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Santé publique Colère et inquiétude des professionnels de l’inspection sanitaire

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Dans le domaine de la sécurité et de la qualité sanitaire de l’alimentation, la politique de suppression des postes soulève la « colère des agents ». Le désengagement progressif de l’État dans les contrôles sanitaires est loin de convaincre les professionnels sur le terrain.

Encore des suppressions de postes. Voilà l’origine de la « colère » et des « inquiétudes » que manifeste l’intersyndicale (notamment le Sygma FSU – syndicat du ministère de l’Agriculture – et le Snispv – Syndicat national des inspecteurs en santé publique vétérinaire), dans une lettre ouverte du 12 mars à l’attention du préfet de la région Bretagne. « Ce qui nous inquiète ce sont les suppressions de poste et la précarisation des postes existants », dit-on au Sygma FSU. Les moyens humains ne sont plus suffisants pour réaliser les missions qui sont demandées aux personnes en charge de l’inspection sanitaire et de la santé publique. De fait, « en 2011, 80 emplois ont été supprimés. Tous les secteurs sont touchés : contrôle abattoirs, santé/protection animale et végétale, environnement », a dénoncé Philippe Béranger du Sygma FSU le 13 mars. Et pour 2012, les perspectives ne sont pas optimistes. « Des rumeurs de 120 suppressions d’emplois pour 2012 accroissent les inquiétudes », lit-on dans la lettre ouverte. Les contestations concernant la privatisation des services publics sont encore ciblées et locales, mais elles se multiplient et mises bout à bout, elles révèlent un secteur en difficulté. Il y a quelques jours, c’est la lenteur des services d’équarrissage dans le Lot qui était montrée du doigt. « Ce n’est pas satisfaisant, en termes de délai d’enlèvement et d’organisation », avait alors souligné Pierre-Henry Mons, directeur de la FDSEA du Lot. Car alors que les suppressions de postes augmentent et que l’Etat se désengage dans le secteur de l’inspection sanitaire, la demande des consommateurs, elle, ne faiblit pas en termes de sécurité alimentaire. Ce que ne manquait pas de rappeler le Snispv dans un communiqué du 8 septembre 2011 : « Les missions sanitaires font l’objet d’une attente forte de sécurité de la part de nos concitoyens ».

Délégation de l’inspection sanitaire

« Dans le contexte actuel, il paraît très improbable que la Communauté européenne restreigne davantage les possibilités de délégation, d’externalisation, de participation du personnel des opérateurs à des missions d’inspection », lit-on dans un rapport du cabinet Blézat Consulting datant de novembre 2011 et commandé par le ministère de l’Agriculture. Et toujours selon ce rapport, il semble que « l’idée de délégation d’une partie des contrôles à des membres de l’abattoir gagne du terrain dans les pays européens ». Dans le contexte économique et financier difficile qu’annonce 2012, le rapport Blézat souligne qu’« il n’est pas envisageable de faire peser davantage de coûts sur les structures d’abattage ». En France, les pouvoirs publics semblent s’inscrire dans cette perspective de délégation.
Sauf que, « lorsque le gouvernement a proposé en 2011 la délégation de l’inspection sanitaire aux industriels, il y a eu une levée de bouclier », rappelle-t-on au Sygma FSU. Récemment, la filière a tiré la sonnette d’alarme concernant le décret publié le 9 février 2012 relatif à un projet pilote dans le domaine du contrôle de la production de viande dans les abattoirs de volailles et de lagomorphes. On peut y lire notamment que le projet en question est « destiné à tester la présence non permanente du vétérinaire officiel dans les abattoirs de volailles et de lagomorphes où le personnel est autorisé à participer aux opérations de contrôle ante et post mortem ». Selon le SNTMA-FO (syndicat national des techniciens supérieurs du ministère de l’Agriculture), la délégation de l’inspection sanitaire aux personnels des abattoirs fait perdre en technicité et accroît le risque sanitaire. Et ce, malgré les heures de formation prévues pour le personnel. Le Snispv rappelle qu’« il est désormais bien établi que le coût de la prévention “en temps de paix” est dérisoire comparé à celui de la gestion de crises sanitaires ». Pour rappel, au Royaume-Uni, les crises de l’ESB et de la fièvre aphteuse avait coûté de 20 à 30 milliards d’euros.

Les vétérinaires de l’État se mobilisent

Face à cette politique de désengagement de l’État, les agents du service public se mobilisent. L’intersyndicale bretonne dénonce « les dangers potentiels en matière de santé publique ». Ses représentants iront à la rencontre des usagers le 20 mars prochain pour « informer de la situation catastrophique dans laquelle se trouve le service public et alerter sur les dangers potentiels en matière de santé publique ». Le syndicat avait rencontré Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture, le 31 janvier dernier pour demander un effort supplémentaire concernant la « déprécarisation » des emplois de l’enseignement agricole et des abattoirs. En outre, le Sygma FSU constate qu’« à ce rythme, ce n’est pas un remplacement pour deux départs, mais plutôt un remplacement pour quatre départs ». Les professionnels espèrent, mais attendent.

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