Pour continuer son développement, la filière du biogaz va conquérir de nouvelles cultures : ce sont les Cive, en pleine effervescence mais aussi – et c’est moins connu – les prairies.
« Le développement du biogaz se fera par celui des Cive », assure Bertrand Guérin, agriculteur en Dordogne et vice-président de l’AAMF (Association des agriculteurs méthaniseurs de France ». « Il faut augmenter la production de biomasse pour alimenter la méthanisation, sans pour autant réduire les surfaces agricoles destinées à l’alimentation. Il y a de la marge pour faire plus de Cive. Cela fait seulement 5-6 ans qu’on en cultive. Nous n’en sommes qu’au début », prévoit-il.
Les Cive d’été, pendant trois mois, par exemple avec du sorgho, sont une solution, mais risquée car les étés peuvent être chauds et secs. Les Cive d’hiver sont plus sûres. Elles se présentent sous la forme de méteils de graminées d’hiver (seigle, avoine, blé, triticale) et de légumineuses d’hiver (pois fourrager, féverole, vesce). Implantées en octobre, elles sont récoltées en avril, ce qui permet de semer des cultures de printemps : tournesol, maïs, betteraves, pommes de terre.
Le développement des Cive va d’ailleurs être mieux encadré dans les mois à venir. Un décret est en cours de consultation, qui vise à clarifier les définitions de « cultures principales » et de « cultures intermédiaires » utilisées pour la production de biométhane. « La frontière n’est pas assez nette. On retrouve dans les digesteurs du maïs ou du blé pas mûrs comme si c’étaient des cultures intermédiaires alors que ce sont des cultures principales », dénonce Nicolas Girod.
Seul problème insoluble pour les Cive, elles occasionnent de nouveaux volumes, donc de nouveaux transports, et autant de nuisances pour les riverains. « C’est une culture qui génère une nouvelle logistique », concède Jean-François Delaitre, le président de l’AAMF. « La question est alors la suivante : si on veut arrêter d’importer du gaz russe, qu’est-ce que cela veut dire de le produire sur son territoire ? »
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L’herbe, contre la déprise de l’élevage
Une autre ressource pourrait être également mobilisable, la prairie. « L’herbe de fauche pour le méthaniseur est appelée à prendre de plus en plus d’importance », estime Jérémie Priarollo, responsable « ingénierie méthanisation » à Solagro. En Auvergne-Rhone-Alpes, la filière biogaz capte déjà l’herbe de 671 ha de prairies permanente, soit 0,04 % de la surface toujours en herbe (STH) de la région. « En Nouvelle-Aquitaine on constate une déprise de l’élevage à l’herbe. Dans la durée, pour tous les grands bassins d’élevage, la méthanisation de l’herbe sera un nouvel usage des prairies, qui permettra de maintenir des paysages ouverts », confirme Bertrand Guérin, de l’AAMF.
Des projets de jeunes éleveurs existent ; par exemple, dans le Lot des réflexions seraient en cours sur le plateau de Millevaches, rapportent les professionnels. Face aux critiques d’une compétition entre énergie et alimentation, Jean-François Delaitre s’interroge : « Qu’est-ce qu’on veut demain ? Certains disent qu’il faut diviser par trois la consommation de viande à 2050, d’autres par deux. Et les filières agricoles disent “non, on ne touche pas aux animaux”. Ce que nous pensons, c’est que la méthanisation, selon les territoires, est une des solutions. »
D'autres projettent déjà d’extraire la protéine de l’herbe en parallèle de sa méthanisation. L’Ademe a notamment travaillé sur un scénario de bioraffinerie pour extraire des molécules d’intérêt. Mais une bioraffinerie ne peut pas être imaginée à petite échelle, « au bout du champ », rappelle Armelle Damiano, directrice de l’association Aile. D’autant que l’herbe serait une molécule difficile à raffiner. « Les usines de biocarburants sont déjà des usines de grande taille, on ne peut sans doute pas concevoir l’élaboration de molécules aussi complexes dans des petites usines. »
Avant d’imaginer de tels scénarios, il faudrait peut-être en débattre, glissent les professionnels. « Nous en sommes au moment où il faut décider quelle place donner à la méthanisation dans le système énergétique et dans les filières agricoles, plaide Jean-François Delaitre, président de l’AAMF. Cela veut dire : quel volume de biomasse doit partir dans chaque filière agricole ; et quelle doit être la place du gaz vers dans le mix énergétique de demain. »