au 20 septembre, chercheurs et apiculteurs ont pu renouer le contact, lors du congrès international Apimondia de Montpellier. Des études récentes présentées à cette occasion démontrent les effets nocifs des pesticides systémiques à faibles doses sur les abeilles et leur effet cumulatif avec certaines maladies parasitaires. Mais le chemin sera long pour qu’un climat de confiance se rétablisse entre scientifiques, administration et professionnels.

Le malaise reste profond entre la recherche et les apiculteurs. Mais le congrès international Apimondia, qui a réuni 10 000 participants du 15 au 20 septembre à Montpellier, aura permis aux différents acteurs d’échanger sereinement. Pour cette 41e édition, l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf), chargée de l’organisation du congrès, a décidé d’animer, en marge des présentations scientifiques, plusieurs tables rondes pour donner la paroles aux apiculteurs. Et la question du rôle des pesticides dans la disparition des colonies de butineuses a bien sûr tenu une place importante dans ces discussions. « Le problème c’est que l’administration et la recherche nous disent « ce que tu vois n’est pas vrai » », résume Fransceco Panella, le président de l’Union nationale des apiculteurs italien (Unaapi).

Des tests de laboratoires confortent les apiculteurs
Pourtant certaines études confortent les apiculteurs dans leur diagnostic. Les analyses de Jean-Marc Bonmatin, chercheur au CNRS d’Orléans, montrent que les molécules systémiques de traitement de semences peuvent remonter dans la plante et se retrouver dans les feuilles mais aussi dans le pollen et le nectar récoltés par les abeilles. Selon les molécules et surtout les conditions climatiques, le fipronil (principe actif du Régent) ou le thiamethoxame (Cruiser) peuvent se retrouver en plus ou moins grandes proportions. Les recherches du laboratoire de toxicologie environnementale de l’Inra d’Avignon montrent que de faibles doses de fipronil et d’imidaclopride (Gaucho) entraînent une infection chronique des abeilles conduisant à la mort d’un nombre significatif d’individus dans un délai de 10 jours. Le fractionnement des doses de clothianidine (Poncho) augmente, quant à lui, énormément la mortalité des butineuses en comparaison de l’ingestion d’une dose équivalente administrée en une seule prise. « Nous avons obtenu des résultats identiques avec des molécules pourtant considérées comme inoffensives pour les hyménoptères », souligne Jean-Luc Brunet, chercheur à l’Inra d’Avignon.

Un effet synergique entre pesticides et nosémose
Enfin, les chercheurs de ce même laboratoire viennent de démontrer que l’interaction entre certains pesticides et la nosémose – maladie parasitaire des abeilles – pouvait avoir un effet d’additivité voire de synergie à fortes doses. Au regard de ces résultats expérimentaux, Jean-Luc Brunet se demande s’il « faut continuer de ne mesurer que les intoxications aigues 24 et 48 heures après application d’une molécule pour valider l’homologation des produits phytopharmaceutiques ? ». C’est cette révision des procédures d’évaluation des traitements de semences que souhaite l’association européenne d’apiculture (EPBA). Janine Kievitz, membre de l’association, a exigé la prise en compte des mortalités chroniques ainsi que la révision du mode de calcul du risque.
Seulement ces études de « laboratoire » ne suffisent pas à convaincre les pouvoirs publics d’interdire certaines molécules. « Il est déjà très difficile de montrer les impacts combinés des pesticides et des pathologies sur les colonies d’abeilles. Mais cela devient impossible à prouver sur une colonie en plein champ dans des conditions normales de production. Et c’est malheureusement ce qui manque aux pouvoirs publics aujourd’hui pour trancher » en faveur ou non des molécules incriminées par les apiculteurs, explique Marie-Pierre Chauzat, chercheuse au laboratoire de l’Afssa de Sophia-Antipolis.

Les organisations professionnelles doivent centraliser les informations
Mais comme le raconte Sophie Dugué, apicultrice dans la Sarthe, « il est difficile de déclarer nos intoxications de ruches car cela demande du temps à une période de l’année – l’été – où nous avons déjà beaucoup de travail. En plus il est difficile de porter plainte,, car cela veut dire que l’on attaque les agriculteurs qui sont aussi nos voisins ». Et si les analyses ne sont pas rapidement effectuées les molécules sont naturellement dégradées et rien n’est retrouvé dans les cadavres des insectes. Jean-Marc Bonmatin explique : « Les analyses que nous réalisons coûtent très cher et je trouve anormal que ce soit les apiculteurs qui doivent apporter la charge de la preuve. Maintenant, il appartient aux organisations apicoles de recueillir les plaintes pour organiser les analyses ». Ce serait là, en multipliant les expertises, le meilleur moyen de confirmer ou de démentir toutes les suspicions.

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