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Comment BASF veut s’imposer avec le blé hybride dès 2023

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Le Français Vincent Gros, à qui BASF vient de confier la présidence mondiale de sa branche Agricultural Solutions, a rencontré la presse le 15 juillet à Paris. Il présente la nouvelle stratégie du groupe autour d’une offre intégrée, depuis la semence jusqu’aux outils digitaux. Le blé hybride, annoncé pour 2023/2024, en constitue le fer de lance.

« L’acquisition (d’activités) de Bayer fait profondément évoluer la stratégie de BASF en agriculture, déclare Vincent Gros. On n’est plus seulement un acteur de la protection des plantes » : la vocation nouvelle du groupe est de développer des « solutions intégrées » qui combinent, en plus, traitements de semences, solutions alternatives et produits biologiques, semences et traits (évènements génétiques), outils digitaux. Cette offre doit aider les agriculteurs à être « plus efficaces, de façon plus durable, en répondant aux défis » du secteur.

Un blé hybride au rendement plus élevé, plus régulier

Quelques années sont encore nécessaires avant de tout mettre en musique. Le rachat d’activités de Bayer, soit plus de 2 milliards d’euros de chiffres d’affaires, remonte à moins d’un an. Parmi elles, figure la plateforme de R&D sur le blé hybride. BASF l’a reprise à son compatriote lorsque celui a dû opérer des cessions dans le cadre du rachat de Monsanto en juin 2018.

« Les blés hybrides vont complètement bouleverser le paysage technologique dans les années à venir », estime Vincent Gros. Leur lancement approche, avec des premières variétés sur les marchés français et européens « probablement » à l’horizon 2023/2024, d’après lui. Un projet qui ravit le patron de BASF Agriculture. Il dit en être « très enthousiaste ». D’abord sur l’intérêt même du produit, garantissant un meilleur niveau de rendement et une régularité des performances. Ensuite parce que le blé hybride doit permettre aux équipes françaises de développer leur première offre intégrée sur le marché national.

Un nouveau fongicide présenté comme son « plus grand projet mondial »

D’autres gros lancements sont prévus. « On a le pipeline d’innovations le plus fourni de la profession », affirme-t-il. Cela représente un potentiel de ventes d’« environ 6 milliards d’euros d’ici 2028 », à comparer au chiffre d’affaires actuel de 8 milliards d’euros. Les segments stratégiques sont visés, à savoir fongicides, herbicides, insecticides, semences, digital. En France, le lancement du Revysol est attendu dans les mois qui viennent. Cette nouvelle molécule fongicide, de la famille des triazoles, constitue « le plus grand projet mondial de toute l’histoire de BASF ». L’ensemble des régions du monde est concerné, un large spectre de cultures, de maladies. BASF promet une efficacité très élevée du Revysol, dont le profil toxicologique et environnemental « répond aux nouvelles attentes ». Plus de 1 milliard d’euros de ventes est envisagé. Également en vue, de nouveaux herbicides. Un antigraminées au nouveau mode d’action doit notamment être lancé dans l’Hexagone et en Europe.

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De fortes ambitions dans le biocontrôle

BASF réaffirme ses ambitions dans le biocontrôle. Même si les attentes du marché apparaissent variables dans le monde : très fortes en Europe de l’Ouest, beaucoup moins ailleurs. « La France peut jouer un rôle pilote en matière de solutions alternatives, de produits biologiques, considère Vincent Gros. Pour BASF, sa situation n’est pas considérée à part. Elle est vue comme l’anticipation de ce qui pourrait se passer dans d’autres pays d’Europe ou d’autres régions du monde. » Le groupe revendique 16 % de parts du marché national du biocontrôle. Son intention est d’aller au-delà.

Dans le digital, le groupe propose déjà diverses solutions. C’est par exemple une appli gratuite qui identifie les mauvaises herbes, insectes, maladies par une simple photo prise au champ. Les informations partagées au sein d’une communauté servent à contenir les dommages aux cultures. Un autre outil mobile et web permet à l’agriculteur de recevoir des prédictions sur la météo, le stade de croissance et les risques liés aux ravageurs. Xarvio combine la modélisation des maladies et l’analyse d’images satellite, permettant une modulation intra-parcellaire des fongicides, des engrais azotés. À court terme, BASF imagine développer en partenariat « des pulvérisateurs intelligents », à moyen terme, des systèmes de gestion intégrée de l’exploitation permettant de connecter les informations disponibles pour aider l’agriculteur dans ses décisions.

« Les blés hybrides vont complètement bouleverser le paysage technologique »

« Le pipeline d’innovations le plus fourni de la profession »