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Chez Danone, les fonds activistes provoquent la fin de l’ère Faber

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L’éviction, le 15 mars, du patron de Danone marque la victoire des fonds activistes qui militaient pour plus de rentabilité. Alors que le groupe avait déjà annoncé 2 000 suppressions de postes, les syndicats sont inquiets pour l’emploi et le dialogue social.

En quelques mois, les fonds activistes ont finalement réussi à faire tomber Emmanuel Faber. Le 15 mars, le conseil d’administration de Danone a débarqué le président-directeur général du groupe, au profit de l’ancien patron de Legrand Gilles Schnepp (1). Deux semaines plus tôt, le conseil d’administration avait annoncé la prochaine dissociation des fonctions de président et directeur général, toutes deux assurées par Emmanuel Faber. Un geste qui n’a pas suffi à satisfaire Bluebell Capital Partners et Artisan Partners : depuis fin 2020, ces deux fonds activistes anglo-saxons manœuvraient pour son départ pour cause de « performances financières » jugées trop faibles. Une divergence stratégique insoluble avec l’ancien dirigeant de Danone, qui soignait son image de patron social et avait transformé Danone en une « entreprise à mission ».

Désormais, la priorité du nouveau président de Danone « sera de conduire la transition, notamment à travers la recherche d’un nouveau directeur général », précise le groupe dans son communiqué du 15 mars. Cette nouvelle gouvernance « va renforcer l’entreprise au profit de toutes les parties prenantes », a salué Artisan Partners, dans un court communiqué. De son côté, le londonien Bluebell Capital Partners s’est félicité d’une décision « en parfaite adéquation avec [ses] demandes ». Et d’ajouter : « Ce sont des premiers pas décisifs pour remettre Danone sur une trajectoire de croissance rentable. » Le conseil d’administration du groupe français s’est efforcé de donner des gages aux deux fonds activistes, en se déclarant « convaincu de la nécessité d’allier un fort niveau de performance économique au respect du modèle unique d’entreprise à mission ».

Un groupe au capital dispersé

Au-delà du cas d’Emmanuel Faber, les interrogations sur l’avenir de Danone restent entières. Malgré la crise sanitaire, le bénéfice net de Danone a progressé en 2020 de 1,4 % à près de 2 Mrd€ (pour un chiffre d’affaires de 23,6 Mrd€). Une rentabilité jugée insuffisante par rapport à des concurrents comme Nestlé. M. Faber avait annoncé une réorganisation et la suppression à venir de 2 000 postes, dont environ un quart en France. Mais dans la bataille qui l’opposait à ses nouveaux actionnaires, il avait reçu le soutien de plusieurs syndicats de salariés (CFE-CGC, CFDT, FO). Après l’éviction d’Emmanuel Faber, « on est inquiet pour l’emploi, pour nos territoires », a réagi auprès de l’AFP Michel Coudougnes, coordonnateur SNI2A CFE-CGC (premier syndicat de Danone). « Cette situation semble donner raison aux fonds activistes qui avec quelque 3 % du capital arrivent à bouleverser un conseil d’administration », s’est-il ému. Avec le récent rachat de 3 % de Danone, Artisan Partners a été propulsé troisième actionnaire de ce groupe au capital dispersé.

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De son côté, Laurent Pouillen, coordonnateur Force Ouvrière, craint une mise en application de « la stratégie des fonds activistes » à la recherche d’une plus forte rentabilité, avec des « conséquences sociales très graves ». Les syndicats partagent aussi une inquiétude sur les modalités du dialogue social chez Danone. « Il y a un nouveau président qui arrive, Gilles Schnepp et on a besoin qu’il s’exprime maintenant », ajoute M. Pouillen, souhaitant une rencontre « le plus rapidement possible pour qu’il nous explique sa stratégie ».

« Le gouvernement se tait », dénonce la CGT

De son côté, la Fnaf-CGT met en avant, dans un communiqué du 16 mars, « ce que subissent les salariés du groupe depuis des années », à savoir « déstructuration de l’emploi, développement du lean [management], dégradation des conditions de travail, gel des salaires ». Pour le syndicat, « le double projet économique et social de Danone et l’entreprise à mission ont toujours été de vastes blagues qui n’ont jamais fait rire ceux qui en ont été la variable d’ajustement ».

La « chute de Faber n’est que la suite logique des décisions qu’il a prise en cédant aux pressions des fonds financiers, sacrifiant le siège social mondial du groupe installé en France. » Pour la Fnaf-CGT, « le gouvernement se tait » face à « un abandon manifeste du premier groupe agroalimentaire français » et « de notre souveraineté alimentaire nationale ». Le syndicat rappelle enfin sa proposition d’une « réelle socialisation du groupe ».

Prochaine étape : le recrutement d’un nouveau directeur général

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