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Prospective Chimie végétale : vers un doublement des ventes, mais des freins à lever

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Le chiffre d’affaires de la chimie du végétal dans le monde devrait doubler entre 2012 et 2017, mais il subsiste encore des freins techniques et réglementaires à lever, ressort-il du colloque organisé par l’Ademe le 21 novembre sur les potentiels et perspectives de cette industrie émergente.

Les ventes de la chimie « biosourcée » devraient passer de 135 milliards d’euros dans le monde en 2012 à 340 milliards en 2017, a indiqué Christophe Rupp-Dahlem, directeur de la chimie du végétal chez Roquette et président de l’ACDV (Association pour le développement de la chimie du végétal). Dans ce secteur, la branche qui devrait connaître la plus forte croissance serait celle des produits chimiques de base, sortes de « briques » qui sont les molécules d’intérêt de la chimie. Cette branche des produits chimiques de base devrait prendre une part de 33% de l’activité de la chimie du végétal, part qui est de 25% actuellement.
Cette croissance prévisible des produits chimiques de base s’explique entre autres par la mise au point, depuis le début des années 2000, de nouvelles molécules d’origine végétale. Cela alors que la création de nouvelles molécules d’origine fossile, très active jusque dans les années 1960-1970, s’est essoufflée. Ces nouvelles molécules sont par exemple de l’isosorbide (dérivé de l’amidon), qui sert à la fabrication de plastifiants et de revêtements, ou l’acide polylactique qui sert à la fabrication de plastique, lui aussi à partir d’amidon.

Agro-tensio-actifs : manque de procédés efficaces

Mais des freins subsistent. Ce sont d’abord des verrous techniques. On ne sait pas produire massivement des tensio-actifs à base de matières premières céréalières et oléagineuses, car le procédé manque, a fait remarquer Alain Milius, responsable du marché des cosmétiques à la Seppic, une filiale de l’Air Liquide. Les tensio-actifs sont des molécules qui servent de base à la fabrication de détergents et de produits cosmétiques. « Aujourd’hui, le marché européen des tensio-actifs est de 1,5 million de tonnes, mais 10% seulement sont d’origine végétale, et la production ne parvient pas à décoller en dehors de produits de niche », a-t-il témoigné. L’innovation dans ce domaine s’est émoussée avec la concentration des acteurs, qui sont passés de vingt fabricants il y a vingt ans à quatre aujourd’hui, a constaté Alain Milius. Le verrou technologique ne sera levé qu’avec de nouvelles technologies qu’il faudra mettre en œuvre, comme l’intensification des procédés, qui permet de conduire des réactions plus rapides, a-t-il évoqué.

Procédures trop lourdes pour les expérimentations

Les freins à la croissance de la chimie du végétal sont par ailleurs réglementaires dans l’UE et en France en particulier, a exposé Yvon Le Hénaff, directeur général du centre de recherche ARD (Agro-industrie recherches et développement), qui met au point des procédés, et qui a été constitué par les sucriers et céréaliers marnais dans les années 1990. Les contraintes réglementaires d’une usine pilote ou d’un démonstrateur sont les mêmes que celles d’une unité industrielle. Cela entraîne des coûts identiques, alors que le démonstrateur ne produit pas des quantités permettant d’amortir ces coûts. Pour Yvon Le Hénaff, une simplification des procédures permettrait davantage à la biotechnologie de développer des procédés. De même, l’application de la « clause d’alignement » du traité européen éviterait que les sociétés de recherche partent mener leurs recherches aux États-Unis, au Canada, au Brésil ou en Malaisie. Cette clause prévoit qu’en cas de distorsion de concurrence liée à des aides publiques d’un pays tiers comme les États-Unis ou la Chine, l’UE puisse appliquer le même type d’aide.

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