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Christian Pées, président d’Euralis : « où est la vision stratégique ? »

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Très inquiet du virage que prend la France depuis le Grenelle de l’environnement, le président du groupe coopératif Euralis n’a pas été rassuré par les propos que Michel Barnier a tenus à l’assemblée de Coop de France. Pour lui, le ministre de l’Agriculture fait aveu d’impuissance en se félicitant que l’agriculture ait « tenu toute sa place » au Grenelle, car « il aurait pu, a-t-il dit, se conclure sans ou contre les agriculteurs ». Ainsi, l’annonce précipitée d’un projet de loi sur les OGM porté par Jean-Louis Borloo, le ministre de l’Environnement, n’est pas pour lui plaire. Le moratoire sur les expériences de plein champ condamne une fois de plus la recherche en biotechnologies et sera un coup dur pour notre compétitivité, s’insurge l’auteur de L’arme alimentaire-les clés de l’indépendance (Ed. Cherche-Midi). Lui qui avait fait dans ce livre le double procès de l’ultra-libéralisme et de l’alter-mondialisme Cf Agra alimentation n° 1958 du 18.01.07, page Une compare aujourd’hui la stagnation de nos rendements à la progression à deux chiffres qu’obtiennent par exemple les Américains sur le maïs… « Nous aurions eu 2 millions de tonnes de plus cette année si nous avions pris le même chemin », évalue Christian Pées. « Et si nous avions eu les mêmes contraintes sur les traitements chimiques que celles qui prévaudront après ce Grenelle, nous n’aurions rien produit du tout cette année, ajoute-t-il, étant donné les conditions climatiques ».Si nous ne nous assurons pas assez nos propres matières premières – ce qui n’empêche pas de produire mieux et plus proprement –, on verra, selon le dirigeant du Sud-ouest, un renchérissement tel de l’alimentation animale que notre production porcine, pour ne prendre que cet exemple, sera laminée face à la concurrence des autres pays. Curieusement, « les Danois n’ont pas ralenti la recherche génétique et ce sont eux qui tireront leur épingle du jeu », enrage-t-il. Que pendant ce temps, on s’accroche aux 9 milliards du budget de la Pac n’a pas de sens, à ses yeux, tant que l’on n’a pas clairement inscrit la compétitivité au cœur d’une « vraie vision stratégique » et en se dotant d’ « outils pour contrer le dumping ». 0n en est loin, déplore le président d’Euralis, « l’esprit des économistes qui inspirent la Commission se télescope malencontreusement avec “l’esprit du Grenelle” avec lequel on voudrait se ménager une niche inexpugnable, par exemple avec le bio, et échapper à la mondialisation ».

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