L’industrie chimique devrait connaître des fusions-acquisitions record en 2016, selon une étude d’AT Kearney publiée le 23 mars. Un mouvement de concentration lié entre autres à la baisse des prix des matières premières et à la pression des fonds activistes.
« En 2016, le montant total des fusions-acquisitions dans l’industrie chimique pourrait doubler, avec notamment d’importantes opérations sur les marchés émergents et deux énormes opérations d’ores et déjà annoncées : la fusion de Dow Chemical et DuPont pour 130 milliards (Mrd) de dollars et le rachat de Syngenta par ChemChina à hauteur de 43 Mrd », explique le cabinet de conseil dans un communiqué.
L’étude identifie cinq raisons majeures au phénomène : des options de croissance organique limitées, la baisse du coût des matières premières, le prix bas du pétrole brut, l’optimisation des portefeuilles et la pression des fonds activistes.
« Les acteurs qui ont fait le choix de la diversification remettent de plus en plus en question ce modèle traditionnel et entreprennent un repositionnement vers davantage de spécialisation », avance AT Kearney. Le cabinet de conseil en stratégie note que les chimistes européens se séparent progressivement de leurs activités périphériques pour investir dans des secteurs prometteurs, comme les biotechnologies végétales.
« Sur les marchés émergents, les acteurs de l’industrie chimique ont un besoin critique de savoir-faire et sont en quête d’opportunités de croissance extérieure, analyse Laurent Dumarest, de AT Kearney. L’annonce du rachat de Syngenta par ChemChina n’est que le premier d’une longue liste à venir sur ces marchés ».
Déclin du modèle de conglomérat généraliste
Selon l’étude, le modèle de conglomérat généraliste, pratiqué par de nombreux acteurs européens, périclite. Les entreprises de l’industrie chimique œuvrent de plus en plus à la restructuration de leurs portefeuilles et recherchent de nouveaux segments de croissance non cycliques, priorités des actionnaires et des fonds activistes. Le nouvel ensemble DowDuPont va se recentrer autour de pôles agriculture, science des matériaux et produits spécialisés. Autre exemple, Bayer s'est réorganisé le 1er janvier en un laboratoire des sciences de la vie avec trois grands piliers : l'agrochimie, la pharmacie, les médicaments sans ordonnance. Ces structures resserrées doivent permettre de favoriser les passerelles en matière de recherche.
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L’Amérique du Nord devrait connaître la plus forte hausse de cette vague de fusions-acquisitions, selon AT Kearney, vu le faible coût du pétrole brut. L’essor du gaz de schiste permet un accès à moindre coût à d’importantes réserves de gaz naturels et liquides, donnant un avantage concurrentiel par rapport à l’Europe de l’Ouest.
La Chine verrait également une croissance importante de ses acquisitions à l’international, sous réserve de la confirmation d’une stabilisation du yuan, pour compenser le ralentissement de sa croissance, poursuit l’étude. « L’influence de la Chine sur le marché global des fusions acquisitions dans l’industrie chimique en 2016 va se renforcer. Des actifs sous-évalués sur les marchés matures, comme le marché européen, pourraient ainsi être des cibles de choix pour ces entreprises », explique Laurent Dumarest.
Un repositionnement vers davantage de spécialisation
La chimie française reste bien orientée
L'industrie chimique française a vécu en 2015 un exercice de « consolidation », sauvé par les performances des spécialités, dont les phytos, toutes les autres activités ayant été à la peine, notamment les engrais, selon l’UIC le 22 mars. Côté fertilisants, les livraisons ont certes affiché l’an dernier +2 % mais avec une baisse de la production nationale et « une pression toujours plus forte des importations ». « Le secteur des engrais a maintenu un déficit à -2,1 Mrd d’euros en raison d’importations en hausse (plus de 2 % en valeur) », signale l’Union des industries chimiques. Il a vu ses prix augmenter en 2015 dans « un contexte de problème d’offre sur le marché national ». Côté phytos, l’UIC note que « la moindre pression parasitaire a réduit les doses de traitement ». Le secteur a dégagé l'an dernier un excédent commercial de 1,6 Mrd d’euros (1,3 Mrd en 2014).